Saguenay, ville gelée

Saguenay, ville gelée

Dix conseils aux marcheurs et cyclistes d’hiver

Icebergs, icebergs, cathédrales sans religion de l’hiver éternel.
Henri Michaux

J’arrive d’une expédition risquée. Je suis allé faire des courses à pied à l’épicerie à quelque trente minutes de chez moi. Les trottoirs étaient dangereusement gelés d’un couvert à l’autre. La route par contre affichait une chaussée asphaltée invitante. Sur ma route en allant et en revenant, j’ai croisé quelques piétons et aucun cycliste. Les quidams rencontrés ont tous dénoncé le piètre entretien des trottoirs et en ont profité pour se défouler sur le dos du premier magistrat de la ville. Si le maire veut entendre parler de lui, il n’a qu’à traverser sa ville à pied, ce temps-ci au lieu de défendre sa religion devant la Cour suprême ou la Commission parlementaire sur la charte des valeurs tout en quêtant du fric au pauvre monde croyant pour payer ses avocats.
Serait-il devenu comme Jacques Brassard ou cet ex-prof de l’UQAC Reynald Du Berger (Deux anti Verts) sceptique du climat en niant les écarts de température actuels ? En croyant encore que l’hiver débute en janvier ?
Pour rendre service à ceux et celles qui oseront marcher ou pédaler dans cette ville gelée ben dure, voici dix conseils plus ou moins pratiques. Je dédie ces dix conseils à la madame d’un certain âge qui s’est littéralement cassé la gueule, samedi après-midi dernier, vers les 14 heures sur le trottoir devant l’église Saint-Dominique à Jonquière.

1— Il faut marcher les fesses serrées si l’on emprunte les trottoirs. C’est le conseil charmant d’une madame que j’ai rencontré sur mon chemin. La démarche n’exige pas d’explications.

2— Pour éviter le pire, soit la chute sur la glace, le cassage de hanches, les bleus sur les fesses, marchez donc dans la rue asphaltée et bien grattée.

3— Si vous marchez dans la rue, méfiez-vous des gros pick-up surélevés. Souvent, les madames qui les conduisent ont un champ de vision limité. Et les monsieurs roulent vite par atavisme. Ne prenez pas de chance. Quand vous les voyez arriver, prenez une pose latérale et dévisagez-les.

4— Vous pouvez vous procurer des crampons qu’on fixe aux bottes. C’est efficace, mais ça fait un drôle de bruit. Ça se pose comme des chaînes sur les pneus. On les trouve dans les boutiques de sports entre 20 $ et…

5— Inspirez-vous de la Couse des pichous lorsque les coureurs amérindiens de Pointe-Bleue (dans le temps) y participaient avec un sac de sable de 50 livres sur le dos. Traînez votre sac de sable et sablez le trottoir à mesure. Ça peut être long, mais vous poserez alors un geste humanitaire sans précédent.

6— Pour votre vélo d’hiver, si vous ne voulez pas vous ramasser dans les bancs de neige trop souvent, il vous faut des pneus à tringle métallique. Ça coûte un bras dans les boutiques spécialisées, mais c’est un investissement indispensable. C’est le coût de deux pleins d’essence par pneu et beaucoup moins cher qu’un casque de ski-doo.

7— Prévoyez des arrêts sur votre route pour jaser avec les autres piétons ou cyclistes sur la fragilité des prévisions de la ville en matière de déneigement. L’unanimité des plaintes vous surprendra. L’inutilité de la Place du citoyen à Chicoutimi revient constamment sur le sujet.

8— Téléphonez à votre conseiller municipal et invitez-le à venir prendre une marche avec vous sur les heures de pointe, vers la fin de l’après-midi, par exemple.

9— Photographiez les trottoirs qui ne sont pas encore déneigés et envoyez-les sur notre site, ou montez-vous une banque de photos pour les prochaines élections municipales ou le prochain conseil d’arrondissement.

10— Arrêtez-vous au kiosque des lock-outés des nombreux garages d’automobiles de la ville et informez-vous sur les façons dont ces travailleurs passent l’hiver dehors à faire du camping syndical obligé. Apportez-leur de la bouffe si vous cuisinez et du bois pour chauffer leurs poêles. Tout ça à pied ou à vélo, évidemment.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

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