L’éducation, bien de consommation

« Rendre un bien gratuit incite à le surconsommer. Au contraire, avec des droits de scolarité d’un certain niveau, on envoie le signal aux étudiants et à leurs parents que l’éducation a une valeur et que gaspiller coute cher. »

–        Francis Vailles, Pourquoi la gratuité est une mauvaise idée, La Presse, 11 février 2013

 

Quand j’ai lu cette chronique de M. Vailles, un petit quelque chose en moi a dit : « Oui, oui ». Après tout, depuis janvier, j’ai fait l’achat d’un superbe manteau Canada Goose. Ça fait des années que j’en rêve et que je mets quelques sous de côté pour finir par m’en acheter un. Inutile de vous dire que ce souhait réalisé me rend très fière de mes économies et que je prends soin de mon manteau.

C’est le gros bon sens.

Parfois le prix est égal à la valeur. C’est vrai, dans un sens.

Mais ça ne marche pas toujours.

Par exemple : Je pense aimer mon enfant autant que celui que ma voisine a adopté et qui lui a « couté » 20 000 dollars. Je me sens aussi tout à fait reconnaissante envers les docteures et infirmiers qui ont pris soin de moi, même si je n’ai pas payé 2000 à 3000 dollars pour ma césarienne (comme au Japon). Je remercie la vie chaque soir quand mon chum s’endort près de moi, même s’il ne m’offre pas des cadeaux tous les jours.

Le prix des « choses » n’est pas toujours égal à sa valeur.

Ça, chaque humain le sait :

En tant que parent, on le sait bien qu’on est mieux de donner de l’amour et de l’attention à notre enfant que le dernier gros camion de Mega Bloks.

En tant qu’amoureux, on le sait aussi que si on veut faire durer notre relation, c’est mieux de se voir régulièrement que de s’offrir des fleurs, des chocolats et des beaux bijoux.

 

Les « choses » les plus importantes n’ont pas de prix. La santé, l’amour…l’éducation?

Parce qu’elles ne sont pas des « choses », mais des services, des sentiments, des connaissances.

Pour compter la valeur de ces « choses », il ne faut pas regarder le prix, mais l’effort et le temps qu’on y met.

Beaucoup de spécialistes peuvent confirmer que « l’instinct maternel », tout comme le paternel, ne vient pas automatiquement, mais avec les soins et le contact réguliers envers le bébé.

Beaucoup de docteurs savent très bien que le rétablissement d’une personne est autant lié à la présence et l’encouragement constants des proches qu’aux médicaments qu’elle reçoit.

Et beaucoup d’étudiants, quand ils tiennent enfin ce DEC ou ce BAC dans leurs mains, ne pensent pas seulement à l’argent qu’ils ont dépensé (et qu’ils vont devoir rembourser dans une large part), ni aux Michelina’s à 2$ le midi, ni à l’appartement d’un sous-sol de Montréal infesté de bebittes (situation vécue), ni aux résidences où on se réchauffait avec un séchoir à cheveux (situation vécue). Le sourire des finissants est dû aux efforts qu’ils ont fournis, le sourire des parents aussi est tiré de la fierté de voir son garçon/sa fille qui a réussi.

J’aurais pu aussi faire une chronique très technique et expliquer à M. Vailles que l’aide financière aux études restreint depuis 1999 le nombre de mois admissibles aux études. Donc si un étudiant change de programme, ça risque de le pénaliser en bourses d’abord, puis en prêts. Si on veut instaurer la gratuité avec un système de paiement à partir d’un nombre de mois maximum, on pourra copier ce système.

J’aurais pu aussi lui rappeler que les frais de scolarité ne sont qu’une part des dépenses étudiantes. Même un étudiant collégial, qui ne paie pas de frais, doit demander des prêts et bourses pour son logement, ses livres, sa bouffe, et ce malgré son travail (qui lui rapporte entre 7000 et 12 000$ annuellement). Même une totale « gratuité » universitaire ne rend pas les études gratuites et sans sacrifice.

Finalement, j’aurais aussi pu dire à M. Vailles que s’il pense que le taux de réussite des étudiants au collégial est bas (44% dans le temps prescrit), celui à l’université l’est encore plus (33%). Alors que le cégep ne coute rien, l’université coute au minimum 2300$/année, donc la « valeur » des études, selon son raisonnement, devrait être évidente pour les étudiants universitaires grâce à ce prix. Or on réussit moins bien. Cherchez l’erreur.

C’est peut-être parce que les études, ce n’est pas un manteau Canada Goose.

Ce n’est pas un bien de consommation.

C’est sans doute pourquoi il me semble un peu méprisant de voir que l’étudiant qui ne termine pas son BAC se retrouve dans la catégorie des « échecs » et du « gaspillage », selon M. Vailles. Ce que cet étudiant a appris ne lui servira donc à rien?

Pourtant un étudiant de médecine qui abandonne en deuxième année, ça peut quand même faire un très bon citoyen. En fait, si j’ai un malaise, j’aimerais l’avoir près de moi plutôt qu’un journaliste…

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

Laisser un commentaire