L’intimidation, c’est quoi?

Avant, on disait que les difficultés que les jeunes vivaient au primaire et au secondaire, c’était l’école de la vie. On voulait entendre par là que le monde des adultes est très dur et qu’il vaut mieux se forger une carapace solide pour y résister.

Aujourd’hui, on réalise que pour résister dans le monde des adultes en se tenant debout, il faut d’abord avoir une bonne estime de soi et des assises solidement ancrée dans la confiance. Des belles qualités qui sont justement détruites par la violence qu’on peut avoir vécue plus jeune.

L’intimidation, c’est quoi au juste? C’est une forme de violence sournoise, très persistante aussi. Elle peut dériver vers la violence physique. Elle deviendra alors « visible » et non acceptable. Mais avant qu’on l’arrête, elle passe généralement inaperçue : sur le Net, dans le coin d’une case, dans les vestiaires du gymnase. L’intimidation, ce sont de petits gestes, vécus à répétition, pendant des années. De plus en plus de gens se joignent au mouvement, apportant de nouvelles idées pour intimider, ce qui crée un enfer pour la personne qui le subit. Et un élève sur trois dit en avoir été victime au Québec.

C’est alors que l’école n’est plus l’école de la vie. L’école, c’est tout simplement la peur à chaque jour. Et si ça doit être ça le monde adulte, on se doute bien que ça ne donne pas une vision très rose de l’avenir…

Ma collègue Christina Boucher a fait un texte très touchant sur le vidéo de Xavier Dolan : ce vidéoclip où le jeune intimidé se fait littéralement crucifier, sous les regards aveugles de ses collègues filmant la scène. Si on extrapole : voulait-il dire que Jésus était un intimidé? Après tout, quelques citoyens devaient l’avoir en travers de la gorge, être jaloux de sa popularité et ils ont réussi à embarquer tous les autres…

Et on revient à la question : l’intimidation, c’est quoi? Y a-t-il des formes d’intimidation que je ne vois pas, qui se déroulent hors de l’école et qui passent inaperçues parce que j’y suis trop habituée?

Des jeunes d’Ottawa ont réussi à faire avancer ma réflexion. Après avoir eu des ateliers sur la cyberintimidation, ils en ont conclu que les publicités négatives des Conservateurs à l’égard de Justin Trudeau faisaient partie de cette catégorie. Ils ont écrit des lettres au Premier ministre pour lui souligner son attitude enfantine.

J’ai trouvé leur démarche fascinante. Parce que selon Jeunesse j’écoute, la cyberintimidation, c’est « afficher des photos qui vont embarrasser quelqu’un, créer un site Internet pour se moquer de quelqu’un ». Or avec le site http://justinpasalahauteur.ca et les vidéos qui présentent des images sorties de leur contexte, l’interprétation de ces jeunes est pertinente[1].

J’en retiens que l’intimidation, c’est plus qu’une histoire d’école. Il faut rester vigilant.

À la toute fin du vidéo de Dolan, quand la caméra s’approche de l’élève crucifié, que la musique se tait, un seul mot résonne doucement : « Merci ». Merci de ne pas avoir fermé les yeux, d’avoir vu, d’avoir accueilli cette scène.

Et maintenant, agis pour ne plus jamais permettre ça.


[1] En passant, cette chronique n’est pas un texte pro-Trudeau. Mais plutôt une réflexion sur la décence que les adultes devraient avoir, particulièrement quand ils nous représentent dans un parlement.

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