Je m’accuse

Suite à la tragédie de Lac-Mégantic, je suis prise d’un immense sentiment de culpabilité. Pas vous?

C’est certain que les politiciens de bas étage trouveront le moyen d’en faire un débat gauche-droite. Que d’autres exigeront des enquêtes poussées pour savoir qui n’a pas actionné les freins, bien terminé son quart de travail, oublié de surveiller le chargement ou négligé de stopper le convoi après qu’un incendie fut déclaré à bord dans la ville précédente. Chacun ira de ses conclusions, opinions, frustrations, accusations, et on aura droit au chaos habituel (et lassant, à la longue) sur les réseaux sociaux. Alors que certains vivent un drame, d’autres analyseront froidement une situation dont ils n’ont vu que quelques images à la télé. Pire, un débat sur la langue pourrait émerger suite au communiqué complètement absurde émis par la compagnie Chemin de fer Montréal, Maine et Atlantique (MMA).

Mon père disait souvent (je sais, j’adore citer mon père) qu’il ne faut jamais oublier que lorsqu’on pointe du doigt, trois autres doigts pointent vers soi. J’évalue, de manière très modeste, que malgré certains efforts plus de 75% de ce qui m’entoure est un sous-produit du pétrole. Donc, si cette compagnie transporte autant de pétrole et de produits de fracturation – nommez-le scientifiquement comme vous voulez – c’est parce que ma famille et moi, on consomme énormément de pétrole. Parce que tout simplement, selon les lois du marché, si nous ne consommons pas de pétrole, la compagnie MMA n’a – en théorie – pas besoin d’en transporter. Ordinateur, téléphone, jouets pour enfants, toiles et rideaux, isolant, tasses et assiettes, voiture et essence, tondeuse, imprimante, bouteilles de produits et produits à l’intérieur, crème de jour et de nuit, élastiques à cheveux, etc. etc. etc. La liste des produits dont la fabrication nécessite du pétrole est inimaginable.

Je sais, le raisonnement peut paraitre simpliste et exagéré. Mais pour moi, c’est juste logique. Oui, il s’agit d’un acte irresponsable, de la part d’une compagnie qui agit comme une criminelle et qui en plus a l’air de bien s’en foutre. Mais si on remonte à la source du problème, je me sens personnellement concernée, même un peu responsable. Pas vous?

 

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Dans la foulée de ce questionnement, je vous invite à prendre connaissance du mouvement « villes en transition« , auquel Saguenay s’est joint dernièrement. Une ville en transition est une ville dans laquelle se déroule une initiative de transition, c’est-à-dire un processus impliquant la communauté et visant à assurer la résilience (capacité à encaisser les crises économiques et/ou écologiques) de la ville face au double défi que représentent le pic pétrolier et le dérèglement climatique. Il est grand temps que chacun arrête de pointer les autres du doigt et agisse en toute autonomie et responsabilité. La politique de l’autruche a fait ses preuves: la machine politique mange dans la main de l’économie avec un grand É. Il faut, au plus vite, se regrouper, s’aider, s’organiser.

 

Commentaires

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19 thoughts on “Je m’accuse

  1. Jessica Prescott

    Moi aussi. Cela fait partir de notre impact environnemental… j’ai honte de notre inconscience collective et je suis dépassée par l’ampleur de la tâche qui nous attend.

  2. Pierre Prevost

    L’horreur du Lac-Mégantic et le droit acquis… ce désastre est en réalité, l’anomalie du passé.
    Anomalie des berges.
    Anomalie des vieux équipements et de l’urbanisme.
    Anomalie envers la modernité.
    Anomalie acceptée par l’État, puisqu’ils en ont le pouvoir.

    Pour ta sécurité, enlève tes chaussures à l’aéroport, laisse tes enfants se faire matraquer et regarde l’horreur en devenir dans ta cours.

  3. Jean-François G. Caron

    Si je peux me permettre, il me semble que la question du communiqué de presse diffusé par la compagnie n’est pas de l’ordre du débat linguistique. À mon sens, c’est d’abord et avant tout une question de respect (ici d’irrespect) pour la population touchée par la tragédie. Si la compagnie avait le moindre égard pour les sinistrés et les familles des disparus, elle n’aurait jamais communiqué une telle aberration textuelle.
    Cela dit, je n’ai pas suivi tous les débats sur les réseaux sociaux liés audit communiqué. Si vraiment ça a pris une tournure proprement linguistique, c’était effectivement un détestable rattrapage politique.
    Sur le fond de ton billet, évidemment, je suis d’accord avec toi. Impossible de ne pas se sentir impuissant quand on prend conscience de notre dépendance effective au pétrole, même en faisant de gros efforts. Alors oui, moi aussi, je m’accuse. Mea maxima culpa.

    1. Marielle Couture

      Le débat linguistique lié au communiqué est nommé sous forme de supposition désolante, il ne me semble pas l’avoir croisé encore sur le réseau, mais vu la parlure qui entoure les événements, ça ne m’étonnerait pas.

  4. Éric Dubois

    Je suis d’accord avec toute initiative visant à nous libérer de l’emprise du pétrole sur nos vies. Je crois qu’il faut en faire collectivement une priorité. Cela ne m’empêche pas de ne pas embarquer dans ton culpabilisme.

    Selon ce qu’on sait de ce terrible accident, un train transportant des milliers de litres de pétrole brut a été laissé sans surveillance, alors même que la locomotive était en marche, sur une voie ferrée qui traverse des dizaines de communautés. Cela s’appelle de la négligence criminelle.

    Cette négligence a été rendue possible parce que la réglementation existante n’est soit pas suffisante, soit mal appliquée. Comment se fait-il que dans une société dite moderne, une entreprise privée puisse laisser ce qui est l’équivalent d’une bombe sur rail en mode de fonctionnement sans qu’un être humain qualifié en soit garant ? Quelles sont les ressources responsables d’assurer la sécurité du transport ferroviaire au Canada? Combien d’inspecteurs sont sur le terrain pour assurer que les lois et règlements sont respectés? Si l’on se fie aux coupures et aux compressions aveugles des gouvernements en place à Ottawa et à Québec, cela me fait craindre le pire…

    Les coupables de cette tragédie sont ceux qui, pour de l’argent, font courir à des populations entières des risques incommensurables. Je parle ici de ces entreprises sans vergognes, qui réduisent leurs coûts d’opération en « gérant le risque », de leurs actionnaires insatiables et des gouvernements complices qui acceptent de déréglementer pour augmenter les profits, et qui vendent à rabais nos richesse collectives au privé, comme si cela était une panacée.

    Comment croire que l’on fait une bonne affaire quand on laisse des money junkies s’occuper de notre santé et de notre sécurité? Ces tristes événements nous rappellent durement qu’il y a, au bout du compte, un prix à payer, et que ce n’est pas ceux qui profitent qui doivent l’assumer…

    Ce qui s’est passé à Lac Mégantic me fait penser à ce qui s’est passé au Bangladesh il y a quelques mois, quand une usine désuète s’est écroulée sur la tête des travailleurs d’un atelier de misère, où sont fabriqués maintenant nos vêtements, ou a ce qui se passe en silence, en continu, partout sur notre petite planète où les profits ont le dessus sur le respect de la vie.

    Tous individuellement coupables, non. Collectivement responsables, certainement.

    Collectivement responsables des suites à donner à tout cela. Évidemment, cette responsabilité touche aussi notre utilisation du pétrole et les moyens qui sont employés pour en assurer le transport.

    Seul l’immobilisme ferait de nous les complices des criminels qui sont en cause ici.

  5. Danielle

    Il nous faut changer de façon de faire, de vivre. Nous débarrasser du pétrole est à ce prix: revoir toutes nos priorités. Il est question de vie humaines, de respect. Nous avons la responsabilité de nos gouvernements. C’est à nous de les harceler pour que tout cela cesse.

  6. Line Madore

    Bravo Marielle!
    Belle initiative de ta part ce texte interpellant, percutant,humaniste, introspectif avec une lueur d’espoir.

  7. France Lemieux

    Merci à tous ceux et celles qui commentent… Ensemble on va y arriver. le 23 août 1988, je vivais les BPC de St-Basile Le Grand(une prise de sang et 65$ pour mon potager) peu après l’incendie des pneus de St-Amable et finalement j’arrive dans le Suroît et je suis mise au courant de la pollution aux hydrocarbures des Lagune de Mercier toujours pas dépolluée depuis plus de 40 ans. Je prof de bio-écologie au secondaire je suis devenue écologiste impliquée… oui de ce temps-là mon dossier les boues d’usine d’épuration épandues sur les terres agricoles. Je souhaite que vous tous et quelques autres deviennent les gardiens… les questionneurs impliqués à tous les niveaux politiques: municipal, provincial, fédéral, mondial! Que vous fassiez connaître votre choix Vie vs $$$ . Merci à toutes ces bêtes féroces d’espoir!

  8. C’est un accident de travail avant tout et ça arrive fréquemment. Personnellement je me sens pas coupable le moins du monde et même si cet accident est vraiment triste, statistiquement cela continuera d’arriver jusqu’au temps ou les systèmes de sécurité seront
    quasiment infaillible. Dernière chaque accident il y a aussi du positif, le progrès fait en sorte d’assurer de plus en plus de sureté…

  9. Petite précision sur les causes de cet incident. Les locomotives doivent demeurer en fonction lorsqu’elles sont en pause et que le sol présente un dénivelé car elles ont des freins à air qui nécessitent un compresseur pour les faire fonctionner. Ainsi, le feu qui s’est déclaré sur la cheminée de la locomotive a nécessité l’intervention des pompiers et ceux-ci ont éteint l’incendie et arrêté la locomotive. Le fait d’arrêter la locomotive était sans doute une mesure préventive de la part des pompiers qui n’avaient pas anticipé la suite des choses… En arrêtant la locomotive, le compresseur s’est arrêté, la pression sur les freins à air a progressivement été relâchée, et la gravité faisant son oeuvre, le train a dévalé la pente…. S’en suit le tragique incident que l’on connait tous.

  10. Pascale Cormier

    Point de vue intéressant, mais je ne me sens pas du tout coupable. Pas une miette. Je ne peux pas me passer de l’ordinateur avec lequel j’écris ces lignes et qui me permet de gagner ma vie; ce n’est pas moi qui ai décrété qu’une si grande quantité de pétrole devait entrer dans sa fabrication. L’industrie pourrait sûrement nous en gosser en bois, en fer ou dans toute autre matière exempte de pétrole. Elle ne le fait pas parce que l’industrie pétrolière est puissante et le pétrole est relativement bon marché. On ne nous demande pas notre avis et on ne nous laisse guère le choix d’utiliser des dérivés du pétrole; beaucoup de ces produits nous sont pratiquement indispensables au quotidien. Le drame, c’est que nous n’avons absolument aucune prise sur les choix qui sont faits pour nous par des gens que nous n’avons jamais élus ni désignés à cette fin. Nos gouvernements sont supposés être là pour établir les balises et les règles qui s’imposent, mais nous vivons à une époque de rois fainéants qui laissent l’industrie privée diriger le monde à sa guise. Avec les résultats — fort prévisibles — que l’on connaît.

    1. Jean-Philippe Baillargeon

      C’est dans des situations pareilles que je nous trouve très bien colonisés et encore croyants.

      Comme Madame Cormier le mentionne nous sommes dépendant d’une source d’énergie et son cartel industriel qui nous fourni travail, matière première et niveau de vie. Nous sommes donc lié à la défense, si ce n’est à la promotion de cette chaîne production-consommation. En tant que citoyens bénéficiaire de la complexité du système capitaliste où nous sommes tous des consommateurs, on accepte que notre seule manière d’être libre c’est de consommer ou de ne pas consommer.

      Là se pose la solution de la transition aux alternatives du pétrole comme énergie dominante et son paradigme de création de liberté: liberté d’aller plus loin, plus vite, de couvrir plus de distance, d’une manière moins coûteuse…

      Pour avoir accès à des hydrocarbures cheap, ça prend une exploration cheap, une extraction cheap, une distribution cheap, des conditions de travail cheap, une production de dérivés cheap et un prix cheap au final. Bien sûr, on peut faire jouer les variables pour attirer plus d’adhésion à ce système.

      Mais pour y arriver ça prend aussi des États light, des gouvernements des différents paliers qui voient le bien commun à gérer efficacement comme une business cheap pour attirer l’investissement, afin qu’on puisse apprécier le «développement» qu’il a favorisé. Le pays n’est plus un patrimoine territorial avec des habitants, mais un terrain de jeu stratégique avec une force de travail qui habite dessus.

      Moi aussi je crois que nous sommes responsables, mais c’est pas seulement la dépendance au pétrole qui me le fait croire. Il y a d’abord la déréglementation que nous avons accepté comme preuve d’efficacité et d’innovation d’un État. Nous avons élu des gouvernements fédéraux qui ont détruit la possibilité d’un réseau ferroviaire digne de ce nom.

      Je vous invite à lire ce que je n’ai pas trouver ailleurs dans nos médias sur le site du journal The Guardian http://www.guardian.co.uk/environment/true-north/2013/jul/11/1

  11. Bien sûr il y a le pétrole, mais dites-moi pourquoi quand on veut aller en Amérique du Nord et aux États Unis en particulier, on doit passer un contrôle draconien : identité, bagages, fouille au corps etc… et que les trains chargés de matières dangereuses transportées par les Etats Unis dans des wagons non sécurisés traversent notre pays ? Avec ce drame on découvre que nous vivons chaque jour avec des bombes qui traversent nos villes. Hey les citoyens on se réveille! MC

  12. ben

    Bon bien me voila a ecrire ici pour je ne sais quel raison. Oui il y a surement eu faute mais a qui la faute? Peut importe cela ne ramenes pas les gens qui sont decedes et la peines des parents. aAlors il faut se tourner vers le futur et essayer de ne plus repeter ce type d’accident. Oui le drame est grand et je ne minimise pas le drame loin de la. Mias de penser que ce meme drame pourrait se repeter dans une autre ville ou village dans notre ^pays bien il faut que cela arrete. Dans une situation comme celle ci il n’y a pas de politique ni de religion mais bien d’apprendre de nos erreurs. Malheureusement iil y a des morts et des familles touchess par ce drame mais il faut que nous soyons solidaire pour changer les choses. Nous sommes tous a apprendre que les trains fantomes ca existe alors il fuadrfait etudier les autres aspects du transport ferroviaire car il y aura toujours des produits toxiques a traverser dez v iles et villages. La valeur du $ sera toujours la valeur de nos vis que l’on veuille ou non 🙂

  13. C’était du pétrole qui partait du Dakota et s’en allait au Maine. Il n’est passé par le Canada que parce que c’était plus court. Mais en réalité, on n’avait rien à faire dans cette affaire.

    D’autre part, je me souviens quand j’étais plus jeune, je ne tenais pas en place, toujours en train d’aller faire un tour en ville, puis de retourner en campagne. Maintenant, je me déplace à pied ou à vélo la majeure partie du temps. Autrement dit, j’ai beaucoup diminué mon empreinte écologique de plusieurs façons. Peut-être 10 fois ou 20 fois moins qu’avant.

    Alors, je crois que oui nous avons tous une part de responsabilité là-dedans. Mais si on y regarde de plus près, je crois qu’il ne serait pas nécessaire de pomper autant de pétrole si tout le monde coupait radicalement sa consommation…

  14. merci pour votre accusation, en ce sens je vous aime et donc vous soutiens entièrement. au plaisir de vous lire à nouveau .

  15. Marielle, je t’encourage à réfléchir à ce qu’à écrit Éric Pineault plus tôt aujourd’hui:

    «Je peux vous dire, de retour de Fort McMurray, que l’extraction, le transport et l’usage massif du pétrole extrême, est un projet COLLECTIF et ne repose pas sur des décisions individuels isolées. Au contraire, nous sommes entrée dans l’ère du pétrole extrême grâce à des décisions et institutions collectives. L’extraction des sables bitumineux, les trains pétroliers, l’expansion des oléoducs, le contrôle de ces activités par une poignée de grande corporations multinationales, la dépossession des communautés autochtones et non-autochtones qu’implique le développement de cette industrie, tout cela prend la forme d’un projet collectif, repose sur l’action collective publique (L’État) et privée (Les corporations monopolistiques).

    Alors si l’entrée dans l’ère du pétrole extrême est un projet collectif, comment osons nous poser la question de la sortie du pétrole en termes purement individuels ? Sortir du pétrole est un projet collectif qui implique de mobiliser nos institutions, il doit interpeller le citoyen, pas le consommateur. Nous avons des outils collectif à porté de main pour initier cette sortie, d’autres outils sont à développer. Tout autre façon de poser la question ne fera que nourrir le cynisme ou pire, joue le jeu des Enbridge et Suncor de ce monde.»

  16. Je ne me sens pas particulièrement coupable, quand ces gens remplacent volontairement les ingrédients naturels adaptés par du pétrole afin de nous rendre dépendants et pour faire de l’argent sur notre dos. Ceci dit, pour le reste, on se rejoint totalement.

  17. Jean-Philippe Baillargeon

    Et on doit aussi sortir de la confession qui apporte l’absolution du «Mon père, je m’accuse…» chrétien pour l’action dans la rédemption!

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