La Liberté guidant le peuple

Le plus beau présent de la vie est la liberté qu’elle vous laisse d’en sortir à votre heure.

André Breton

La Liberté guidant le peuple

(Il faut être prudent face à la mort.)

To be or not to be

Paul et Peter ont fondé un service gouvernemental offrant la possibilité de mourir proprement. Les candidats, appellation donnée aux bénéficiaires de ce service, choisissent la façon dont ils désirent mourir, et quand. Une balle dans la tête ? Au cœur ? La pendaison ? Une injection mortelle ? Ou bien l’électrocution ? Tout est possible. Mort rapide. Mort lente. Mort souffrante. À vous de décider. Vous avez toute la liberté d’embrasser la mort voulue.

Une mort désormais légale.

Max, dix-huit ans, est le fils de Paul et de Mary, et le nouveau préposé à l’accueil du service gouvernemental fondé par son père. « Ça s’peut qu’au début tu trouves ça difficile mais tu vas t’habituer. », lui lance Paul lors de cette première journée de travail à laquelle nous assistons. Une journée qui va faire chavirer le cœur de bien des gens.

Mourir d’amour

Mary l’avocate, mère et femme aimante, est plongée dans ce dilemme existentiel, éprise par cette liberté de pouvoir vivre ou mourir. Clairement en désaccord avec ce service, elle pousse – tout de même, la porte de l’antre de la mort. Et donne son nom. «MARY:  Mon fils, y est beau. Oui, y est beau. Pis y a pas besoin d’une situation pour être beau. Y pourrait faire n’importe quel travail que ça changerait rien. Parce qu’y est pas juste beau. Y est beau. Mais tu sais, Max, y a d’autres jobs qui existent./ MAX:  Je le sais c’est quoi comme job, là. On en a déjà parlé./ MARY:  On en a parlé combien de fois? Une fois? Deux fois?/ MAX : Plein de fois. On fait juste parler de ça. Pis c’est pas comme si je savais rien. Papa travaille là depuis plein de temps./ PAUL:  Y a dit oui. » [1]

Quatre presque cinq jours ont passé depuis que j’ai vu La Liberté et je cherche toujours à trouver les mots pour en parler. « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux: c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. »[2] C’est difficile à comprendre le suicide on dirait que c’est une structure mentale que seul celui qui y pense peut expliquer. Souvent à la sortie d’une représentation on glisse quelques commentaires émis sur une première impression. On aime ou on n’aime pas. On se questionne. On développe. Avise et se ravise, parfois on ne dit rien aussi. Avec La Liberté, la mince ligne entre la fiction et la non fiction semble poreuse. Est-ce possible de mourir d’amour comme le demande Mary. Aimer si fort désirer la mort ?

 La vie vaut-elle la peine d’être vécue ?

Une fois déposée en soi, cette pièce, et tout le questionnement qui en découle, ne laissent je crois que de rares personnes indifférentes. Si ce choix ou plutôt ce droit à mourir librement existait, moi, serais-je pour ou contre ? Candidate potentielle ou non ? Questions arrache-cœurs  dont l’hypothétique débat de société qu’elles soulèvent participe à croire que le texte de Martin Bellemare rejoint ce genre peu commun qu’est au théâtre la pièce d’anticipation. Un texte fort d’ailleurs. À lire. À publier.

Autour de la mort

En sommes-nous là ?  À se poser cette question sur le droit de vouloir mourir proprement et démocratiquement. Je ne sais pas quoi en penser, et si je suis ressortie samedi dernier de la représentation un brin troublé le cerveau noyé le cœur gonflé par une faille que je ne sais nommer – encore, c’est peut-être que cette pièce agit et remue en plusieurs temps son histoire. Sa latence. Il y a d’abord ce premier temps coup de poing où le théâtre est un art vivant de l’immédiat. Et il y ce second temps où le théâtre agit dans la prolongation réflexive et les discussions qu’il occasionne. C’est là que La Liberté foudroie. Là, et dans le souvenir de ce que j’ai vu et entendu, dans ce flot flou de corps inclinés vers la mort que je revois avec une distance que je n’ai pas, c’est là que ce théâtre a fait ressurgir en moi le bonheur certain d’aimer la vie. (Quand on y croit.)

Et si La Liberté s’offrait à vous ?

La Liberté

de Martin Bellemare

mise en scène

de Christian Fortin

assisté de Justine Boulanger

avec

Dany Boudreault / Benoît Lagrandeur / Josée Laporte

Patrice Leblanc / Sara Létourneau / Guillaume Ouellet

concepteurs

Serge Lapierre / scénographie, accessoires,

maquillage et costumes

Marilyn Tremblay / lumières

Guillaume Thibert / musique et

environnement sonore

30 janvier au 16 février 2013

salle pierre-gaudreault

du mercredi au samedi, 20h

Une  production du

Théâtre La Rubrique

418-542-5221

[email protected]


[1] Source : http://www.cead.qc.ca/_cead_repertoire/id_document/8547, consulté le 4 février 2013.

[2] Albert Camus, Le mythe de Sisyphe. Le Mythe de Sisyphe est un essai rédigé par Albert Camus, publié en 1942. Il fait partie du « Cycle de l’absurde », avec L’Étranger (roman, 1942), Caligula (pièce de théâtre, 1938) et Le Malentendu (pièce de théâtre, 1944). Source : Wikipedia, consulté le 5 février 2013.

Commentaires

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One thought on “La Liberté guidant le peuple

  1. Ça donne envie de la voir, la pièce. Bon texte. Mais attention, là, les phôtes!

    Sur le sujet : je suis d’avis que la vie vaut effectivement la peine d’être vécue, mais lorsqu’arrivé à un âge plus que vénérable, je serais candidat à coup sûr.

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