Trac : ma vie en théâtrascope 2

Je pourrais reprendre mot pour mot le commentaire écrit en 2010 sur Ma vie en théâtrascope, version I du spectacle de Patrice Leblanc, le Clown Noir qui monte sur scène comme un gladiateur prêt à se battre à la vie à la mort.

J’écrivais en 2010 :

Ma vie en théâtrascope, spectacle en solo du Clown Noir Trac est une performance pamphlétaire où le rire permet de ne pas exploser. Un rire noir plus que jaune, mais rire tout de même pour ne pas pleurer. On quitte la salle, perturbé certes, mais très content de n’avoir pas raté ce rendez-vous avec une voix qui ose dire.

Hier soir, 28 février 2014, à la salle Murdock du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi, face à une salle presque comble, Trac est revenu plus percutant que jamais. Pas besoin d’avoir vu la première version. La seconde relate également toute la vie imaginaire du personnage. Imaginaire??? Il nous entraîne quelque part au siècle dernier, dans un univers intemporel dont les évènements ressemblent à nos souvenirs tout en s’intégrant tragiquement dans la réalité présente.

J’écrivais en 2010 :

Rebelle assumé, Patrice Leblanc prend le risque de l’indignation. Ne faut-il pas de l’audace en ces temps du langage épuré de toute provocation, ère aseptisée du «politiquement correct», pour saisir à bras le corps toutes les vicissitudes.

 

« Le jour de ma première opposition fut ma naissance » relate Trac. En vain, le bébé refuse de quitter la chaleur du ventre maternel. Il n’est pas dupe. On peut bien chanter :
« C’était au temps ou le Saguenay t’aimait », il pressent que la vie ne sera pas une partie de plaisir à cette époque où la définition du bon citoyen se résume à « quelqu’un qui ne fait rien pour que ça change. »

J’écrivais en 2010:
Qui connaît les Clowns noirs ne sera pas surpris de la scénographie où un homme seul sur scène se multiplie en personnages de tous âges, masculins ou féminins. Quelques planches coiffées prennent figure humaine, une planche à repasser devient civière et lit, une simple corde à linge assure l’évocation des lieux (cuisine, institution, prison). La scène de Trac ne renie rien du théâtre de l’enfance où l’imagination prête forme et caractère à l’objet selon les besoins de l’histoire à vivre.

Et quelle histoire! Celle de Trac dont la naissance annonce le destin d’un insoumis. Et tout y passe : la tendresse et la violence, l’amitié et l’abus, la rébellion et la répression, la volonté farouche de vivre libre et la chute de l’ange, l’espoir et la guerre, la vie et la mort. Patrice Leblanc a puisé à pleines mains dans l’actualité pour raconter la vie de Trac en théâtrascope. Pas besoin d’inventer. Il suffit de s’emparer des faits évoqués chaque jour par nos médias. Trac, le bien nommé Clown noir, nous montre que ce ne sont pas les clowns qui font des pitreries.

« Je vais faire de chaque temps présent un évènement » défie Trac en réponse à la résignation à la souffrance, invoquée par le prêtre aux funérailles de son premier amour. On croirait entendre Patrice Leblanc.

Il faut voir, entendre, revoir même Ma vie en théâtrascope. Du début à la fin, il s’agit d’une performance de haut calibre produite avec des moyens forts modestes qui en accentuent l’impact. Le numéro sur la désensibilisation amène une finale qui fait soulever la salle, à qui il adressera un dernier mot. De ces mots qu’il fait bon d’entendre.

Ce diable d’homme qui refuse de tolérer l’intolérable use d’humour, noir bien souvent, pour mieux bousculer toute tentation au conformisme. Le personnage de théâtre n’est jamais loin de l’homme vibrant. « J’avais mal à mon pays et puis, un jour quelque chose comme un miracle… » confie Trac. C’est peut-être lui le miracle.

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