L’envie de prier n’a rien à voir avec la foi

L’envie de prier n’a rien à voir avec la foi

« …au lieu de le frapper jusqu’à ce qu’il crève, je m’étais occupé de lui comme d’habitude, sans le haïr, sans en avoir honte, sans cesser de l’aimer. Je lui donnais à manger tout ce qu’il voulait et autant qu’il voulait. J’avais coupé ses cheveux et sa barbe, rasé son crâne. Je me surprenais à reconnaitre dans ce Christ de viande, dans ce visage bouffi et mis à nu, le mal que j’avais introduit dans la maison, nourri et protégé, le mal que j’avais pris pour de la souffrance. »

« L’envie de prier n’a rien à voir avec la foi. » – Cioran.

 

Un soir, un cimetière, une agression, une presque mort. Puis Edgar qui s’improvise sauveur. Qui ramène chez lui le corps agonisant, qui s’investit de la mission de le ramener à la vie. Sa fascination pour celui qu’il appellera Jean, en l’honneur de je-ne-sais-plus-trop quel pape, leur relation fusionnelle, étrange, atypique, malsaine. Le quotidien troublé d’un être tourmenté, d’un asocial, d’un inapte, d’un reclus, d’un raté. L’histoire d’un fucké qui se raconte lui-même, qui se raconte comme si sa vie, sa vision était normale. Qui livre ses pensées, comme ça, sans sentiment, qui relate des faits choquants comme s’il s’agissait de faits divers, de rien du tout. Qui étale ses peurs, ses angoisses, ses tourments, qui demande pardon à répétition à sa mère décédée,  à tous les saints, à Dieu lui-même, qui récite ses prières encore et encore.

Un récit bien pensé, bien construit, découpé en scènes, en chapitres courts, qu’on lit comme on écoute un film. Une réflexion sur la religion, sur l’humain. Un suspens particulier, surprenant mais  linéaire, lent, sans chute, sans intensité. Un suspens comme pas de suspens. Comme pas de hâte, d’enthousiasme, d’engouement. Comme pas l’envie irrésistible d’en venir au dénouement, d’éclaircir le mystère, de résoudre l’intrigue.

Une écriture nerveuse, saccadée, une ambiance froide, clinique, angoissante. Comme une pièce blanche éclairée au néon, un long couloir qu’on n’est plus sûr de vouloir emprunter. Un malaise profond, à mi-chemin entre le suspens et le fantastique, entre ce qui se peut vraiment et ce qu’on ne peut concevoir. Un roman qui se veut sombre, qui se veut noir. Un roman, somme toute, d’un gris décevant. Ni épatant, ni mortel. Ni un chef d’œuvre, ni un citron. Un genre d’entredeux genres, d’entredeux sentiments, d’entredeux couleurs, d’entredeux tout court.

Chez Alto, par Larry Tremblay,

Le Christ obèse.

 

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