Lettre à RTA: On fait quoi maintenant?

Lettre à RTA: On fait quoi maintenant?

Quand j’étais ti-cul, dans mon Isle-Maligne natal, plus du trois quarts des pères de famille travaillaient pour Alcan. Mon père ne faisait pas exception. Il y a travaillé 38 ans à titre d’électricien. Et un électricien, ça gagnait un peu plus que les « pot-man » et avait de meilleures conditions de travail, puisqu’il travaillait à la « shop électrique ». On recevait régulièrement à la maison le « Lingot », journal de l’usine et mon père le dévorait littéralement.

Notre vie s’articulait autour d’Alcan et de la centrale Hydro-Électrique d’Isle-Maligne.

Quand on avait besoin de quelques équipements sportifs, on allait voir le curé qui lui, adressait la demande à Alcan et on les obtenait.

C’est aussi à cette époque que le Ministère des terres et forets a cédé deux lots en bordure du majestueux Lac St-Jean, l’un à la fabrique de St-Cœur-de-Marie et l’autre à celle d’Isle-Maligne. Ces deux lots sont aujourd’hui les lieux que nous appelons Pointe et Plage Wilson.

Comme un certain nombre de citoyens de l’époque, mon père a demandé un terrain. C’était encore le curé du village qui gérait ça. Nous fûmes donc l’une des premières familles d’Isle-Maligne à aller se bâtir un chalet sur le bord du lac.

Ce fut la même chose pour les citoyens de St-Cœur-de-Marie.

Encore aujourd’hui les noms des citoyens de ce magnifique endroit faisant maintenant partie de St-Henri-de-Taillon sont les mêmes que ceux de l’époque, soit qu’ils y sont maintenant résidents à l’année, soit c’est un des enfants qui a racheté le chalet. C’est mon cas et il n’y a pas une journée où je ne pense pas à mes parents qui ont eu l’idée géniale de vouloir aller s’installer là.

J’ai donc passé tous les étés de mon enfance et une partie de mon adolescence à me baigner dans le lac, à jouer dans le sable, à faire des feux de « pitounes », mais aussi à « cruiser » les « pitounes » qui étaient elles aussi nombreuses et fort jolies.

On faisait des jaloux et mes « chums » du quartier Talbot faisaient la file pour faire partie des chanceux que je demandais à mon père d’amener avec nous de temps en temps.

Alcan  était un excellent citoyen corporatif et jamais nous n’avions à redire de sa gestion du lac.

Est-ce parce que c’était une entreprise à propriété canadienne avec son siège social au Québec et l’ensemble de ses opérations dans la région? Sans doute.

Est-ce que l’achat d’Alcan par Rio Tinto a éloigné les décideurs de la région? Sans doute aussi, et ce, même si RT a conservé le mot Alcan dans le nom et le siège social à Montréal. Nous savons tous que cette entreprise est dirigée de l’Australie. C’est bien loin de chez nous ça.

Depuis l’achat d’Alcan par Rio Tinto, les changements d’orientation sont vite venus nous heurter en commençant par le « lock out » décrété par RTA il y a deux ans. On avait affaire à une tout autre culture d’entreprise. Une culture de «  la rentabilité à tout prix ».

C’est correct de vouloir faire de l’argent. C’est correct et RTA a continué de fournir des emplois de qualités, bien rémunérés et a aussi continué d’investir dans ses installations régionales.

Ce changement de culture a toutefois un revers. RTA ne veut absolument pas perdre une goutte d’eau qui est susceptible de produire de l’électricité dans ses barrages. Elle gère le lac à la limite du décret de 1986 et n’a pas tenu compte des changements climatiques des dernières années ni des forts vents automnaux, évènements et phénomènes pourtant largement documentés et prévisibles. RTA peut, comme elle l’a annoncé dans les médias, faire face à des évènements extraordinaires.

Pourquoi alors, depuis deux ans, continue-t-elle à maintenir le lac aussi haut, aussi tôt dans la saison, l’automne? Le lac gèle plus tard, et il ne vente pas moins qu’avant. Les berges des zones de St-Henri –de-Taillon, St-Gédéon, Métabetchouan et de bien d’autres municipalités sont en train de disparaitre.

Le lac St-Jean est reconnu pour ses plages, son immensité, sa beauté, son accessibilité. Il est connu et reconnu par les amateurs de nautisme et de pêche. L’industrie touristique s’est développée en grande partie autour de ce joyau. Des centaines de « jobs » dépendent de l’exploitation de centaines d’entreprises, Hôtels, restaurants, sites touristiques, camping, parcs et j’en passe.

Qu’arrivera-t-il quand il n’y aura plus de plages?

Je sais, RTA va sans doute réparer les dégâts. Ils ont fait ça les années passées, mais à peu près tous les travaux de rechargement sont détruits et c’est à recommencer.

Et le sable? RTA va le prendre à quel endroit? Il n’y a qu’en République dominicaine qu’il y en a du semblable.  RTA devra recharger avec du matériel qui n’a rien à voir avec l’original. Bonsoir la qualité de plage.

Et les arbres  et la végétation ? Une grande partie des efforts de végétalisation des berges est en train de se faire la malle. Et on regarde ça, impuissants.  On regarde les vagues venir prendre des bouchées de plus en plus importantes de nos berges. Des endroits où j’ai passé mon enfance.

La nature est magnifique, mais aussi d’une puissance qu’on a tendance à oublier.

Les riverains sont en colère. Les gens d’affaires le sont aussi. RTA ne peut pas toujours invoquer les retombées économiques de ses activités, il faudra que ces retombées soient générées en tenant compte de notre réalité. Il faudra que ce soit « gagnant-gagnant ».

Alors, on fait quoi maintenant ?

 

-Donald Pilote, conseiller municipal, Saint-Henri-de-Taillon

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

One thought on “Lettre à RTA: On fait quoi maintenant?

  1. pierre noel

    michel marc bouchard et l,une de ces premières oeuvres théâtrales Les porteurs d,eau… Plus ça change, plus c,est pareil…

Laisser un commentaire