Saguenay doit être une vraie ville

Le mot Saguenay sur une falaise autour de La Baie des Ha! Ha!, « ça fait ville » disait Jean Tremblay. Mais, avant de « faire ville », il faudrait vouloir être une ville. Quand je dis ville, je pense à une vraie ville, pas à un amalgame de banlieues fusionnées. Une ville qui a une préoccupation pour la chose urbaine, une ville qui a une vision de son développement, une vision intelligente.

Ce développement intelligent, ce n’est pas de faire de la zone entre l’autoroute 70 et le boulevard du Royaume le croissant fertile de la construction à Saguenay, le Klondike des duplex et des unifamiliales beiges.

Je ne suis peut-être qu’un jeune utopiste diront certains vieux (je me permets de les appeler des vieux ceux-là), mais en parlant avec d’autres jeunes saguenéens de notre ville, la chose que je répète le plus souvent c’est : « le développement de la ville me fait capoter ». Personne ne m’a contredit.

À voir le développement des quartiers résidentiels, je me demande où est passé le schéma d’aménagement. Jean Tremblay se vante d’avoir fait de Saguenay la seule ville fusionnée qui s’est dotée rapidement d’un plan d’aménagement. Si le travail avait été fait plus lentement peut-être qu’on ne verrait pas des nouveaux quartiers pousser en périphérie des quartiers existants comme des champignons. Ou peut-être que le problème est dans l’application de ce plan…

Ces quartiers ne sont pas des nuisances en soi, leur nuisance vient de leur emplacement et de leur planification. Pourquoi est-ce que tous ces nouveaux quartiers ne sont pas construits sur des terrains vagues entre les quartiers existants? Le second problème, c’est l’aménagement des rues dans ces quartiers. La grande majorité permet l’entrée par une seule rue, qui ne débouche sur aucune autre rue. Résultat : pour s’y rendre, il n’y a qu’un seul chemin, même chose pour la sortie.

Comment voulez-vous créer une ville intelligente, une ville urbaine avec ces constructions? Favoriser le transport en commun dans ces nouvelles constructions est chose quasi impossible. Les gens qui habitent au fond de ladite rue cul-de-sac ne voudront pas marcher des centaines de mètres pour aller prendre l’autobus et l’autobus ne fera pas un demi-tour dans la rue centrale du micro-quartier. Ces résidents prendront leur voiture.

Le commerce de proximité y est aussi chose rare ou inexistante. Les entrepreneurs ne pensent pas à laisser des espaces vacants pour un dépanneur, une miniépicerie, ou quoi que ce soit. Ils ne laissent pas non plus de place pour des parcs ou des garderies. Et puisqu’ils sont construits en périphérie d’anciens secteurs mieux pensés, se rendre à pied au dépanneur le plus près, c’est long.

Ces constructions favorisent l’étalement urbain au détriment de la Ville à long terme et de l’environnement à court terme. D’abord l’étalement urbain coute cher puisqu’il faut aménager des installations dans des endroits où il n’y en a pas présentement pour pouvoir offrir des services aux résidents de ces quartiers. Ce n’est pas parce que Saguenay a un territoire deux fois plus grand que celui de Montréal avec 10 fois moins de population qu’on doit l’occuper en entier.

Densifions les centres-villes et les quartiers autour à la place. Je sais que ça choquera surement des Jonquiérois et des Baieriverains, mais faisons du centre-ville de Chicoutimi le principal centre-ville de Saguenay et faisons des autres, des centres-villes de proximité. Bâtissons la ville avec ces éléments en tête en ayant comme préoccupation de densifier le territoire déjà habité et de favoriser la circulation en ne construisant pas de rue cul-de-sac. Ensuite, ayons des projets de grandeur pour la plus grande ville du nord du Québec, des projets structurants.

Saguenay a besoin de son Richard Bergeron pour repenser le développement de la Ville, pour repenser la chose urbaine, pour proposer un projet auquel la population adhèrera. Saguenay a besoin d’être moderne, plus que de « faire moderne ».

 

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Commentaires

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9 thoughts on “Saguenay doit être une vraie ville

  1. Richard Déraps

    Saguenay a donné la ville aux promoteur et ils font ce qu’ils veulent. Bravo pour votre papier « numérique ». C’est rare qu’on entend parler d’étalement urbain à Saguenay.

  2. Joé Dufour

    L’an dernier un urbaniste de Québec en conférence à la semaine de l’éco-conseil à l’UQAC avait dit : « L’arrondissement Chicoutimi c’est la genre de zone urbaine où il est possible d’intégrer 50 000 nouveaux citoyens dans le périmètre construit sans pour autant réduire sa viabilité. »

  3. Simon Cloutier

    Vous avez tout à fait raison. J’ai visité Chicoutimi cet été et des amis résidents et moi étions fort impressionnés par le potentiel de certains secteurs, mais tellement désolés par d’autres. Vous savez, moi qui pensait que dès que l’autobus quitterait Les Laurentides, j’arriverais directement au centre-ville. Et bien non, j’ai d’abord traversé toute cette banlieue parsemée de Brault et Martineau et autres Cotsco.

    Une petite remarque à l’auteur: je pense que c’est le premier texte que je lis où le mot « résident » est bien écrit. Dans les grands médias, on utilise toujours à tort: « résidant ». Bravo à l’auteur.

    Simon Cloutier
    Montréal
    (et, oui, j’ai voté pour Richard Bergeron, et ce, depuis 2005. Courage, on va y arriver)

  4. Richard Vaillancourt

    En fait, il faut utiliser « résidants ». Vérifie dans le dictionnaire.

    1. Marielle Couture

      Selon l’OQLF, résidant est un participe présent. C’est la même chose que président et présidant.

      1. Simon Cloutier

        Merci Madame Couture. Pendant un moment, et devant l’invocation du dictionnaire, j’ai eu un petit doute. Imaginez, j’aurais tooooootalement perdu la face. Mais là, vous êtes venue à ma rescousse, et je peux dès maintenant réintégrer toute ma prétention de Montréalais-plateauiste-du-nowhere.

        Merci de tout coeur. 🙂

  5. guillaume fontaine

    ouaissssssssssssssssssssssss. des dépanneurs dans des secteurs zonés résidentiel…
    ce n’est aucunement la faute de l’entrepreneur si c’est zoné résidentiel et non commercial, de meme pour les garderies. La plupart des terrains vagues en bordure des quartiers résidentiel sont, pour la plupart zoné agricole ou industrielles. Nous savons tous que les terres agricoles sont deplus en plus rares ce qui serait absurde de donner l’autorisation d’y construire des quartiers résidentiel d’autant plus que cela ne releve pas des responsabilités de la mairie.

    P.S
    tout les terrains entre arvida et le boul. st-paul appartiennent soit à alcan ou elkem metal. Ils ne veulent pas vendre. Ici on ne parle pas de mauvaise gestion de la ville mais plutôt de décisions qui ce sont prises il y a des décennies.

    Donc, ou sont vos solutions concrètes et envisageable ?

    1. Francis Therrien

      C’est le plan d’aménagement de la Ville qui fait qu’aucun commerce ne peut s’installer dans un secteur résidentiel. C’est donc par manque de volonté politique que les commerces de proximité comme les dépanneurs ne peuvent être intégrés dans les quartiers.

      Pour les terrains, j’aimerais signaler que les terrains entre la 170 et la 70 n’était pas zonés résidentiels avant une demande de dérogation aux dires d’un entrepreneur que j’ai rencontré. Donc, on peut faire changer un zonage pour mieux aménager la Ville.

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