Démocratie dites-vous ?

Nos aspirations à une démocratie qui soit réellement démocratique ne demeurent-elles pas utopiques ? À partir du moment où les prétendants à la députation adhèrent à un parti, ils ne sont plus la voix du peuple, mais bien les défenseurs des idées partisanes. Une fois élu, un député n’est plus le représentant des gens de son comté, mais le porte-voix d’une ligne de pensée unique. La dissidence sans permission préalable entraîne l’exclusion.

Fatima Houda-Pépin en est un exemple marquant. Dans ce propos, peu importe le sujet de la divergence de la députée de La Pinière, le fait est qu’elle a refusé de se taire, qu’elle a revendiqué le droit de défendre son point de vue et, par là, celui des gens qui l’ont élue. Inadmissible selon le chef du parti libéral qui précise : « Il s’agit d’un geste sérieux dont les conséquences pourraient être sérieuses s’il n’est pas corrigé rapidement. Un geste de “rupture” envers les “lignes d’autorité” du parti […] ». Le choix de cet exemple n’est pas partisan. Chaque parti peut coiffer ce chapeau.

Le plus odieux dans la partisanerie, c’est le détournement du pouvoir donné. Une fois les bulletins de vote dépouillés, après une campagne électorale qui occulte trop souvent la vérité au profit de la médisance, voire la calomnie, chaque citoyen doit se résigner à être représenté par le « gagnant » qu’il soit dans le parti au pouvoir, dans l’opposition officielle ou l’opposition silencieuse. Une loterie où, malgré tout, je continue de croire en une majorité bien intentionnée, dévouée et déterminée à bien représenter… le parti ? … le citoyen ?
Les bonnes intentions se heurtent, hélas !, au souci obsédant de « garder » ou de « reprendre » le pouvoir. C’est là que le citoyen risque d’être totalement écarté des enjeux. Quand les décisions sont bradées contre l’étalon-or politique : le vote du clan le plus nombreux.

Des élections — encore ! — se préparent au Québec. Combien je me désole devant la trop courte survie d’un gouvernement minoritaire, alors qu’évitant la dictature d’une majorité partisane, l’opposition aurait pu assurer un débat et, dans le meilleur des cas, une action concertée basée sur le meilleur intérêt de la nation.

Malheureusement, à quoi assiste-t-on ? Dès le lendemain des élections, la machine des spéculations se met en branle pour développer la stratégie d’une mise à mort, sans égard à son bien fondé. Le but : prendre le pouvoir. Rien à voir avec la bonne gouvernance encore moins d’être au service du peuple. Sur la scène parlementaire, les « comédiens » se campent dans leur rôle. D’un côté, on tente de garder l’équilibre sachant que quoi que l’on fasse, les autres multiplieront les crocs-en-jambe. Dans les coulisses, c’est pire. Il s’agit de saisir le meilleur moment pour donner le coup fatal, provoquer la chute dans l’espoir de s’emparer du trône. Ne soyons pas naïfs. Ils s’accuseront les uns les autres d’avoir précipité les élections. Si le parti au pouvoir prend l’initiative, il sera accusé d’opportunisme. S’il ne le fait pas, l’opposition provoquera la chute selon que le moment lui soit propice. Et le grand perdant demeure le peuple. Pendant tout ce temps gaspillé, le fort délaissé par ses gardiens, un pouvoir occulte et souterrain étend toujours plus loin ses tentacules.

Faut-il s’étonner de la désaffection de plus en plus grande des personnes qui choisissent de ne pas user de leur droit de vote ? Nous sommes nombreux à subir ce tragique dilemme de ne pouvoir voter pour quelqu’un, trop occupés à voter contre quelqu’un.

À quoi me sert d’élire la meilleure personne, la plus compétente, la plus dévouée, si elle se retrouve condamnée à l’obéissance aveugle, privée de la liberté d’exprimer ses doutes, dépouillée de son sens critique ? Quelle est la valeur de mon choix s’il me met à la merci d’une autorité absolue, puisque mon représentant sera contraint de se soumettre ?

Dans mes délires nocturnes, il m’arrive de penser que ce serait bien de n’avoir à choisir que des candidats indépendants. À chacun de me convaincre qu’il saura défendre les intérêts de ma région mieux que quiconque auprès d’un chef d’État élu préalablement par tous les citoyens. J’ai bien écrit délires nocturnes.

Il est plus que temps d’une réforme. Et pour la réussir, il faudra que tous partis confondus franchissent le pas qui permettra cette réforme. Y songer suppose une indépendance d’esprit au-delà de toute partisanerie. Hélas ! Hélas !

… Pour qui sonne le glas ?

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One thought on “Démocratie dites-vous ?

  1. Tanguay Pierre

    Le glas sonne malheureusement , et encore pour le vouloir du peuple…

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