Prêcher pour le mal-développement

Les arguments en faveur d’un deuxième pont à Saguenay sont, pour l’essentiel, de diminuer le trafic sur le pont Dubuc et de « faire du développement économique ». Or, il faudrait éclairer les quelque 7 000 lanternes de ceux et celles qui ont signé la pétition de Marc Petterson, conseiller municipal, dont celle du maire Jean Tremblay, car ces arguments ne tiennent pas la route et représentent même un risque à long terme.

D’abord, plusieurs éléments techniques du projet demeurent flous. Comment relier la route 175 à la route 172 sans entraver les quartiers avoisinants et sans ne faire que déplacer le problème de circulation ? La faisabilité et l’acceptabilité sociale du projet sont très loin d’être acquises. Et même si une étude de faisabilité était réalisée et que le projet s’avérerait possible, le développement des infrastructures, en plus d’être extrêmement coûteux, nécessiterait des frais d’entretien supplémentaires à long terme, ce que la Ville de Saguenay semble incapable de s’offrir en ce moment. Le problème de déneigement des trottoirs et des quartiers résidentiels n’en est qu’un exemple flagrant. Il serait donc judicieux de se concentrer sur l’entretien et les réparations des infrastructures déjà existantes – et d’ailleurs suffisantes – à Saguenay plutôt que d’engendrer des charges fiscales supplémentaires.

Un nouveau pont entraînerait aussi le développement de quartiers résidentiels et de quelques commerces à proximité, mais avec eux le phénomène d’étalement urbain, ce qui signifie des distances plus longues à parcourir et l’augmentation de voitures sur la route. L’autre pont ne ferait donc que déplacer le problème, sinon l’empirer. Sur le long terme, la construction d’un deuxième pont occasionnerait une émission accrue de GES (gaz à effet de serre) à Saguenay, ce qui va à l’encontre de la lutte aux changements climatiques et à notre dépendance au pétrole. Aussi, les grandes artères sont des menaces non négligeables pour la qualité de vie des résidents en ce qui a trait au stress induit par la pollution sonore et à l’insécurité des piétons et des cyclistes, sans compter les problèmes de santé dus à la pollution de l’air. A-t-on besoin d’en ajouter ?

Bref, le projet que propose Marc Petterson va à l’encontre d’un réel développement durable, car inévitablement, il risque d’accroître le déséquilibre entre le développement économique, social et environnemental. Il s’agit ni plus ni moins d’une solution opportuniste de long terme dans le contexte de la fermeture du pont Dubuc, un problème à court terme. C’est aussi opter pour la facilité plutôt que la créativité, puisque l’on reste toujours dans le même paradigme de développement urbain : toujours plus de routes et d’infrastructures. C’est un cercle vicieux. Or, comme l’a si bien dit un physicien bien connu, on ne peut résoudre un problème grâce à la solution qui l’a engendré. Il faut changer notre vision de l’avenir, innover, développer des quartiers où il fait bon vivre, quitte à remettre en question notre mode de vie actuel.

Des alternatives existent et ont d’ailleurs déjà été proposées, notamment lors des consultations en avril-mai 2012 pour un plan d’action de développement durable à Saguenay ainsi que lors d’un forum ouvert organisé par Saguenay en transition en avril 2013. Par exemple, le transport actif comme la marche et le vélo (dont l’usage du pont Ste-Anne), le transport en commun adapté et la diversification des usages (résidentiels, commercial, récréatifs) sur le territoire pour encourager la proximité des services peuvent faire la différence. Il serait bienvenu que les élus soient véritablement à l’écoute des citoyens et des citoyennes qui travaillent déjà fort pour un développement viable à Saguenay.

Commentaires

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5 thoughts on “Prêcher pour le mal-développement

  1. Mon cher Mathieu Bisson, laisses moi éclairer ta lanterne… Premièrement, je t’invite à consulter ce site, ce qui aurait dû être fait avant que tu écrives ton article, qui répondra à plusieurs de tes préoccupations, comme comment relier la 175 à la 172 sans expropriation en limitant la construction d’infrastructe en double (route déjà conçu pour le transport lourd).

    http://www.pontdufjord.com/

    Sais-tu que le pont Dubuc atteindra son espérence de vie nominale en 2022? Date où les travaux de réfraction s’enchaîneront sans plus finir pour garder le pont Dubuc en exploitation. En diminuant la densité de traffic du pont Dubuc avec un nouveau pont, on vient de diminuer le stress causé à l’infrastructure et donc de rallonger sa durée de vie. Les ponts étant sous la responsabilité du MTQ, il serait très étonnant que Ville Saguenay défraie entièrement les coûts de construction d’un nouveau pont, ce qui semble t’inquiéter.

    Sais-tu également qu’il passe en moyenne entre 45 000 et 55 000 véhicules par jour sur le pont(1) et que entre le 1er janvier 2007 et le 31 décembre 2009, 602 accidents ont été répertoriés sur le pont (2). C’est donc dire qu’à 602 occasions sur 3 ans, la Rive-Nord du Saguenay s’est retrouvée isolée du reste de la ville. Ça représente un ratio de 2 accidents sur 3 jours, et on se doute que le ratio est beaucoup plus élevé en hiver. Puisque l’émission de GES des véhicules qui emprunterait le nouveau pont te semble effrayant, je te laisse évaluer par toi même l’immense volume émit lorsque le pont est bloqué. Sans parler de tout l’énergie qu’on gaspille en laissant nos véhicules tourner sans avancer lorsqu’on est pris dans le traffic. Un nouveau pont est environnementalement rentable.

    Comme tu peux également le constater, avec cette localisation du nouveau pont, je ne crois pas qu’un grand nombre de piéton et de cycliste voient leur qualité de vie diminué dû à l’augmentation du traffic sur le boulevard Saguenay… Au contraire, en venant décongestionner le centre-ville de Chicoutimi et de Chicoutimi-Nord, on enlève le stress d’être à tous moments vulnérables en cas d’un blocage du pont. On vient également diminuer le nombre d’accident sur les voies d’accès du pont Dubuc (principal problème de conception) en baissant considérablement la densité du traffic. De plus, le traffic lourd en direction de la Côte-Nord n’aura plus a traverser la ville et se sauvera des côtes qu’on retrouve sur les deux rives et des problèmes quotidiens que cela occasionne. Un nouveau pont est socialement rentable.

    Pour finir, j’imagine que lorsque tu dis que « …l’acceptabilité sociale du projet [est] très loin d’être acqui[s].», c’est de l’humour que tu essayais de faire?

    (1): http://www.pontdufjord.com/framePontDuFjord.html#sect14_2
    (2): http://www.radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/2013/08/23/004-pont-dubuc-chicoutimi.shtml

    1. Marielle Couture

      Il faut changer nos modes de pensées. Nos modes de transports. Pour tendre vers une diminution de la dépendance au pétrole.
      Non, je ne suis pas une alarmiste écologiste. Je pense seulement que de réfléchir seulement en terme de confort automobile nous réduit à un esclavage qui a assez duré.

      L’étude pour un 2e pont prendra combien de temps? Et la construction? On aura largement dépassé 2022, cher ami. Et si ça se trouve, le pétrole ne sera plus achetable. Il faudra, qu’il y ait un 2e pont ou non, réduire notre utilisation de l’automobile. Alors pourquoi ne pas profiter de cette occasion pour réfléchir à d’autres moyens? Pourquoi ne pas tenter l’ouverture, l’innovation? Un 2e pont, c’est la solution « facile », pour ne pas dire lâche, de régler le problème.

      1. Benoit

        Vous manquez de vision. Je ne vois absolument pas le rapport avec le pétrole dans ce dossier. Zéro.

        La congestion sera la même si 100% des voitures sont électriques, solaires ou whatever.

        Et votre:  »L’étude pour un 2e pont prendra combien de temps? Et la construction? On aura largement dépassé 2022 » ne tient pas la route. Ce n’est pas le pont Champlain et le fleuve St-Laurent. Le Saguenay prend 5 minutes à traverser à pied. Pas mal plus proche de la rivière-au-sable que du fleuve.

        1. Mathieu Bisson

          Benoit, vous trouverez dans ce vidéo (http://www.onf.ca/film/saga_cite/) quels sont les rapports entre un nouveau pont>l’étalement urbain>les gazs à effet de serre>le pétrole (ou l’indépendance au pétrole). C’est un vidéo réalisé par l’organisme Vivre en ville et produit par l’ONF, très pertinent dans ce dossier. À voir absolument.

    2. Mathieu Bisson

      Bonjour mon cher Philippe Tremblay,

      Je reconnais que ma position sur le projet de nouveau pont tient davantage dans un ensemble de valeurs (que je crois cohérentes les unes avec les autres et que j’assume parfaitement) que dans les aspects plus techniques. Ceci dit, vous (on se connait?) ne pouvez pas dire qu’on fait dans l’innovation en terme d’aménagement urbain à Saguenay. C’est ce que j’ai voulu critiquer, le plus sérieusement du monde. Ce que j’entends par « innover » (en fait, c’est du déjà vu): resserrer le périmètre d’urbanisation (densifier), inciter la population et les employeurs à s’y installer, construire des habitations à plusieurs usages (ex.: 1er étage administratif ou commercial, 2e et 3e étage résidentiel), développer le transport en commun, les espaces piétonniers et les pistes cyclables (eh oui, encore et toujours plus) en favorisant l’accès aux services et aux parcs, construire des stationnements étagés et avec les nouveaux espaces, construire d’autres résidences/commerces/bureaux, créer des bassins de rétention paysagers ou des jardins urbains pour lutter contre les îlots de chaleur, développer l’immobilisation dans les parcs récréatifs et les espaces verts et favoriser la proximité de ceux-ci avec les commerces, les services et les résidences, pour en venir à l’aménagement d’écoquartiers dignes de ce nom, où les gens peuvent socialiser.

      Voilà le genre de vision dont je parle. Ce n’est pas utopique: l’utopie, c’est de continuer de croire qu’on peut continuer d’encourager l’utilisation de l’auto solo. De consommer et produire comme on le fait présentement… Au risque de paraître moraliste, la science démontre l’urgence de changer notre mode de vie actuel.

      Maintenant, si les priorités sont mises aux bonnes places, rien n’empêchera le MTQ d’aller de l’avant avec ce nouveau pont. Et ce sera tant mieux! Mais pour le moment, je continue de croire qu’il y a d’autres urgences à gérer, d’autres chantiers à entreprendre.

      Merci d’avoir alimenter ma réflexion.

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