Les restes du 22 mars

Il y a un an presque jour pour jour, des milliers de personnes marchaient dans les rues de Montréal pour une des plus grandes, sinon la plus grande, manifestation de l’histoire du Québec contre la hausse des frais de scolarité de 1625 $.

Contrairement à aujourd’hui, il faisait chaud. Il n’y avait pas seulement la température qui était chaude, il y avait aussi un climat social plus chaud, plus tendu. Aujourd’hui, il fait froid et le seul vent qu’il y a, c’est un vent froid, pas un vent de changement. Le Parti Québécois a pris la décision (seul) au Sommet sur l’enseignement supérieur d’indexer les droits de scolarité et d’entamer des chantiers parce qu’il avait bâclé la structure du Sommet. Une hausse d’environ 3 % par année qui représente près de 70 $. Après des mois de grève, après avoir vécu les conséquences de celle-ci et après ne pas avoir réellement été écouté par nos représentants, le mouvement étudiant est essoufflé et aujourd’hui, il ne réchauffe pas nos rues. La FECQ a abandonné la contestation dès la fin du Sommet en ne parlant que des gains possibles des chantiers, la FEUQ, elle, a parlé de ces possibles gains, mais aussi de sa déception quant à l’indexation et l’ASSÉ a tenté tant bien que mal de mobiliser ses troupes. Il faudra donc envisager d’autres moyens pour faire reculer le gouvernement sur son indexation. Mais est-ce que l’appui d’une grande partie de la population sera au rendez-vous? Difficile d’y croire.

Certains iront dire que l’indexation c’est pas la mer à boire, que c’est pragmatique, que c’est une solution à long terme. Moi j’y vois plutôt une manière pour le gouvernement d’acheter des votes au centre et de se dissocier « des maudits carrés rouges » démonisés par l’ancien gouvernement. L’effet de ce choix c’est ni plus ni moins que la marchandisation de l’éducation à son meilleur. Si on pense que l’éducation est un bien de consommation, il est normal qu’on croie que le cout pour les étudiants devrait croitre au même rythme que l’inflation. Mais si on croit qu’il s’agit d’un outil émancipateur pour notre société, un outil d’enrichissement collectif et un droit, au même titre que la santé, on devrait à tout le moins geler les frais et, au mieux, atteindre la gratuité.

Cette gratuité, ce n’est pas que l’apanage des gauchiss, socialiss, anarchiss, c’est la solution qui était envisagée dans le rapport Parent qui a fondé notre système d’éducation actuel. C’est aussi la solution du Haut-Commissariat des Nations Unies au droit de l’homme dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, que le Canada, dont le Québec fait encore partie, a signé : « L’enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité » – Article 13, c. L’indexation, est-ce vraiment l’instauration progressive de la gratuité? C’est plutôt l’inverse : une augmentation progressive des frais de scolarité.

 

Richard Martineau

 « Comme il y a certaines gens qui s’occupent plus de paraitre sages que de l’être réellement sans le paraitre; car la sophistique n’est pas autre chose qu’une sagesse apparente et qui n’est point réelle, et le sophiste ne cherche qu’à tirer un lucre d’une sagesse apparente qui n’a rien de vrai, il est clair que ces gens-là cherchent plutôt à sembler faire œuvre de sagesse qu’à le faire réellement sans le paraitre. » – Aristote

Richard Martineau est revenu sur les évènements de l’an dernier. Dans toute sa rigueur intellectuelle, il a rappelé son tweet rempli de bon sens : « Vu sur une terrasse à Outremont: 5 étudiants avec carré rouge, mangeant, buvant de la sangria et parlant au cellulaire. La belle vie! » Ce qu’il tente de nous faire comprendre, est-ce que ça serait que, désormais, les mobilisations sociales, c’est impossible parce qu’on devrait toujours penser qu’à nous, qu’à notre individu. En d’autres mots, si t’es riche, tu dois être pour les hausses; si t’es un homme, tu dois être machiste; si t’es hétéro, tu dois être homophobe. C’est ça Richard?

 

Suivez @f_therrien

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

3 thoughts on “Les restes du 22 mars

  1. Infotrad

    Non, M. Threrien. Richard Martineau, faisait peut-être allusion au raz-le-bol de voir les « étudiants » prendre la ville d’assaut, bloquant les artères, nous incommoder jour après jour. Alors, si on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, ravalez votre orgueil, chers manifestants, mais ne venez pas parler de coup bas lorsque le gouvernement insitue une loi spéciale conçue pour empêcher les débordements. En un mot : assumez! Vous traitez notre société comme une société fachiste, eh bien, attendez-vous à des réactions de la part de nous « réactaionnaires ». Modifiez votre plan d’action, autrement vous n’atteindrez pas grand’chose.

    1. Maxim Fortin

      Face au refus de discussion, face au mépris, face à l’inflexibilité; nous autres, on bloque René-Lévesque. Les gens ne veulent pas discuter, se refuse à débattre (par manque de capacité?) et n’ont alors d’autre choix que de s’attaquer aux personnes, comme notre bon Martineau peut le faire.

      Nous autres, on s’est mobilisés pendant plus de 2 ans (dès l’annonce d’une possible hausse, oui, en août 2010, si ma mémoire est bonne). On a voulu discuté, on a voulu argumenté, mais on s’est fait traité de communistes, de fachos, de gauchiss, de sales carrés rouges, en vain. Parce qu’aujourd’hui, l’indexation est annoncée et là pour rester, selon moi.

      Fait que votre paix sociale tant désirée, permettez-moi de vous dire qu’elle n’arrivera pas de si tôt. Je n’aurai de repos que lorsque ce monde cessera d’obéir au joug du capitalisme, de l’injustice, de l’indifférence appliquée et de l’ignorance consentante.

      Du reste, sachez, M. Infotrad, que la question de l’éducation n’est pas une affaire d’orgueil et ne le sera jamais. Si elle en est, ce n’est que de celui de ceux qui ne savent admettre leur incompréhension sur le sujet et qui persistent à croire qu’on ne peut rien changer.

  2. Joe Caramello

    « obéir au joug du capitalisme »

    Un peu de sérieux… L’État québécois ne cesse de croître, ses tentacules se répandent partout, dans toujours plus de domaines… Une augmentation des frais de scolarité, comme toute hausse de frais associé à un taux d’impôts et de taxes élevés comme le nôtre, ce n’est pas du capitalisme, c’est de l’étatisme, du socialisme, de l’interventionnisme. Depuis quand donner plus d’argent au gouvernement représente une mesure capitaliste? Une mesure « capitaliste », ça serait de libéraliser complètement l’éducation, chose dont on est très loin. Vous n’aimez pas vous faire traiter de communiste et de gauchiste? Commencez par lâcher ce discours démagogique typique des mouvements auxquels vous ne tenez pas à être associé.

Laisser un commentaire