Un peu de jarnigoine, s’il vous plait!

Une fois n’est pas coutume, je vous écris une lettre pour vous manifester ma « solide » indignation. J’ai moi-même été opposant au régime municipal de Jean Tremblay depuis belle lurette. Et, j’ai toujours su exprimer, de verte langue, mes désaccords avec les portions de cette opposition non-monolithique que je trouvais : trop molle, trop catho, trop électoraliste, trop de droite. Si je vous écris c’est que je crois qu’aujourd’hui une autre borne a été franchie. Je suis exaspéré par ce que je vois.

S’il faut lutter pour faire tomber le régime de Jean Tremblay, faisons-le comme communauté inclusive, ouverte et engagée par le fait même contre toutes les formes de discrimination et de domination. En six mots : soyons le changement que nous voulons.

Au conseil municipal de lundi, à La Baie, deux étudiantes se sont présentées voilées d’un niqab. L’une des jeunes femmes a profité de la période de question pour demander au maire sa politique concernant le port du burkini dans les piscines municipales de Saguenay. Voilà qu’on apprenait ce matin qu’il s’agissait d’un canular; une « recherche d’observation » approuvée par leur professeur de psychologie sociale de l’UQAC.

Disons-le sans détour, ce flagrant et horrible manque d’éthique (d’ailleurs je conseille la lecture de ce guide de l’UQAC à leur professeur) est un déshonneur et une humiliation de plus pour la communauté saguenéenne. Plutôt qu’une démonstration d’inclusivité et d’ouverture à l’autre, cette enquête frauduleuse présente un exemple d’appropriation culturelle aux conséquences non-négligeables pour la communauté religieuse ciblée.

Jean-François Gaudreault-DesBiens, professeur de l’Université McGill écrit :

« [l’appropriation culturelle] désigne l’emprunt non autorisé qu’effectue un membre d’une culture donnée, le plus souvent dominante, de modes d’expression, de styles littéraires ou visuels, d’une symbolique, d’une thématique ou d’un savoir-faire quelconque, qui sont généralement associés à une culture autre que la sienne, le plus souvent dominée. Pareille appropriation, soulignent ses détracteurs, s’inscrit généralement dans un contexte global d’exploitation socio-économique et de ghettoïsation des membres de cette culture. Plus encore, continuent-ils, les ersatz qui résultent la plupart du temps de ces actes d’appropriation contribuent, à travers stéréotypes et clichés, à fausser l’image de ces cultures dominées, ce qui, en bout de ligne, est censé les empêcher de s’auto-définir ou de se faire entendre au sein de la société globale. »

Quand un exercice d’« observation » universitaire ouvre la porte aux défoulements racistes…
C’est que la recherche est plus que douteuse elle-même.

Dans le déferlement de préjugés racistes déclenché par l’affaire, voici que notre non moins humiliant maire de Saguenay déclarait ce matin à la radio :
« si on permet ça, ils vont aller partout et ils vont nous demander de changer les règlements de la ville. Eille, ils vont virer le monde de bord. Non, non, non, non. Je vous le dit tout de suite, avec moi ils vont frapper un mur là. Eille on n’est même pas capable de réciter une p’tite prière de 30 secondes que nos ancêtres récitent depuis que le Québec [voir Duplessis] existe. Puis, je ne sais pas d’où ils arrivent, s’ils arrivent du Maroc là, il y en a encore des avions qui retournent au Maroc. Ça existe ça… »

Écœuré par l’affaire, j’eus le dégoût de retrouver sur la page Facebook « Libérons Saguenay de Jean Tremblay », à l’origine de l’appel à manifester ce jour là, des propos guère plus réjouissants. Entre des commentaires banalisant toute portée négative de ce geste sur la communauté concernée, comme si ce n’était que 2 minutes de perdues dans la période des questions, j’ai retrouvé des commentaires et vidéos xénophobes et racistes. Mais aucun commentaire, sinon le mien (plein de rage), pour dénoncer le geste posé par les étudiantes.

À ceux et celles qui croient qu’il faut être tolérants/tolérantes face aux intolérants/intolérantes qui partagent la cause : tenez-vous le pour dit, votre combat n’est pas le mien. S’il faut lutter pour faire tomber le régime de Jean Tremblay, faisons-le comme communauté inclusive, ouverte et engagée par le fait même contre toutes les formes de discrimination et de domination. En six mots : soyons le changement que nous voulons.

J’encourage les personnes qui se sentent interpellé-e-s par cette lettre à interpeller à leur tour les autorités de l’UQAC afin qu’elles condamnent ce geste des étudiantes dont elles partagent une responsabilité. Le manque flagrant d’éthique de cette « recherche » n’honore certainement pas l’institution et sa communauté universitaire. Vous pouvez rejoindre le directeur des affaires publiques, M. Jean Wauthier au 418-545-5011 poste 5007. Autrement, vous pouvez écrire à l’adresse [email protected]

J’incite la page Facebook « Libérons Saguenay de Jean Tremblay » à prendre action contre les propos inquiétants proférés sur sa page et à dénoncer toutes formes de racisme. La page ne pourra que gagner en crédibilité…

Samuel Lamarre
Écrivain de Sagamie

Commentaires

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One thought on “Un peu de jarnigoine, s’il vous plait!

  1. Jacques Lavoie

    M. Lamarre, votre appel à la modération est fort à propos mais semble manquer de nuances et défléchir les reproches de racisme envers ceux qui, justement, le dénoncent.

    Le fait que ce soit un canular ou non ne change rien au résultat: Jean Tremblay est profondément raciste. On le percevait depuis longtemps, et c’est ce qu’il fallait démontrer.

    De la part de l’UQAC, l’intention de cette démarche n’était certes pas une appropriation culturelle, et je cite: « dans un contexte global d’exploitation socio-économique et de ghettoïsation des membres de cette culture. » Le but n’était pas de stigmatiser un groupe culturel, mais bien d’évaluer les réactions devant une telle situation inhabituelle au point de vue des accommodements religieux–un sujet chaud à l’heure actuelle. Cela a d’ailleurs permis d’amorcer une prise de conscience collective. N’a-t-on pas remarqué, par exemple, que, tout comme beaucoup de femmes musulmanes, les religieuses catholiques portent le voile? Est-ce que ça suscite des réactions particulières à leur endroit? Et si ces dernières demandaient un accommodement pour pouvoir aller à la piscine en maillot de bain intégral, comment réagiraient le maire et le public?

    Il ne faut donc pas blâmer l’UQAC. Celle-ci a d’ailleurs confirmé qu’après vérification, le protocole de recherche était bien conforme à l’éthique. Voir l’article suivant:

    http://ici.radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/2014/03/10/004-canular-burkini-uqac.shtml

    Somme toute, cela a permis de montrer le mal au grand jour pour mieux l’identifier et ainsi mieux pouvoir l’éradiquer. Un tel racisme est inacceptable, et ce, encore davantage de la part du premier magistrat de la ville. Les gens ont raison d’être en colère et de s’insurger contre le maire. Il serait fort souhaitable que tout cela demeure poli, mais il ne faudrait quand même pas jeter le blâme sur le mouvement Libérons Saguenay de Jean Tremblay. Les gens s’insurgent parce qu’ils en ont ras-le-bol et qu’ils n’ont pas encore la capacité de renverser le résultat des élections en exigeant la destitution de Jean Tremblay. Pourtant, il y aurait de nombreux motifs pour ce faire. Je crois et j’espère que le temps de ce régime municipal néfaste et controversé tire à sa fin.

    Ceci dit, j’invite tout le monde à faire preuve d’un sens moral supérieur dans ces circonstances difficiles.

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