Johnny the menace

Les médias servent d’amplificateurs de menaces.
– Jacques Attali

Pour se sauver il n’y a qu’un moyen, sacrifier sa réputation.
– Francis Picabia

Ainsi donc le bon maire de Saguenay menace tout le monde de poursuites judiciaires. Encore une fois. Comme toujours. La surprise n’est pas grande. On a l’habitude de le voir agir ainsi. C’est sa marque de commerce. Quasi sa réputation, ici comme à l’étranger, quand les autres qui le voient s’exciter de loin nous demandent pour une Xième fois, «qu’attendez-vous pour vous en débarrasser ? » En effet, qu’attendons-nous ? Ça sera peut-être le moment ou jamais. Moi je n’attend plus depuis longtemps. J’ai donné et je donne encore. Ce sont les autres, les autres qui continuent de le prendre pour un bon maire. Oubliant de considérer qu’il tient son fort, sa Ville, depuis des années en menaçant tout le monde qui ne sont pas «dans sa gang» et l’expression est de lui.
Il a beau recourir aux tribunaux à répétition pour menacer ses ennemis naturels, ses opposants politiques. Il a le beau jeu et surtout les fonds publics pour régler ses frais d’avocats et s’acheter des amis. Ils sont combien ainsi, les avocats de la Ville, à le protéger –avec son corps policier évidemment—contre ceux qui lui font de l’opposition ? Contre ceux qui lui posent des pièges sur son chemin de Damas ?
Les maudits journalistes de Radio-Canada, ceux du Quotidien qui le suivent de trop près, les étudiants de la Pige qui le surprennent, les professeurs trop instruits de l’UQAC qui le contredisent, les blogueurs qui blaguent sur son compte, les candidats qui se sont fait battre aux dernières élections et qui renaissent, tous ceux et celles qui ne comprennent pas sa mission divine municipale.
Ils sont combien, ses avocats personnels, payés par la Ville pour lui aider à menacer tout le monde et chacun ? À lui donner raison devant les tribunaux encore une fois ?
Johnny the menace frappe encore en pleine campagne électorale cette fois. Il se permet même de réclamer l’aide de Promotion Saguenay, c’est à dire de lui-même, et de Ghislain Harvey, de ses complices qui lui ont déjà payé un sondage de popularité dans Le Réveil pour régler le sort, une fois pour toutes, de ses maudits opposants qui l’empêchent de rêver en couleurs.
Johnny the menace frappe encore et plus fort. Les opposants n’ont qu’à bien se tenir. Au diable les frais d’avocats. Le contribuable payera pour lui donner raison. Pour le protéger contre les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. Un million de plus, un million de moins en frais juridiques, c’est peu cher payer pour confirmer et protéger sa réputation.
Mais c’est quoi au juste la réputation du maire de Saguenay ? Je n’ose pas trop me prononcer là-dessus. Mais j’y vais tout de même. Le moment me semble bien choisi pour débattre du sujet délicat. Le maire n’a pas de réputation externe parce que personne n’ose qualifier ses gestes et ses prises de position. La seule réputation qu’on lui connaît, c’est celle qu’il tente de répandre un peu partout, surtout dans les médias qu’il fréquente du matin jusqu’au soir, sept jours par semaine. Les autres donc, surtout les autres politiciens, n’osent pas trop qualifier sa réputation. Ils se gardent une petite gêne. On les comprend d’ailleurs. Au fédéral comme au provincial, Jean Tremblay c’est une patate chaude. Personne au pouvoir ne veut l’avoir avec lui. C’est un tireur solitaire, un politicien d’une autre époque. Le dernier des Mohicans qui dit tout haut ce que personne ne veut plus entendre. Les chroniqueurs politiques de tous les médias nationaux s’en moquent et il fait semblant de ne pas entendre. Jean Tremblay aboie, la caravane passe. Donc le bon maire de Saguenay répand lui-même sa propre réputation. Surfaite d’ailleurs à sa guise, au gré de ses sorties publiques. Elle le précède et le suit partout.
Difficile de vérifier tout ça. Il ne se confie pas beaucoup le bon maire. Il reste discret sur plein de sujets. Son passé de notaire confidentiel, d’entrepreneur immobilier, de commerçant solitaire, d’universitaire éphémère. Par exemple,
c’est un croyant invétéré. Le patrimoine religieux lui tient plus qu’à cœur. Il est prêt à se rendre en Cour Suprême pour défendre sa foi catholique. Pourtant, il n’a jamais de sa vie municipale levé le petit doigt pour sauver les églises de sa Ville considérées comme des joyaux architecturaux.
C’est un adepte de la charité chrétienne à outrance. Il le dit lui-même, il le répète. La pauvreté le chagrine. Il est né fortuné heureusement pour lui. Pourtant, il faut presque lui casser les bras pour qu’il daigne investir dans les logements à prix modiques pour héberger les mal logés.
C’est un administrateur municipal hors pair qui fait l’envie de toutes les autres administrations municipales québécoises. On l’invite même au Vietnam pour révéler ses secrets. Pourtant, il continue de pelleter en avant les dépenses de la Ville et d’emprunter résolument sur la carte de crédit de Saguenay pour financer ses projets ambitieux de places du citoyen et autres quais de croisiéristes repus qui sont loin de faire l’unanimité. Son discours sur les taxes les plus basses en ville ne fait plus vibrer le citoyen d’abord depuis longtemps.
C’est un politicien très populaire qui pète des scores dans les sondages et les élections. Tout le monde l’aime et désire le voir à la tête de la Ville pour les cinquante prochaines années. Pourtant, le sondage que ses amis financent à chaque élection n’est pas encore sorti cette fois. Que sont ses amis devenus ? Sa popularité s’effrite-elle à l’aune de ses revers actuels ? Ses avocats ne peuvent tout de même pas faire de miracles pour lui sauver la face et le trône. Johnny the menace fait-il encore peur à quelqu’un malgré le bruit sourd de ses sabots usés et son toupet hérissé ? Et si l’ère des menaces venait à disparaître ? On peut s’interroger sur la manière de faire de ce politicien australopithèque. C’est le bon moment, je crois.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

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One thought on “Johnny the menace

  1. Richar Côté

    M Demers,

    Quelle merveille d’analyse et d’ironie; vous écrivez très bien Français.

    Natif d’Arvida, je voterais, si c’était possible, pour Marielle Rhinocéros, candidate surprise.

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