La culture, mal diffusée?

Le 10 septembre prochain, on apprendra qui sera sélectionné en vue du gala de l’ADISQ. Comme chaque année, les gens qui vont apprendre qui est nominé en lisant le Journal de Québec version Saguenay-Lac-Saint-Jean au Tim Hortons n’auront pas entendu parlé des jeunes musiciens/groupes en lice. Ils vont peut-être être insatisfaits parce que cette année Vincent Vallières ne sera pas en nomination parce qu’il n’a pas sorti d’album, mais est-ce que c’est leur faute?

La musique émergente, qu’elle soit québécoise ou non, est-elle bien diffusée? On a assisté à une démonstration flagrante de la méconnaissance d’un artiste plus vraiment émergent bien de chez nous et grand public il y a de ça deux semaines. Quand La Voix a annoncé que Louis-Jean Cormier allait faire partie du jury de la prochaine saison, son téléspectateur type s’en est donné à cœur joie contre l’auteur-compositeur-interprète sur la page Facebook de l’émission.

On peut maintenant comprendre pourquoi Louis-Jean Cormier critique la diffusion de la musique de la scène alternative au Québec. Peut-être s’était-il déjà rendu compte qu’il n’était connu que par une petite tranche de la population? On l’a entendu aux Francs Tireurs l’an dernier et on a pu le lire dans un texte du journal Métro. « Je rêve d’ondes gorgées de musique de qualité supérieure, de musique représentative de notre créativité rayonnante autour du globe. Je rêve de retrouver la curiosité que j’ai en allumant la radio d’État sur toutes les autres chaines ». Louis-Jean Cormier ajoute qu’il rêve à que les Québécois découvrent « l’étendue des richesses de notre art » et que les directions de programmation musicale aient plus de latitude artistique et financière dans leurs choix.

Le constat est clair, la majorité des médias de masse privés ne jouent pas exactement le rôle qu’ils devraient jouer dans la diffusion de la culture québécoise, même la culture grand public. Louis-Jean Cormier, ce n’est quand même pas Mise en demeure, ce n’est pas non plus Keith Kouna ni Avec pas d’casque, et il reste peu connu.

Des critiques musicales au Québec se joignent aux artistes comme Louis-Jean Cormier pour déplorer le manque de musique québécoise émergente dans les choix musicaux des radios privées entre autres. Le critique musical du Voir, Olivier Robillard Laveaux les critique lui aussi. « J’aime moins les radios comme NRJ et CKOI parce que, dans ma tête, elles ne sont pas là pour les bonnes raisons, indique-t-il. Elles sont là pour l’argent alors que, pour moi, quand tu fais de la radio, tu le fais par passion, pour faire découvrir de la musique aux gens. » Olivier Robillard Laveaux concède toutefois que les radios privées n’ont pas le même mandat que la radio publique : « À la base ces radios-là, leur priorité ce n’est pas de faire connaitre des artistes, c’est de faire de l’argent. Eux, leur but c’est de ne jamais perdre des auditeurs. Le truc qu’ils ont, c’est de ne pas bousculer les écoutes des gens », affirme monsieur Robillard Laveaux. C’est assez évident que les radios étudiantes et la radio publique ont plus de possibilités pour leurs choix musicaux, mais la question est éternelle : est-ce que les gens préfèrent certains styles musicaux parce que c’est ce qu’on leur offre majoritairement ou ils aiment profondément ce qui passe couramment dans les radios privées?

La directrice musicale à NRJ, Geneviève Moreau, croit pour sa part que la radio privée doit « calibrer la musique émergente avec la musique populaire ». Elle affirme que le choix de la musique diffusée se fait en fonction de la cohérence entre le son de la station et le son des chansons et rien d’autre. Elle ajoute aussi que « chacun a ses mandats. Nous en tant que radio commerciale on a le mandat de plaire au plus de gens possible et de les garder le plus longtemps possible. On vit bien avec notre produit, parce que pour chaque personne qui chiale, il y en a beaucoup qui ne chiale pas », croit Geneviève Moreau. La majorité silencieuse, ce n’est pas juste Charest qui l’utilise. Dans ce cas-là, les personnes qui ne chialent pas, chialeraient-elles si on leur offrait autre chose que de la pop formatée? Ça revient à ce que je disais : se satisfont-elles de cette musique seulement parce que c’est ce qu’on leur offre?

L’animatrice d’Espace Musique, Paule Therrien, explique que les choix musicaux à la radio publique se font différemment qu’à la radio privée. « On veut offrir aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre, mais on ne peut pas tirer par le bas non plus. C’est le mandat de la radio publique, de diffuser de la musique francophone et de la musique d’ici », explique-t-elle. L’animatrice ajoute que : « Tous les émergents sont extrêmement importants pour nous. Espace Musique, c’est une radio qui représente tous les citoyens, c’est le type de radio qui peut faire tourner ces gens-là. »

On constate bien le fossé entre la radio publique et privée; la radio privée diffuse ce qui est un hit présentement, ce qui est un hit ailleurs dans le monde ou ce qui pourrait être un hit alors que la radio publique a un mandat de diffuser de tout. Le problème, c’est que la radio privée est plus écoutée et elle n’en profite pas assez pour diffuser autre chose que ce qu’elle diffuse présentement, c’est-à-dire trop souvent une pop faible en qualité et trop souvent peu d’artistes d’ici. Son public se conforte donc dans l’écoute de cette musique même s’il aimerait probablement autre chose si on lui faisait écouter autre chose.

Il faut quand même noter que certains airs de Louis-Jean Cormier sont présents sur les ondes de NRJ. Mais, la diffusion de la culture, ça ne passe pas seulement la radio et ce n’est pas seulement la musique qui joue à la radio. C’est aussi l’art visuel, le cinéma, le théâtre. C’est aussi les critiques culturelles de l’écrit, de la télé, du web. Le problème est donc plus large. « C’est toute la manière dont on présente la culture au Québec le problème », comme le déplore Olivier Robillard Laveaux. On voit plus souvent dans les téléjournaux le showbizness que la culture. On voit plus de couvertures de lancement d’album de Star Académie que que de couvertures de pièces de théâtre de jeunes dramaturges talentueux. Est-ce que c’est vraiment la meilleure façon de véhiculer notre culture?

 

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One thought on “La culture, mal diffusée?

  1. Arnaud Brubacher

    Si la radio privée avec de la musique de marde pogne plus que espace musique c’est peut-être parce que ça correspond au goût des gens. Terrible constat. Est-ce qu’il y a des goûts meilleurs que d’autres? Je fais ici allusion à ta comparaison entre Star Académie et le théâtre.. Perso je pense que oui.
    Voilà ma citation préféré au monde, elle vient me chercher genre… elle porte à réfléxion sur le sujet présent aussi:

    «Évidemment, je sais bien que des millions de nos congénères préfèrent le loto et le PMU au théâtre d’Eschyle, le football à la musique de chambre, ou encore s’abrutir devant une série télévisée ou un film classé X, plutôt que de prendre un livre, ne serait-ce qu’un roman de quatre sous. À tout cela le capitalisme dit amen. Les hommes sont libres de choisir. Qu’ils macèrent dans leur confort. Les hippopotames ont bien le droit de se vautrer dans la boue. Alors, pourquoi pas nous ? Mais ça, Carlo […] c’est tenir l’homme dans le plus profond mépris. C’est transformer l’histoire en un cimetière d’épaves automobiles. Le marxisme a essayée de faire autre chose. Il a rempli les salles de concert et les bibliothèques. Il a donné aux enseignants et aux écrivains un salaire décent, bien plus, un statut éminent dans la société. Il a décrété la gratuité des musés, les a ouverts à tous. Il a proclamé qu’un théorème, une sonate ou un principe philosophique traduisent plus fidèlement la substance de notre humanité naissante que le dernier succès du top 50.»

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