Tolérance zéro

Je le sais. C’est pas très original comme idée de chronique, la Charte des valeurs québécoises. C’est déjà mainstream tellement tout le monde en parle. J’avais quand même envie d’amorcer ma collaboration avec Mauvaise Herbe en exposant mon point de vue là-dessus. Parce que ça me remue, pis ça m’enrage.

Mais pour ne pas écrire n’importe quoi, il aurait fallu que je ratisse à fond le dossier et que je lise à peu près tout ce qui se publierait sur le sujet. Et honnêtement, quand il est question de politique, je décroche assez vite. On dirait que moins j’en sais, mieux je me sens.

En plus, le débat a tellement fait couler d’encre que j’en ai eu mal au cœur. Les propos racistes, sexistes et islamophobes vomis sur toutes les plateformes ont amplifié mon malaise. Et la féministe en moi s’est révoltée, car même si la Charte ne vise pas plus de 2 % de la population québécoise, l’interdiction d’arborer des signes religieux que le PQ qualifie d’« ostentatoires » dans les institutions liées au gouvernement touche directement les femmes. Le port du hidjab est en effet assez difficile à cacher, vous en conviendrez.

Cependant, je me garderai d’orienter ce texte sur les égalités (et les inégalités) qui existent entre les femmes et les hommes, de même que sur la polémique entourant la Charte. Je préfère aujourd’hui porter ma réflexion sur la tolérance entre les individus en général. Peu importe leur race, leur provenance, leur religion et ce qu’ils ont entre les deux jambes.

On évolue dans une société qui me semble toujours plus intransigeante. Je ne sais pas si c’est parce que tout va de plus en plus vite et qu’à la longue, de ne pas prendre le temps de respirer par le nez, ça nous tombe sur les nerfs. Ou parce que nos égos surdimensionnés accaparent toute la place, laissant moins d’espace pour accueillir l’Autre. Ou parce que l’évolution fulgurante des technologies a modifié notre façon de réfléchir, de résoudre les problèmes mais aussi, notre rapport social avec les vraies personnes qui nous entourent.

Ces couples qui se défont avant même le déclin de la passion, ces automobilistes qui lancent des injures aux cyclistes et tiquent aux passages à piétons, ces radios poubelles qui polluent les ondes et le cerveau de ceux qui se prosternent à l’écoute des propos virulents et sans profondeur de leurs animateurs : c’est clair comme de l’eau de Pâques qu’on a de la misère à se supporter.

Les guerres, les ethnocides, les crises sociales et l’esclavagisme sévissent chaque jour partout sur la planète. Tout ça au nom de notre soi-disant liberté, de notre appétence de pouvoir, de notre dépendance au confort et de notre certitude de détenir LA vérité. N’est-ce pas le reflet, au fond, de notre intolérance les uns envers les autres?

Si cette proposition de Charte bourrée d’incohérences, de zones grises, d’inégalités et de discrimination devient loi, ne verra-t-on pas une division encore plus marquée au sein du peuple québécois?

On est en 2013. Il serait enfin temps qu’on s’endure, qu’on s’unisse pis qu’on les règle, les vraies affaires.

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3 thoughts on “Tolérance zéro

  1. En tant que vieil anarchiste, les lois c’est pas mon truc. Surtout les lois divines. Alors, j’ai la mèche pas mal courte quand vient le temps de parler de religions. Ils feront ce qu’ils voudront, je n’ai ni le pouvoir, ni l’intention de les en empêcher. Mais moi, j’ai le droit de croire qu’ils se prosternent devnt de faux dieux et je ne veux pas perdre ce droit-là. Et je crains qu’on m’oblige un jour, moi ou mes enfants, à croire en ces faux dieux. Avant de défendre la liberté de tous à croire à n’importe quoi, je vais défendre la mienne à ne pas croire en n’importe quoi.

  2. infotrad

    Donc deux anarchites asociaux. Article intéressant, mais semble pencher pour un seul côté de la médaille; en effet, il ne faut pas oublier ces cyclistes qui lancent des injures aux automobilistes et tiquent aux passages à piétons. Eh oui, il ne faut prendre garde de ne pas avoir une vue trop unilatérale

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