Qui peut se présenter aux élections ?

Payez moins d’impôts, enlevez un zéro

François Cavanna

 

Les élections s’en viennent, les provinciales évidemment. Les fédérales ce sera pour l’an prochain. Ça promet déjà, Harper ne fera de cadeaux à personne pour continuer de subventionner ses pétrolières, ses évangélistes et ses sénateurs. Pourrait-on réfléchir aux dégâts causés à la démocratie depuis qu’il est là ? Gardons-nous une petite charge pour l’an prochain.

Les électeurs qui ne savent plus pourquoi et pour qui voter depuis longtemps n’ont pas hâte. Ils deviennent de plus en plus indifférents à la politique telle qu’on la pratique ici maintenant. Ils regrettent que leurs impôts servent à entretenir une classe politique impuissante à régler leurs factures de fin de mois. La confusion demeure sur le rôle de la chose publique dans la cité et encore plus sur la répartition de la richesse commune.

Les électrons – ou si vous préférez les candidats potentiels – qui gravitent autour de la politique et des élections à venir n’en peuvent plus d’attendre. Ils  ont hâte d’en découdre avec tous les adversaires qui se présenteront devant eux. Ils brûlent du désir de nous raconter n’importe quoi pour se faire élire. Ils jouent le jeu électoral avec ferveur, bernés par la valse des promesses à tenir. Et on voit à chaque fois n’importe qui se présenter pour « tout changer » comme ils disent tous et tout promettre, même le ciel. La plupart du temps des n’importe qui, qui ont déjà donné et qu’on ne voudrait plus voir dans cette galère électorale.

Car c’est bien là le drame, n’importe qui peut se présenter aux élections. Ce n’est pas comme aux États-Unis ici. Ici, les millionnaires hésitent avant de défiler devant les électeurs alors que là-bas ils doivent l’être d’office –riches comme Crésus- pour se payer une discrète campagne électorale quasi permanente. Je sais, c’est encore pire de diviser ainsi les classes d’électrons politiques en porteurs ou non de fortunes familiales.

PKP pour ne pas le nommer, le PDG de Quebecor, a laissé circuler un moment sa rumeur de se porter candidat pour le Parti Québécois quelque part dans le nord de Montréal où il loge. À la fin, il a retenu son désir de sauter en politique provinciale pour « tout changer ». Pourquoi pensez-vous ne l’a-t-il pas fait ? Il sait très bien que son empire médiatique a plus de poids politique que bien des ministères du commerce, de la culture et des communications. Il sait très bien que les affaires ici passent désormais avant tout le reste. Les siennes surtout, les vraies, qui rapportent aux actionnaires d’abord. Il n’a sans doute pas le temps gratuit de passer ses dimanches à fréquenter les congrès de motoneigistes et les marchés aux puces. Pourquoi « tout changer » ce qui profite d’abord à soi-même et à son entourage ?

Entendez médire les ténors de la droite sur les candidats péquistes qui apparaissent ces jours-ci dans le paysage médiatique. À vous décourager d’y trouver un semblant de vision de la démocratie participative représentative de toutes les classes sociales et de toutes les professions existantes. Une directrice de théâtre désire se faire élire quelque part, une comédienne qui a déjà improvisé (moi je dirais que c’est un atout pour une future députée), des journalistes télévisuels en quantité depuis quelque temps, une militante féministe pro charte, une ex-leadeure étudiante, etc. Qu’est-ce qu’on leur reproche à ces futurs candidats ?

L’argument d’autorité qui sévit dans la tête des chroniqueurs et autres observateurs de l’actualité à la vue courte (Souvent les chroniqueurs de Quebecor et des radios poubelles qui se réjouissaient cette semaine de revoir leur grand Jeff Fillion reprendre du service dans une radio « énergie » concurrente devenue poubelle pour contrer la montée de Radio X à Québec. Le beau Jeff confessant lui-même qu’il a changé, qu’il ne crachera plus sur le monde qu’il déteste comme les intellectuels, les filles laides, les politiciens de gauche, les profs, les carrés rouges, etc. qu’il a fait un choix d’affaires comme son nouveau patron pour payer ses dettes). C’est quoi cet argument pour ne pas accepter que toutes les professions y compris les artistes, les créateurs, les poètes (on s’ennuie de Gérald Godin à l’Assemblée Nationale et on va s’ennuyer de Henri-François Gautrin qui disait tout haut ce que les autres libéraux pensaient tout bas, même le bon docteur/chef du parti libéral qui habite Roberval…) et bien ils ne savent pas compter !? Oui, oui, la droite pense que pour devenir politicien il faut nécessairement être comptable ou avoir fait des affaires, gagner beaucoup d’argent même si toutes vos compagnies ont floppé, même si, même si. De préférence pour eux, les politiciens devraient être des gens riches, des gens qui cumulent des jetons de présence sur les CA de compagnies, des candidats qui proviennent du milieu des affaires privées évidemment. Alors PKP semble être le candidat parfait pour eux. Mais s’il ne veut rien savoir de la politique du terrain, il doit bien avoir ses raisons.

Si vous n’êtes pas président de chambre de commerce, de Caisse pop, de banque (mais là c’est après leur carrière politique surtout au fédéral qu’ils le deviennent), hauts fonctionnaires, rentiers ou policiers retraités à 50 ans vous ne pouvez espérer devenir ministres. Ceux-là, les policiers, semblent avoir la cote des électeurs depuis quelques années. Ça me semble très représentatif d’une société endormie par la peur de tout et qui considère la sécurité comme le souci premier du citoyen d’abord. Les flics représentent un symbole d’autorité  comme les soldats d’ailleurs et on pense qu’ils ne vont prendre que de bonnes décisions s’ils se retrouvent élus. On dirait que pour se présenter comme candidat aux élections, il faut nécessairement faire partie du groupe de personnalités publiques déjà bien identifiées dans l’opinion publique et… avoir passé au moins une couple de fois aux nouvelles TVA ou à la télé locale. À la limite, animer une émission sur le Net ou avoir été deux saisons chroniqueur automobile.

C’est sans doute pour cette raison que les politiciens battus continuent inlassablement de faire du porte à porte dans les médias pour ne pas se faire oublier. Comme si la politique ne pouvait être mieux servie que par les ex politiciens eux-mêmes. Je pense ici au reproche primaire qu’on fait souvent aux politiciens nouvellement élus : ils n’ont pas d’expérience politique. Et bien c’est tant mieux comme ça. On sait que l’expérience politique consiste souvent à pratiquer une langue de bois et des raisonnements tordus pour détourner l’attention des questions essentielles. Un politicien aguerri devient la plupart du temps un puissant manipulateur d’opinion au service de son statu quo. Vous voulez des exemples ? Analyser sans trop vous fouiller les arguments que les politiciens provinciaux actuels utilisent pour justifier ou non le recours aux prochaines élections. Les redites inlassables d’un discours pré électoral cent fois ressassé, tout parti confondu.

Je rêve d’un parlement provincial ou fédéral, ou encore d’un hôtel de ville où les gens riches et célèbres, les politiciens de carrière, les avocats, les hommes d’affaires et les retraités de tout horizon seraient interdits de séjour pour un temps. Histoire d’y faire élire, pour des effets expérimentaux, du vrai monde ; les gens plutôt pauvres et pas célèbres. Un cuisinier, un syndicaliste de la base, un écrivain méconnu, un entomologiste, un cinéaste d’animation, un plombier, un chauffeur de taxi, un taxidermiste, un chimiste, une infirmière, un garagiste, un facteur, un clown, un professeur de piano, une caissière de dépanneur, un concierge, un itinérant, un chômeur, un gardien de zoo, n’importe qui avec une tête sur les épaules qui veut servir son prochain avant lui-même. Bref, quelqu’un qui ne se cherche pas une job payée par les fonds publics et qui croit que les politiciens doivent se prononcer sur d’autres enjeux de société que le budget national.

On peut rêver à la veille d’une élection où les comptables vont encore avoir le droit de parole plus souvent qu’à leur tour, de même que les politiciens bien assis sur leur siège de peur de le perdre comme s’il leur appartenait de droit divin. Les politiciens les plus admirables, ce sont ceux qui décident de quitter la politique pour laisser la place à d’autres, jugeant qu’ils ont fait leur part. Et non pas parce qu’ils ont peur de ne pas se faire réélire.

 

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

 

 

 

 

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