La violence qui éteint

Les manifestants contre le Plan Nord ont fait du grabuge devant les portes du Palais des Congrès en fin de semaine. Je n’ai rien contre leur cause, bien au contraire : je pense qu’il faudrait mieux définir les redevances des minières, les impacts pour les communautés, les façons de faire ce gigantesque chantier. Mais est-ce que le message est passé? Est-ce que quelqu’un a compris pourquoi ces gens s’opposaient? Pas pantoute. Tout ce qu’on a vu ce sont des images de violence : des autos de police démolies, des gens qui donnent des coups de pieds pour briser des fenêtres.

Je ne me ferai pas l’avocate du verre ou de la police. Certains me diront que le Palais des Congrès a les moyens d’acheter une autre fenêtre. Que la police a défoncé des nez.

Je veux juste faire remarquer que le message n’est pas passé du tout. Que moi, pourtant ouverte aux arguments à propos du Plan Nord, je n’ai rien compris. J’ai seulement été dégoutée.

De la violence, il y en a toujours. À chaque manifestation, il y a des gens (toujours les mêmes probablement), d’un côté comme de l’autre, qui en profitent. La crise étudiante en a souffert parce qu’une part du mouvement penche vers les moyens extrêmes pour faire passer le message.

Ça m’inquiète. Parce que bientôt ce sera le Sommet sur l’enseignement supérieur. Des manifestations se préparent. Comme la grande majorité des marches de l’an dernier se sont déroulées sans anicroche, je pense que ce sera la même chose.

Parce que sinon le message ne passera pas. Et ce serait dommage.

Il est temps de discuter avec un gouvernement plus ou moins ouvert (mais certainement plus que les Libéraux), il est temps que cette place à la table donne un résultat. Peut-être pas entièrement satisfaisant. Mais ce sera quand même un résultat qui n’écoute pas que les recteurs et les grands financiers.

C’est aussi le moment de continuer à montrer à la population que ce mouvement n’a rien à voir avec la théorie des enfants-rois. Que nous sommes des gens avisés, éduqués, capables d’argumenter. Et que ce que nous avons à dire concerne tout le monde, pas juste les étudiants.

C’est ça le message qu’il faut passer.

 

Théorie à cinq cents : la violence a empêché le Québec de devenir un pays. Parce que s’il n’y avait pas eu Octobre 70, avec ces groupuscules qui ont fait sauter des bombes, kidnappé et tué, jamais le gouvernement ne se serait donné le droit d’appeler l’armée et d’imposer des mesures de guerre.

Je n’étais pas née. Et pourtant, j’ai parlé des gens encore traumatisés par ce qui était arrivé en 70. Des gens qui avaient compris où l’extrémisme peut mener. Des gens qui ont toujours peur quand ils rencontrent des convaincus, des nationalistes, des militants. Des gens qui savent que la violence qui débute est difficile à arrêter.

Le Sommet n’est pas la fin, ni une fin. C’est le début d’une discussion sur notre avenir. Il ne faudrait pas que la violence vienne tout gâcher.

Commentaires

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4 thoughts on “La violence qui éteint

  1. Sammy

    Une simple question, vous affirmez d’entrée-de-jeu que le message n’est pas passé. Il manque une précision : avez-vous reçu les tracts d’information sur place ou vous fiez vous aux médias de masse pour parler ainsi. Si c’est le cas, il n’y a pas à chercher plus loin. Est-ce que le message de la grande manifestation du 22 avril, jour de la terre, avait bien passé?

    Il y a un double discours dans votre commentaire. Vous ne voulez pas associer le bris d’une vitre avec un acte fondamentalement violent (et donc répréhensible par la force constabulaire dans la logique du pouvoir), mais vous parlez plus loin de moyens extrêmes, et vous allez jusqu’à aborder les enlèvements et bombes ayant mené à la crise d’octobre. Je vous avoue que j’ai plus de difficulté à gober ce raisonnement, qu’à gober que la mari peut mener à l’héro.

    1. Oui, j’ai reçu et lu les arguments. Et c’est justement ce que je regrette: ils ne sont pas passé dans cette manifestation parce qu’il y avait, pour les médias, quelque chose de plus « sexy » à montrer.

      Il n’y a pas de double discours dans mon commentaire. Je suis aussi en opposition avec les bris de fenêtre. Seulement, je ne souhaitais pas entrer dans ce débat-là, voulant davantage insister sur la transmission (manquée) du message.

      1. Sammy

        Une manifestation n’est certainement pas le bon médium pour diffuser un message largement à mon avis. Des campagnes d’éducation populaire font bien la job. Les manifestations sont réalisées pour augmenter le rapport de force avec le gouvernement ou un patron, montrer une résistance au projet de hausse. Il ne faut pas prendre pour acquis que si les médias de masse ne montraient pas les images à sensation, ces derniers passeraient nécessairement une couverture des manifestations tout cours – pas mal d’exemples récents dans la région. Il y a tout une superstructure idéologique qui régit « l’information », une des assises de notre système capitaliste. Je crois personnellement qu’il faut la contester.

  2. Bob l'Éponge

    Je ne crois pas que crier A, anti, anticolonialiste l’informe les gens sur la destruction qu’engendre nos modes de vie productivistes. En fait, l’information environnementaliste est facile à trouver. Par contre, les compagnies, les médias et les politiciens corrompus travaillent main dans la main pour désinformer la population sur les dangers qu’engendrent nos modes de vie moderne.
    Je crois qu’il est temps de faire passer un message clair. Dans le but de pouvoir informer sans les contraintes du capital et de la désinformation, nous devons porter action contre les élites en place. Il est temps de montrer à tout le monde qu’il y a des gens qui résistent. Il est temps de libérer notre colère contre les destructeurs de vie pour pouvoir réapprendre à aimer sans dominer.

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