Des histoires et des personnages, pas tous d’Arvida

« Voyons, ça parle pas rien que des histoires de la vieille Tremblay de la rue Lamarche dans Saint-Jacques ce livre-là? Ça parle même pas du p’tit Gagnon de la rue Castner! Pour quossé faire ça s’appelle Arvida d’abord? C’est même pas des vraies histoires, maudit. » – Madame X

 

Aux matantes et mononcles qui s’attendaient à une encyclopédie sur l’histoire de la petite Washington du Nord, détrompez-vous, vous serez déçus. Imaginez-vous donc que Samuel Archibald ne s’attarde pas à chaque année de l’histoire arvidienne pas plus qu’il ne décrit chaque rue de la ville. Il a plutôt choisi de s’imprégner des légendes, de l’ambiance, de l’histoire d’Arvida pour produire son livre nommé en l’honneur de la ville, qui est paru en aout 2011.

Dans son recueil, Samuel Archibald nous transporte dans divers lieux, divers univers à travers les 14 histoires contenues dans le livre. La quasi-totalité d’entre elles entretiennent un lien avec Arvida. Il y a entre autres Jigai自害 (titre de l’histoire) qui, comme vous l’aurez deviné, se passe en Asie, au Japon plus précisément.

Cette dernière histoire est probablement la donnée aberrante du livre. Elle ne ressemble quasi en rien aux autres. On reconnait la plume de l’auteur évidemment, mais le propos n’a rien à voir avec le reste. Archibald raconte, avec ses descriptions précises et détaillées habituelles, la mutilation de la peau de deux Japonaises : Misaka et Reiko. C’est après avoir lu le chapitre que j’ai décidé de chercher ce que voulait dire Jigai et Wikipédia m’a répondu : Jigai (自害) est un mot japonais désignant une forme de suicide rituel pratiqué par les femmes. Ça explique bien des choses :

Je creusais des sillons et découpais des lamelles dans la peau avec des ciseaux à dents, des gouges et des ébarboirs; je pétrissais les chairs sanguinolentes avec mes mains et les faisais tenir ensemble en cousant à travers des points croisés et des points plats; j’insérais entre les lamelles des rivets, des éclisses et des épingles quand mes figures exigeaient que les tranches demeurent soulevées et les peaux ouvertes.

Et c’est seulement qu’une phrase, c’est comme ça pendant environ 25 pages. Personnellement, je trouvais ça dégoutant tellement c’était bien décrit, mais je n’étais pas capable d’arrêter. J’avais le visage tout crispé et je continuais tout de même de tourner les pages pour savoir ce qu’il allait arriver dans cette histoire sadique.

Pour le reste, histoires de parenté suivent histoires inventées, toutes, ou presque, arrivées à Arvida ou à des Arvidiens. On sillonne des rues de Sainte-Thérèse, on s’imagine que le bar de danseuses près d’un dépanneur  où les autobus s’arrêtent pour laisser des danseuses noires c’est le JR à côté du Couche-Tard sur Mellon, on rencontre Bezeau et Raisin.

Les mots de l’auteur nous font aussi passer par des univers presque fantastiques à d’autres, franchement réalistes. Tous ces lieux, tous ces personnages sont aussi décrits, comme je l’ai dit plus tôt, avec grande précision. On sent dans sa prose un rapprochement avec celle des personnes qu’il cite lui-même comme ses influences : Marcel Proust et Stephen King, entre autres.

Bref, c’est un livre qui m’a fait voyager, parfois très proche de chez moi, parfois plus loin avec des personnages tous différents.

Arvida de Samuel Archibald, chez Le Quartanier.

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