Le prix du livre

L’amour du livre de chez nous

On discute beaucoup du prix du livre dernièrement. C’est qu’une commission du gouvernement se penche présentement sur cette question : doit-on règlementer le prix du livre?

Tout ce débat est un peu compliqué. La majorité des éditeurs sont pour, certains sont contre. Des librairies le souhaitent ardemment, d’autres s’y opposent vivement. On parle de « prix unique du livre », de concurrence, de Costco, de librairies indépendantes, de lois… Pour les lecteurs, il n’est pas simple de se faire une idée.

 

Le problème du livre

Le livre, c’est bon pour la santé. Les enfants qui « mangent » les livres réussissent mieux à l’école, ont davantage de vocabulaire et même d’empathie! On a donc tout avantage à faire du sport, puis à relaxer avec un bon livre.

Mais le livre est malheureux. De moins en moins de gens l’achètent (que ce soit papier ou électronique).  Les ventes de livres ont reculé de 4,1% en 2012, après avoir connu une baisse de 4,9% en 2011 et de 2,5% en 2010 . Conséquence : les librairies et les éditeurs ferment leurs portes.

Heureusement, on trouve le livre ailleurs. Sur un site web, dans les pharmacies, les épiceries et les grands centres. Même Canadian Tire offre un choix de livre! On va s’acheter un paquet de clous, on met un livre de contes dans le panier en même temps.

Le problème est là : ce que vous trouvez dans ces magasins et ce qui se retrouve en première page sur Internet, ça appartient à deux catégories :

–                 c’est un bestseller

–                 il vient souvent d’ailleurs (70% des ventes sont d’éditeurs étrangers)

Je n’ai rien contre les bestsellers publiés par les éditeurs français. J’adore en lire moi aussi! La série cartonnée « Petit garçon » se vante d’avoir vendu plus de 500 000 exemplaires dans le monde et au moins trois sont dans ma maison!

 

La solution proposée

Personne ne reproche aux grands magasins de vendre les auteurs les plus populaires. Mais les libraires voudraient tout de même protéger ce qui reste de leur réseau avant d’être obligés de mettre les clés dans la porte. Pour qu’on continue d’avoir accès à une offre plus diversifiée.

Ce qui est proposé : que le prix d’un livre soit le même partout (grands magasins, quincailleries, sites web) pendant neuf mois après la sortie, avec un rabais possible de 10%.

On donne un peu d’air aux libraires, on appuie les éditeurs et les auteurs d’ici par la bande et on garde une offre diversifiée de livres (pour ne pas seulement avoir des bestsellers à lire).

 

Objection : c’est le lecteur qui paie 

La réponse est double. Mais Ricardo va nous aider à comprendre tout cela.

D’abord, oui, les livres vont coûter plus cher parce que Costco ne pourra plus vendre l’excellent ouvrage de recettes à la mijoteuse de Ricardo à 26 dollars (35% de rabais sur le prix ordinaire: 40$). À la sortie du livre, le seul rabais possible (10%) lui donnera le prix de 36 dollars.

Mais je vais vous confier un secret: à la sortie du livre, l’éditeur savait lui aussi qu’il allait devoir le vendre à rabais un peu partout… Alors il a probablement ajusté son prix à la hausse pour réussir à faire un minimum de profits, même quand le livre est en rabais…

Par exemple, disons que j’écris la biographie de Georges, le petit prince royal. Que j’y mets plein de photos de Kate et William :

–                 Prix du livre pour l’éditeur : 10$

–                 Distributeur et marchand : 10$

–                 Auteure : 2$

–                 Total : 22$

Mon éditeur sait que 75% des livres seront vendus à rabais. Mais il faut qu’il fasse un peu de profits. Alors il met son prix « ordinaire » à 40$. Comme cela, il sera sûr de faire 4$ quand Costco vendra le livre à 26 dollars!

Sans réglementation, le prix du livre augmente, et c’est parce qu’on laisse aller les rabais un peu n’importe comment. En Angleterre, le prix du livre a augmenté bien plus vite que le coût de l’inflation.

Ironiquement, quand on réglemente, le prix du livre augmente moins vite que l’inflation : il coûte donc de moins en moins cher dans les pays qui l’ont fait (France, Japon, Allemagne, Mexique, Norvège, etc.)

Pour ceux qui restent sceptiques devant ma superbe démonstration, la solution est simple. Patientez un peu et la biographie de Petit Georges pourra être vendue à n’importe quel prix. C’est mon truc pour les jeux vidéo: s’ils sont tous à 60$ à la sortie, on les retrouve vite à 30$, 20$ ou 15$ quelques mois après…

 

Un choix à faire

Pour résumer, on peut:

1. Continuer comme ça, c’est-à-dire avoir des bestsellers à rabais, mais qui deviendront de plus en plus cher. Voir les librairies indépendantes fermer graduellement, ce qui sera dramatique dans les régions. Et nos éditeurs, ayant plus de mal à écouler leur production, devenir moins nombreux, ce qui limitera les auteurs publiés.

2. Se donner une règle pour limiter le rabais pendant quelques mois, dans le but de protéger ce qui reste de librairies et d’éditeurs. Favoriser la diversité. Et voir le prix des livres augmenter moins vite que le coût de la vie…

 

Je suis donc en accord avec la proposition de protéger le prix du livre. Parce que j’aime acheter des livres d’ici, avec des auteurs qui vivent dans mes villes, édités par des passionnés de Québec, Montréal, Saguenay ou Sherbrooke… J’ai envie de continuer à les trouver en vente dans les librairies et leur site web (vous connaissez Ruedeslibraires.com?). Même si j’aimerais bien que les grands magasins les vendent aussi!

De toute façon, le problème est déjà bien réel. Cherchez donc une librairie à La Malbaie: elle n’existe plus. Essayez de trouver un seul livre de « Valérie Harvey » au Costco, au Walmart, au Canadian Tire ou en pharmacie. C’est impossible.

Mais à quoi bon garder la littérature d’ici en vie? Avoir des livres adaptés à notre pays, c’est déjà compliqué à trouver… Je vais lire à mon bébé l’histoire de la petite belette française qui met des « moufles » et un « bonnet » pour affronter l’hiver, au lieu de la douce histoire du lièvre québécois qui a perdu ses mitaines. Sur ce, je vais aller m’amuser comme Chloé qui joue à faire le ménage!

 

Commentaires

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2 thoughts on “Le prix du livre

  1. Claude-Henri DEROUIN

    Beau plaidoyer, je suis entièrement d’accord avec vous. De plus pour avoir un peuple éduqué et capable de penser et décider par lui-même, il faut qu’il se cultive. Et comme vous le dites si bien, la culture, la richesse du vocabulaire, l’imagination etc passe par la lecture au tout petit, au plus grand et la lecture autonome.

    En conclusion, comme dans beaucoup de pays dont mon pays de naissance la France, il faut réglementer le prix du livre et répartir les profits de la façon la plus juste et égalitaire. Eventuellement en revoyant la législation sur les droits d’auteur.

    Bien cordialement.

    1. Merci beaucoup pour votre commentaire. J’aimerais en effet qu’on lise et qu’on lise notre littérature surtout. Alors qu’on priorise les traductions sur les tablettes en ce moment…

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