Le sang et les Césars

 

Il est possible d’écrire avec de l’encre… comme avec le sang.

L’encre peut être rouge… comme le sang.

Mais…

 

Dans notre monde (de plus en plus) dénué de toute âme, la mort, le sang, la chair ont leur faux-semblant.

Déjà virtuelle, l’encre ne coule souvent que pour faire flaque afin que l’auteur puisse s’y mirer.  Les propos qui semblent pourtant nobles ne servent que de montures pour porter plus haut, plus vite celui, celle qui les chevauche.  « À cheval donné,  nul ne regarde la bride. » Ici, les blogueurs  ne portent leurs regards que sur le but visé : être adulé, gagner « la course à la popularité ».

(On se demanderait presque en quoi ils diffèrent tant de nos politiciens.)

Écrire fort et vite, sur le thème du jour dont souhaitent se repaître les foules. Paraître héros. Le nombre de « pouces levés », de « partage » et de « tweet » formant une farandole auréolée autour des propos si « savamment » formulés.  Ne rien avoir à rendre à César, puisque virtualité.  Le sang ici ne coulera pas.  Nul besoin… de toute façon, on ne le reconnaîtrait même pas.

« Avoir l’œil qui regarde bien et la voix qui vibre » de Cyrano n’est pas chose socialement acceptable. Le souffle de toute expression ne doit pas être libéré, mais contrôlé, dirigé, intentionné… Force, conviction, courroux et impatience paraissent ainsi tellement mieux lorsqu’ils sont actés.

Le vide de l’hésitation collective drapée par son ignorance éduquée est envahi par les « oui » et les « non »  de ces êtres « parfaits » chargés de la juste parole à suivre.  Nul doute.  Dans le secret des dieux, ils sont ces nouveaux prêcheurs dressés sur leurs tribunes.  Leurs images, nouvelles potiches adorées qui remplacent ces saints dont les fentes métalliques continuent d’accueillir les devises,  cirque ignoré des regards qui ont oubliés depuis trop longtemps de poser un regard juste sur ce qui prend part à leur réalité. Ces regards déjà ternes,  émerveillés par tant d’éclats, projetés dans un trop-haut d’admiration ou abaissés par la honte d’être si ordinairement humain.

Pourquoi douter? Les mots sont si jolis… les qualificatifs puissants…  l’image si parfaite… le rêve si beau…

Le sang, lui, tache n’est-ce pas?

 

Et le reste…

La chair :

est simili, amaigrie, enrichie, faible en gras, colorée, transgénique,  génétiquement modifiée,  « omégatisée », minéralisée,  lyposuccionnée, remontée, charcutée, parfumée, maquillée, entraînée, vitaminée…

La mort  :

pastiche, éteinte, médicamentée, droguée, mise de côté, cachée, banalisée… ou… sensationnaliste… politisée… publicisée…

Et…

Et…

Et…

 

 

 

 

 

 

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