Molière en rafale

Le Mariage forcé 

suivi de

La Jalousie du Barbouillé 

La salle était pleine, il faisait chaud – très chaud, et les comédiens étaient en feu, vendredi dernier, pour le doublé moliéresque présenté à la salle Murdock du Centre des Arts et de la Culture de Chicoutimi, par le Théâtre 100 Masques. Deux textes de Molière introduits par un prologue ludique pour une mise en contexte autour de la thématique récurrente de ces deux farces de Molière: les méandres du mariage. Un prologue drôle et autoréférentiel axé sur la complexité même de la langue et du travail de diction : effets vertigineux, le comédien Patrick Simard se délie singulièrement la langue dans ce prologue pour nous préparer à entrer dans l’univers d’une proposition théâtrale où le sexe devient l’engrenage humoristique, par excellence.

Mais qu’est-ce qu’une farce au théâtre ?

« Dans le genre comique, la critique oppose la farce à la comédie de langage et d’intrigue où triomphent l’esprit, l’intellectualité et la parole subtile. La farce, au contraire, fait rire, d’un rire franc et populaire ; elle use, à cet effet, de moyens éprouvés que chacun varie à sa guise et selon sa verve : personnages typiques, clowneries, mimiques, grimaces, lazzis, calembours, tout un gros comique de situations, de gestes et de mots, dans une tonalité copieusement scatologique ou obscène.» [1] Proche de cette définition, la production estivale du metteur en scène Dario Larouche embrasse ce genre populaire avec cette forte théâtralité où la technique corporelle des comédiens est sollicitée. Et bien sollicitée.

Ils sont quatre comédiens en scène ( Mélanie Potvin, Pierre Tremblay, Isabelle Boivin et Patrick Simard) à se partager tous les rôles de ces deux courtes pièce en un acte de Molière. Des rôles, et féminins et masculins, tous genres confondus. L’équipe est solide, mais on sent, tout de même un peu, que c’est au fil des représentations que la justesse du jeu des comédiens s’affinera autant que la précision mémorielle du texte. Il faut absolument mentionner que la rapidité avec laquelle les comédiens passent d’un personnage à un autre personnage est impressionnante. Fulgurante. Et c’est là que tout le professionnalisme de ce double programme trouve sa voie puisqu’il faut beaucoup de métiers au corps pour être capable d’endosser cette rythmique emballée du jeu physique.

Avec expérience, Dario Larouche sait s’entourer d’une équipe qu’il mène exactement là où son imaginaire dépose et développe toutes ces petites trouvailles ingénieuses construisant cette mise en scène. De petites trouvailles que nous souhaiterions plus nombreuses alors qu’une des grandes forces du Théâtre 100 Masques est justement cette capacité à se réapproprier, réactualiser et transmettre des textes classiques que l’on prend plaisir soit à découvrir ou à redécouvrir dans une scénographie simple et polyvalente.

La première farce, Le Mariage forcé, raconte l’histoire de Sganarelle qui s’est engagé à épouser la jeune Dorimène, alors qu’au jour même de leur mariage, il se met à douter de la fidélité de sa future et ravissante épouse… Humour noir et cru, blagues osées et effets comiques construits cette comédie aux mœurs très légères. Les personnages sont laids, grotesques et sans morale. On aime ça. Avec la seconde farce, La Jalousie du Barbouillé, on plonge dans une pièce où les quiproquos pullulent, accumulant les situations inusités où l’on se reconnaît, bien souvent. Le tout foisonne de cabotinage, de folie et d’absurdité. Les costumes de Mélanie Potvin sont magnifiques : de petites œuvres d’art originalement conçues.

À gorge déployée, j’ai ri et j’ai passé un très bon moment au théâtre en compagnie d’une joyeuse bande dont l’énergie contagieuse a conquis la salle. Une proposition théâtrale accessible, destinée à un public adulte, un brin audacieuse par le choix du propos pour un pur moment de divertissement.

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Sur la photo, de gauche à droite :

Patrick Simard, Mélanie Potvin, Isabelle Boivin et Pierre Tremblay

Crédit photo : Alexandre Nadeau

Le Théâtre 100 Masques  présente:

Le Mariage forcé

suivi de

La Jalousie du Barbouillé

3 au 26 juillet 2013 (du mercredi au vendredi)

20h – À la salle Murdock du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi.

Pour réserver votre place : 418-698-3895

ou à cette page : www.facebook.com/events/128723357331236/

Mise en scène : Dario Larouche

Distribution : Isabelle Boivin, Pierre Tremblay

Mélanie Potvin, Patrick Simard

Lumière : Alexandre Nadeau

Autres concepteurs : Carol Émond, Dario Larouche et Mélanie Potvin

Direction artistique : Dario Larouche

Adjointe à la production: Julie Bernier

Stagiaire: Patricia Boily

 


[1] PAVIS, Patrice, Dictionnaire du théâtre, Armand Colin, Paris, 2009, p.138.

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