Une parade avec Gille – 3e épisode

La troisième Parade avec Gille du Théâtre du Faux-Coffre prenait l’affiche la semaine dernière, dans le repère habituel du quintette, la salle Murdock du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi. Dans La Montgolfière, l’auteur Martin Giguère imagine la petite communauté de Sainte-Catherine-de-Riccie gouvernée par une Gillette étrangement catholique.

L’impitoyable mairesse, dans sa troisième incarnation interprétée avec brio par Guylaine Rivard, enchaîne les excès de piété avec l’aide de son con de Gille, instrument heureux de l’obscurantisme, auquel Guillaume Ouellet donne une charmante et hilarante touche canine.

Désormais à Sainte-Catherine, il faut éliminer tout ce qui est rare, brillant et précieux, brûler les livres et des kilos, détruire les vignes du renommé pinard de la région: il faut avoir l’air pauvre. Les citoyens ne sont pas dupes et fomentent bien quelques rancoeurs à l’endroit de la despote, mais ils obtempèrent néanmoins à cette destruction des plaisirs et de la beauté. La lâcheté tient le pouvoir comme le peuple. Un sentiment, un caractère que l’auteur aime à exposer à travers des personnages aussi vils qu’attachants, et ce depuis ses débuts.

L’objectif des bondieuseries imposées par Gillette réside tout entier dans la visite éventuelle de touristes descendus du ciel, grâce au tout nouveau quai d’escale de montgolfière dont vient de se doter l’austère localité. Afficher une modestie sans pareille quand ces être venus d’ailleurs fouleront le sol, contorsionné, les dents pourries, en tendant le chapeau.

Avant tout grâce à sa dimension politique très forte et néanmoins légère par le biais de la caricature, cette troisième parade paraît la plus achevée, la plus solide jusqu’ici. Avec ce conte, Giguère réussi une charge brutale sur le contexte politique et culturel local, d’un point de vue partagé par la plus grande frange de son public, qui s’en délecte. Mais mieux encore, il parvient à évoquer avec beaucoup d’humour cette tendance mondiale à l’austérité, à laquelle on peut si rarement réfléchir sans violent coup de cafard, sans de sombres perspectives.

Tous les interprètes sont formidablement dirigés par Patrice Leblanc, complètement absent de la scène pour cette production, une exception qui lui a peut-être permis d’approfondir le travail de mise en scène. Pierre Tremblay fait crouler de rire l’assistance avec son pape multilingue. La résistance est incarnée par le vigneron Giguère, la bibliothécaire Valérie Essiambre et le postier Gabriel Fortin, deux jeunes comédiens qu’il est intéressant de voir évoluer au fil des productions. On verra très peu Mélanie Potvin, dont on peut s’étonner de la sous-utilisation. Certaines idées, toutes simples, toutes pauvres, créent de bons moments, notamment lorsque la nuit noire envahie Sainte-Catherine-de-Riccie. Je m’en voudrais de ne pas évoquer les magnifiques costumes d’Hélène Soucy, qui a su dès le départ comment habiller le Faux-coffre avec une combinaison sur mesure d’hideur et de style.

On peut imaginer un cycle Gille, dont les épisodes seraient joués en rafale, en une journée. Ce serait un spectacle qui rassemblerait à peu près la totalité du milieu théâtral saguenéen. Un vrai happening! Mais m’est avis que les comédiens ne seront pas chauds à l’idée de se partager des costumes encore tout tièdes et humides… Vraiment, la comédie, c’est du sport.

Que ce soit votre première ou votre troisième parade avec Gille, celle-ci est à ne pas manquer. Jusqu’au 25 mai, à la Salle Murdock.

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