Narcisse Tremblay [1]

Comme on le sait, la mythologie grecque a constitué un vaste réservoir dans lequel la culture occidentale, la philosophie et la psychanalyse ont puisé pour nommer les choses ou rappeler certains comportements. On peut penser à des expressions comme «ouvrir la boîte de Pandore», «toucher le Pactole» ou «être dans les bras de Morphée». Camus nous a donné «Le mythe de Sisyphe», un essai dans lequel il cherche à démontrer l’absurdité de la vie perçue comme un éternel recommencement, à l’instar de Sisyphe qui, pour avoir osé défier les dieux, fut condamné à faire rouler un rocher au sommet d’une colline et à l’y faire remonter à chaque fois qu’il en dégringolait. Dans le cas qui nous intéresse, c’est le narcissisme qui, à la lumière de mes lectures sur le sujet, se révèle susceptible d’expliquer, au moins en partie, le comportement du premier magistrat de Saguenay.

 

Dans la mythologie grecque, Narcisse est ce personnage qui, fier et d’une beauté exceptionnelle, rejette tous ses prétendants et prétendantes. Un jour, s’abreuvant à une source, Narcisse voit son reflet et en tombe amoureux. Incapable de saisir son propre reflet, il reste là, pendant des jours, à se contempler. Il finit par dépérir et par mourir. Certaines versions disent qu’il s’est suicidé, d’autres qu’il s’est noyé en essayant d’embrasser son reflet. Qu’importe : on en a retenu la métaphore de la personne qui s’aime passionnément [2].

 

En ce qui nous concerne, c’est le narcissisme en politique, dans sa façon d’affecter les interactions entre un dirigeant et son électorat, qui fait l’objet d’une analyse dans les lignes qui suivent. Il ne s’agit pas, pour le cas qui nous occupe, de poser un diagnostic clinique. Mon propre narcissisme ne va pas jusqu’à l’illusion de l’omniscience : je suis politologue. Et la vie personnelle du maire ne m’intéresse pas. Seuls son comportement à titre de maire, sa façon d’agir dans l’espace civique et public, ses rapports avec les autres élus représentent ici un quelconque intérêt. N’empêche, un peu à la manière de notre maire, je vais sortir brièvement de mon champ de compétence en faisant l’hypothèse que la ville de Saguenay est dirigée par une sorte de Narcisse, mais sans toutefois aller jusqu’à prétendre qu’il s’agit, dans son cas, d’un trouble de la personnalité.

 

Narcissisme et politique

 

Depuis déjà plusieurs décennies, les rapports entre dirigeants et électeurs ont été grandement affectés dans la société libérale par l’omniprésence des médias. Alexandre Dorna explique que les médias jouent un rôle «écrasant» dans la formation de l’opinion publique, notamment par l’image qu’ils imposent, et que cela a pour effet d’éroder la nature représentative de la démocratie [3]. Il en résulte également une aliénation des valeurs humanistes. « Le statut et les postures assumées par les hommes politiques sont modulés par les tubes cathodiques qui transforment les citoyens en simples masses spectatrices. Ces images se croisent, et se reproduisent, à travers les couvertures des magazines, les journaux télévisés et les émissions de radio, comme le reflet d’une morale ‘ people’, véritable idéologie en décomposition de la fonction politique [4]. »

 

L’historien et sociologue états-unien Christopher Lasch évoquait l’existence d’une culture du narcissisme, causée selon lui par le blocage de la société capitaliste depuis l’échec de sa gestion keynésienne. « Puisque la société n’a pas d’avenir, il est normal de vivre pour l’instant présent, de fixer notre attention sur notre propre ‘représentation privée’, de devenir connaisseurs avertis de notre propre décadence, et enfin, de cultiver ‘un intérêt transcendantal pour soi-même’ » [5]. À ce titre, nous sommes tous plus ou moins atteints de narcissisme, à tout le moins dans les pays les plus développés.

 

Patrice Ranjard, docteur en sciences de l’éducation et psychothérapeute, abonde un peu dans le même sens. « Il arrive parfois que toute une société présente des caractères relevant d’un ‘trouble de la personnalité’ au sens du DSM [6]. (…) Cela ne signifie pas que tous les membres de la société présentent la même pathologie, mais seulement que les comportements correspondant à cette pathologie sont bien admis, voire valorisés. Ils ne sont pas perçus comme pathologiques, même chez les individus qui les présentent de façon excessive [7]. »

 

Dans son plus récent ouvrage, Michel Schneider se penche sur le narcissisme pathologique de nos dirigeants. « Gouverner, c’est prévoir, disait l’adage. Aujourd’hui, gouverner, c’est se faire voir »[8]. Séduire, gagner, conserver le pouvoir le plus longtemps possible caractérisent les dirigeants de notre époque, pour qui la nécessité d’accomplir quelque chose pour le bien d’autrui compte beaucoup moins que la satisfaction de leur propre ego. Le but des actions qu’ils entreprennent consiste à conserver l’admiration d’autrui, véritable oxygène des narcissiques, pour reprendre l’image de Patrice Ranjard. Narcisse Berlusconi, Narcisse Sarkozy, Narcisse Tremblay et probablement une proportion significative des dirigeants, dans la sphère politique, ont au moins cela en commun. « Les Narcisses se reconnaissent et se comprennent, avance Ranjard. Narcisse ne rechigne pas à admirer un autre Narcisse (du moins tant qu’il n’est pas directement en concurrence) [9]. » Narcisse Labeaume admire Narcisse Tremblay [10].

Comme le rappelle Christopher Lasch, « malgré ses illusions sporadiques d’omnipotence, Narcisse a besoin des autres pour s’estimer lui-même; il ne peut vivre sans un public qui l’admire [11]. »  Un grand nombre de responsables politiques est touché par ce phénomène :

 

« La classe gouvernante, toutes tendances confondues, se contemple dans les écrans à la recherche, nullement d’une vérité à partager, mais d’une autosatisfaction narcissique, poussée par le besoin extrême de se sentir admirée et importante. Dans la nosographie psychologique, il s’agit d’un trouble qui se manifeste aussi par un manque d’altruisme social et de don de soi. Le sujet narcissique recherche une auto-gratification, à travers sa propre image et celle de la domination et de la possession de pouvoir. Le regard du narcissique est fortement focalisé sur ses besoins de puissance et de prestige, sans pour autant s’attacher aux jugements des autres. Le culte du moi et le désir de paraître est contagieux. Jusque là, le tableau symptomatique était associé à un type de personnalité (passablement autoritaire), car le syndrome décrit se trouve amplifié par la culture occidentale répandue à l’échelle planétaire [12]. »

 

 

Comportement et attitude du maire de Saguenay

 

« Les miroirs désormais sont des écrans, écrit Michel Schneider. Ils s’appellent télévision, Facebook, Twitter, presse écrite ou même élections [13] ». La relation amour-haine entretenue par Jean Tremblay avec les médias frappe l’imagination. L’amour, on le constate évidemment quand il exerce le contrôle, à «Ville en action» ou lorsqu’il anime lui-même une émission. Quand l’eau n’est pas agitée, Narcisse aime son reflet. Le maire est un véritable touche-à-tout. Il peut prodiguer des leçons de catéchèse ou sur l’histoire régionale [14]. J’avoue avoir été stupéfait lorsque je l’ai vu, de mes propres yeux, se livrer sur les ondes de la chaîne télévisée Vox à des exposés sur les tremblements de terre, les tornades et autres catastrophes, ou sur les dangers de la foudre : « J’aimerais maintenant vous parler de la foudre. La foudre là, ne jouez pas avez ça. Y a rien de pire qu’un bâton de golf, surtout si on l’élève au-dessus de sa tête. Même un parapluie. C’est logique d’avoir un parapluie quand y a un orage. Si y a un tonnerre là, dites-vous que vous courez après le trouble [15] ». Rappelons que Monsieur le Maire est notaire de formation.

 

Depuis quelques temps, il a investi le réseau internet, notamment par l’entremise d’un compte Facebook. Il justifie cette intrusion sur la toile de la manière suivante :

 

« Mon entourage m’a conseillé de ne pas m’afficher sur Facebook et Twitter avec ses risques de dérapage, mais je pense qu’il est important que la population voit un autre aspect de ce que je suis en dehors de mes tâches de maire. Nos politiciens, on n’en sait pas beaucoup sur leur véritable personnalité en dehors de leur vie publique. Je veux donc échanger avec les gens sur mes convictions et des sujets plus privés; ma foi en fait évidemment partie [16]. »

 

En fait, le narcissique n’échange pas. Il dit ce qui lui passe par la tête. Persuadé que cela intéresse le bon peuple, Jean Tremblay diffuse sur Facebook, au moins une fois par jour, de savants commentaires [17], mais sans jamais répondre à ses abonnés, sauf pour les censurer, comme ce fut le cas pour l’auteur de ces lignes. Voici un échantillon de ce qu’il tient à partager :

 

  • Ce n’est pas parce qu’on dit la vérité qu’on a moins de chialeux, parlez-en à Darwin ou à Galilée (31 décembre 2013)
  • La science c’est la boite d’outils de Dieu. (31 décembre 2013)
  • Il n’y a pas plus de chiffres ordinaires que de chiffres pairs, les 2 sont infinis. (1er janvier 2014)
  • Les savants n’ont jamais inventé une formule mathématique, ils les ont seulement découvertes, mais qui les a créées? (3 janvier 2014)
  • Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène. »
    Louis Pasteur et Francis Bacon
    (5 janvier 2014)
  • À l’hôtel de ville, on ne sacre pas depuis longtemps, ça rend l’atmosphère plus agréable et c’est plus respectueux. (8 janvier 2014)
  • Les tentations, ça arrête 2 jours après la mort. (10 janvier 2014)
  • D’habitude, les gens qui abordent un dossier en disant : « Je me pose des questions » ne font pas grand-chose. (10 janvier 2014)
  • Jean Chrétien aura 80 ans demain. (10 janvier 2014)
  • Les arts nous font rêver à quelque chose de plus grand que ce que la vie nous présente. (12 janvier 2014)
  • Le démon ne dort jamais (15 janvier 2014)
  • La séparation de l’Église et de l’État, ça existe déjà, pas besoin d’une loi. (17 janvier 2014)
  • Le Québec c’est ma patrie et je vais défendre sa culture même si je sais qu’on va m’en faire payer le prix. (18 janvier 2014)
  • 1960 : la Révolution tranquille. 2010 : la Révolution stupide. (18 janvier 2014)
  • Une vie sans la foi c’est une vie gaspillée. (24 janvier 2014)
  • Il n’y a que les poissons morts qui suivent le courant. ( Padre Pio ) (24 janvier 2014)
  • Admettez qu’il faut être naïf pour penser que tout s’est créé tout seul, sans aucune intervention. (26 janvier 2014)
  • À Montréal, il y a 5 fois plus d’habitants qu’à Sotchi, mais la superficie de Sotchi est 10 fois plus grande que Montréal. (1er février 2014)
  • Ce qu’il y a de plus beau dans un village, c’est l’Église et dans une ville la cathédrale. (5 février 2014)
  • On ne sait toujours pas pourquoi on a fait une guerre en 1914. (9 février 2014)

 

Lorsqu’il ne contrôle pas les médias, quand ces derniers ne lui renvoient pas le reflet espéré, Jean Tremblay laisse aller sa colère et son mépris. L’obsession pour l’image projetée définit les narcissiques. Pourquoi le maire de Saguenay compte-t-il davantage de conseillers en communication que le maire de Montréal? Les insultes proférées par Jean Tremblay à des journalistes qui ne font que leur travail témoignent de son hypersensibilité face à la critique. Comme l’a rappelé Isabelle Hachey, « il ne supporte pas les journalistes qui posent des questions dérangeantes. Il les apostrophe en conférence de presse. Un jour, il boycotte Radio-Canada. Le lendemain, il menace Le Quotidien de lui retirer les contrats de publicité de la Ville. Les cas d’intimidation abondent dans un ‘dossier noir’ produit par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) [18]. »

 

Son résultat de 63% aux dernières élections – qui ferait rêver bien des élus – n’a visiblement pas été à la hauteur de ses attentes. Il a attribué aux journalistes, notamment, la responsabilité de la baisse de 15 points par rapport au scrutin de 2009. Quelques jours avant les élections du 3 novembre dernier, il confiait ceci à la journaliste Michèle Ouimet : « Si je pouvais être maire sans journalistes, ça serait l’idéal [19]. »

 

La meilleure protection de l’image d’un Narcisse réside évidemment dans l’absence d’opposition. Une telle situation permet d’éviter les débats et ainsi de perdre la face devant l’électorat. La vitesse à laquelle se déroulent les séances au Conseil municipal est stupéfiante. Elles durent environ 20 minutes. « Quand l’un des 19 conseillers n’est pas d’accord avec lui, il le convoque. Le litige se règle dans son bureau, loin des yeux du public [20]. » Depuis janvier 2014, les séances du Conseil ont lieu à l’heure du midi. Le maire peut ainsi s’assurer qu’il n’y aura pas trop de témoins si on lui pose des questions embêtantes et qu’elles seront, par ailleurs, sans doute moins nombreuses. Avec la présence d’une opposition pourtant très minoritaire (deux ou trois personnes, ce n’est pas clair), Jean Tremblay ne dispose plus du monopole politique exclusif. Il en souffre et ça paraît.

 

Le narcissisme en politique peut se révéler fort coûteux. Narcisse cherche à obtenir des effets bénéfiques immédiats et non mettre de l’avant des projets dont les retombées positives pour son image ne se feront sentir qu’à long terme :

« Le regard des autres, c’est tout de suite, pas dans six mois. Pour agir en pensant à long terme, il faut, d’évidence, ne pas s’en soucier outre mesure. Court-termiste, la tendance à faire des ‘coups’, c’est-à-dire des choses dont on va parler, qu’on va commenter et qui vont faire parler de la personne. Les effets à long terme de son ‘coup’, Narcisse n’y a pas pensé [21]. »

 

À cet effet, plusieurs citoyens ont soulevé des questions légitimes au fil des ans sur les effets de projets à long terme tels le quai de La Baie, la Place du citoyen, la desserte ferroviaire pour le port de Grande Anse, etc. Une administration moins narcissique aurait agi avec prudence en effectuant des enquêtes poussées. La propension de Jean Tremblay à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué en annonçant des projets d’investissements étrangers qui ne se sont jamais concrétisés s’inscrit parfaitement dans ce trait de caractère.

 

La critique et l’opposition occupent peu de place autour d’un Narcisse exerçant le pouvoir. On peut difficilement le contredire, même lorsque la vérité n’est pas au rendez-vous :

 

« Ceux qui gravitent autour de lui ne vont pas risquer leur carrière en criant qu’il se moque du monde ! De même ceux qui gravitent autour de ces derniers.  De sorte que seuls ceux qui n’attendent rien crient que le roi est nu et se moque du monde, mais il ne leur reste plus qu’Internet pour s’exprimer… [22] »

 

Cette situation rappelle fortement celle du précédent conseil municipal (2009-2013), où tous les élus se prosternaient (ou s’écrasaient) devant le maire. Le «Toé tais-toé! » de Duplessis n’était jamais loin. Avec notre Narcisse municipal, il prend la forme de :          « Allez vous asseoir ». Cette attitude démontre un évident manque d’empathie pour les autres, en particulier quand ils ne pensent pas comme lui. Il s’inspire d’ailleurs de son idole : « Le Christ, qui est notre chef là, qui est celui qui a créé la religion catholique, l’avez-vous déjà vu critiquer les autorités civiles ? Jamais [23]. » Et aujourd’hui, seules les élues de l’opposition – et j’insiste sur le féminin – n’ont rien à attendre et n’hésitent pas à dénoncer. Il y a peu de temps encore, les ressources se faisaient plutôt rares en dehors des réseaux sociaux pour dénoncer l’inacceptable. Mais contrarier un narcissique a son prix : « Certains Narcisses, en effet, ne se contentent pas d’être admirés, il leur faut rabaisser, humilier l’autre » [24]. En dehors de ses nombreux partisans, plusieurs citoyens, employés et journalistes ont goûté à cette médecine. Il a déjà traité l’ex-ministre Louise Beaudoin, alors responsable du dossier de la laïcité pour l’opposition péquiste, de « parasite inutile dans le paysage politique, qui traîne depuis 40 ans » [25]. Tout le monde se souvient de ses propos odieux à l’égard de Djemila Benhabib. Mais nos «insultés» locaux en auraient sans doute beaucoup plus long à raconter.

 

Un autre effet négatif de la gestion narcissique réside dans la stérilisation du débat, phénomène que bien des gens de Saguenay ont fini par constater. Il vaut encore la peine de citer Ranjard :

 

« Dans une société où le narcissisme reste modéré, on accorde de l’importance aux idées et aux arguments qui les soutiennent. Si une argumentation s’oppose à mon idée, je travaille à la réfuter. Mais quand je n’y parviens pas, je dois, si je suis honnête, modifier ma façon de voir les choses. Lorsque le narcissisme l’emporte, il n’est pas question de changer d’avis parce qu’on a tort. Pas question de reconnaître qu’on avait tort ! Narcisse peut changer d’avis pour conquérir un nouveau public d’admirateurs, mais certainement pas parce que la nouvelle opinion aurait démontré rationnellement sa supériorité [26]. »

 

La personnalité narcissique peut utiliser autrui pour parvenir à ses propres fins. On se rappelle que le maire avait déposé un rapport à la Commission Bouchard-Taylor. Ce rapport exprimait officiellement la position de la ville de Saguenay sur plusieurs sujets. Rédigé par le théologien Jean-Paul Simard, il a coûté 10,000 dollars aux citoyens [27]. Parmi les positions contenues dans le rapport, on retrouve une critique du droit à l’avortement, considéré comme « un crime et un meurtre [28] ». Voilà un exemple où un élu se sert des fonds publics et de sa fonction pour transmettre ses propres opinions. Aucun conseiller n’a osé le contredire quand il a prétendu avoir obtenu l’approbation du Conseil municipal. S’il a des comptes à rendre, ce n’est pas au « citoyen d’abord » mais au Christ : « Quand je vais arriver de l’autre bord, je vais pouvoir être un peu orgueilleux.   Je vais pouvoir lui dire: ‘Je me suis battu pour vous. Je suis même allé en procès pour vous’ » [29].

 

Ranjard compare trois types de dirigeants : l’obsessionnel, le paranoïaque et le narcissique. L’obsessionnel concentre son attention sur la collectivité dont il fait partie. Il  utilise l’intelligence disponible autour de lui dans l’intérêt collectif en favorisant l’ordre, l’organisation, la création scientifique et technique. Ce genre de personnalité bénéficie à tous. Le paranoïaque sépare sa communauté en bons et méchants. Ses actions profitent à ceux qu’il juge «bons». Mais Narcisse ne perçoit les autres que comme un public dont il ne fait pas partie. Ce faisant, son intelligence ne sert que sa propre personne. Personne n’en bénéficie [30].

 

Après cette analyse empirique très superficielle, le besoin chez Jean Tremblay de susciter l’admiration ressort de manière frappante et, de ce point de vue, et uniquement de ce point de vue, pour un politicien, il n’apparaît pas si exceptionnel. Il se distingue cependant des autres par un évident manque de prudence qui en fait un être somme toute assez caricatural. En ce sens, cet individu pourrait constituer l’idéal-type wébérien du politicien narcissique mais, n’ayant pas la possibilité de côtoyer ce personnage et n’étant pas notaire omniscient psychiatre ou psychanalyste de profession, il serait présomptueux d’aller plus loin. Il reste que sa façon d’exercer le pouvoir n’est pas sans conséquences négatives. Collectivement, nous en payons le prix.

 

 


[1] Veuillez noter qu’il s’agit d’un texte fortement autocensuré. La version «hard» de cette chronique menait à une conclusion autrement plus sévère qui aurait probablement valu à l’auteur de ces lignes des ennuis judiciaires.

[2] Cette interprétation est sujette à débats. Pour Christopher Lasch, par exemple, le narcissisme serait plus proche de la haine que de l’amour de soi. Christopher Lasch, La culture du narcissisme, Paris, Flammarion, 2006, p. 32. Ouvrage paru en anglais sous le titre The Culture of Narcissism: American Life in an Age of Diminishing Expectations, en 1979.

[3] Alexandre Dorna, «Pour une réflexion psycho-politique sur le narcissisme ordinaire dans la cité», Cahiers de psychologie politique, numéro 24, Janvier 2014. http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=2679 Page consultée le 1er février 2014.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Note de M. Roche : le DSM, de l’anglais Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder, est le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux publié par la Société américaine de psychiatrie (APA), ouvrage de référence qui classifie et catégorise les critères diagnostiques et des recherches statistiques de troubles mentaux spécifiques.

[7] Patrice Ranjard, «Culture narcissique et politique», Médialibre, 6 septembre 2011,  http://www.medialibre.eu/tribune-libre/la-lettre-du-lundi-de-patrice-ranjeard-culture-narcissique-et-politique/8978

[8] Michel Schneider, Miroirs des Princes : Narcissisme et politique, Paris, Flammarion, 2013, p. 62.

[9] Patrice Ranjard, op. cit.

[11] Christopher Lasch, op. cit., p. 36.

[12] Alexandre Dorna, op. cit.

[13] Michel Schneider, op. cit., p. 15-16.

[14] Voir Isabelle Hachey, «Une journée dans avec Jean Tremblay : le maire omnipotent, lapresse.ca, 2 avril 2011.  http://www.lapresse.ca/actualites/201104/01/01-4385792-une-journee-avec-jean-tremblay-le-maire-omnipotent.php

[15] Émission «Place au maire», canal Vox, 25 octobre 2007, dans http://www.youtube.com/watch?v=XbKMWxrirVI#t=7s

[16] Jean-Marc Tremblay, «Jean Tremblay suit la mode des médias sociaux», Le Courrier du Saguenay, 19 novembre 2012. http://www.courrierdusaguenay.com/Actualites/Politique/2012-11-19/article-3122911/Jean-Tremblay-suit-la-mode-des-medias-sociaux/1

[17] Veuillez noter que les commentaires du maire ont été reproduits intégralement, sans aucune correction de la ponctuation ou de quoi que ce soit d’autre. Référence : https://www.facebook.com/pages/Jean-Tremblay12/127396297414574?fref=ts

[18] Isabelle Hachey, op. cit.

[19] Michèle Ouimet, «Sans opposition… ni journalistes», lapresse.ca, 31 octobre 2013. http://plus.lapresse.ca/screens/4972-6fe4-5271441b-963e-2d69ac1c606d%7C_Ng7XJ-oA1.U

[20] Michèle Ouimet, op. cit.

[21] Patrice Ranjard, op. cit.

[22] Ibid.

[23] Émission «Place au maire», canal Vox, 12 octobre 2007, cité dans http://fr.wikiquote.org/wiki/Jean_Tremblay.

[24] Patrice Ranjard, op. cit.

[25] Patrice Bergeron, «Jean Tremblay insulte copieusement Louise Beaudoin», article de la Presse canadienne, publié par le journal Voir, le 13 mars 2011. http://journalmetro.com/actualites/national/40242/jean-tremblay-insulte-copieusement-louise-beaudoin/

 

[26] Patrice Ranjard, op. cit. Le souligné est de Ranjard.

[27] Procès-verbal du Comité exécutif de la Ville de Saguenay du 1er mars 2007.

[28] Jean Tremblay, maire de Saguenay, «Mémoire sur les accommodements raisonnables», 20 septembre 2007, p. 48. Disponible en ligne à l’adresse suivante : http://classiques.uqac.ca/desintegration/tremblay_jean/memoire_accommodements/Memoire_accommodements_sept_2007.pdf

[29] Dave Ainsley, «Procès de la prière: Jean Tremblay veut gagner son ciel», Le Quotidien, 24 février 2010, http://www.lapresse.ca/le-quotidien/le-quotidien-du-jour/201002/24/01-954730-proces-de-la-priere-jean-tremblay-veut-gagner-son-ciel.php

[30] Patrice Ranjard, op. cit.