Banane… Ô ma banane, dis-moi quelle est ta couleur?

 

La peur n’est pas une amie. Elle est un gouffre. Tout ce qui est dicté sous sa gouverne a, oui, raison d’être, mais point de résonner. Toute relation doit être établie sous le joug de l’ouverture même si cette dernière est pénible à exécuter. Le courage, l’humilité et le pardon sont ses meilleurs alliés. Il en faut pour vivre des expériences saines et riches… et éteindre ce qui nous réduirait à de simples objets de propagande de la douleur que nous avons jadis subie.

 

Et pourtant, il n’y a qu’à observer les bases d’un grand nombre de systèmes, que ce soit communicationnel ou politique, pour constater que la peur, plus qu’omniprésente, les justifie, les rend possibles. Plus encore, elle est leur fondement même.

 

Si on demande à un groupe de personnes de choisir, parmi toutes les couleurs existantes, celle qui correspond le mieux à une banane, le résultat obtenu risque de différer selon l’expérience, les particularités physiologiques et l’origine des participants.

 

C’est-à-dire que si l’exercice est fait avec des personnes provenant du Québec, il est fort probable que la couleur ressortissante serait le jaune. Cependant, elle le serait sous la forme d’une kyrielle de teintes allant du jaune pâle au jaune assez saturé et serait peut-être accompagnée de quelques exceptions du type couleur verte et brune, évoquant des types de produits qui pourraient, ailleurs, être plus communs que « notre » banane, par exemple la banane plantain.

 

Parmi toutes les données recueillies (teintes et couleurs), serait-il possible de dire laquelle est la plus juste? Qui a raison? Les personnes affirmant que la véritable couleur de la banane est le jaune? Ou ceux qui retiendront plutôt les teintes associées au vert ou au brun?

 

Cet exemple peut paraître simpliste, mais il résume une somme considérable de problématiques fort complexes que nous résolvons ainsi au quotidien : on évacue les réponses marginales, on resserre autour du noyau de données centrales, on convient que ce qui représente le mieux la banane est le jaune et on le nomme « jaune banane ».

 

Afin de favoriser la communication, le système que l’on a mis en place est celui de la normalisation. Mais est-ce que le fait qu’un grand nombre de personnes adoptent une pensée lui confère un statut de « Vérité »?

 

Nous nous entendons globalement sur des concepts génériques, tels que « une maison est une maison » et qu’« une banane est une banane »… mais les formes que peuvent prendre chacun de ces concepts sont innombrables. Combien de types de maisons peut-il exister au juste sur cette planète en passant de la simple yourte au gratte-ciel sans oublier le bungalow? Est-ce qu’un type de maison prévaut sur les autres?

 

Suivant la même idée, les notions associées à la morale telles que le « bien » et le « mal » sont connues de tous et de toutes, mais prennent la forme de milliers de déclinaisons.  Il n’existe pas de morale universelle. En ce sens, qui peut véritablement se targuer de posséder LA/UNE vérité sur ces choses? « Véritablement », personne ne le peut. Croire que nous possédons LA/UNE vérité est en soit une illusion. Comment pourrions-nous envisager seulement la saisir? La seule vérité seraitelle sans frontière aucune?

 

Cependant, l’idée de posséder UNE ou LA vérité est fort attrayante et aussi très rassurante car, fondamentalement, nous avons peur. Peur de nous tromper, peur du néant et surtout, nous avons peur de la mort, de l’après, de ce que nous ignorons et que l’on peut résumer par ces simples trois questions : D’où venons-nous? Qui sommes-nous? Où allons-nous? Nous aimerions bien savoir quelle est LA bonne voie à suivre. Il est beaucoup plus confortable de dire ou de se faire dire que « ceci est bien ou mal »  comme ce jaune est « jaune banane ».

 

Communiquer permet de survivre. Le fait de s’entendre tisse des liens, on se sent moins seul. Il est moins angoissant de faire partie d’un groupe. Le fait d’être avec d’autres nous conforte dans l’idée d’avoir sans doute raison. Elle nous rassure sur nos gestes et les décisions que nous avons prises. Le fait de définir annule le vertige provoqué par le questionnement et l’ouverture perpétuelle. En plus, cela rassérène par la mise en place d’un jugement absolu du type « ça c’est bien et ça c’est mal », qui glisse facilement vers le « moi je suis bien et toi tu es mal ». Relation historico-politico-religieuse contenu à l’intérieur de ce seul terme : (le) barbare.

 

La peur et, par conséquent, l’attrait de posséder une vérité sont de puissants vecteurs sur lesquels capitalise un grand nombre d’intérêts. Les différentes formes de pouvoir sont bâties sur ces préceptes. Comme l’idée de Nation /Pays. Quelle est la différence entre le territoire qui est du côté nord de la frontière canado-américaine et celui qui est situé du côté sud? Pourquoi cette Terre est-elle morcelée de la sorte? Quelle est la différence de valeur entre un arbre d’ici ou d’ailleurs? Entre un homme, une femme, un transgenre, un enfant, un animal, un oiseau, une bactérie? Pourquoi user de tant d’énergie pour se distinguer de l’autre en dénigrant ce qui est en soit sa tentative de bien vivre sa vie? Pourquoi vouloir à tout prix créer des ensembles en aplanissant les différences et en faisant fi de ce qui est plus marginal? Pourquoi ne pas considérer toutes réalités comme étant aussi valables les unes que les autres? Qui aurait le plus à perdre si ces balises tombaient? Si tous ces hommes, femmes et enfants devenaient « humains ». Si tous les peuples devenaient fraternels?

 

Depuis le début des temps, l’Homme use de ces préceptes. Certains (plus que d’autres) tirent profits de cette dynamique, dirigent les guerres, qu’elles soient petites ou grandes. Diviser pour régner qu’ils disaient? Diviser … pour se distinguer? Ils nourrissent ainsi leurs égos, nourrissent ceux des autres, offrent l’illusion de connaître la voie, de savoir.  Se détachent, donne une impression de grandeur, établissent des distinctions entre « eux et l’autre » qui devient doucement  « Nous et les autres ». Comme dit plus haut, l’idée de posséder la vérité ou même de la côtoyer est une chose fort attrayante.

 

Pourquoi ce jaune est-il « jaune banane »? Faut-il absolument que ce jaune soit « banane »?

 

 

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

One thought on “Banane… Ô ma banane, dis-moi quelle est ta couleur?

  1. Cette article est brillant et remplis de véritées

Laisser un commentaire