Les Mains de Jonathan | Rencontres avec l’auteur et le metteur en scène

Les Mains de Jonathan | Rencontres avec l’auteur et le metteur en scène

 Les Mains de Jonathan

Rencontres avec l’auteur et le metteur en scène

 

 

L’auteur | 
Jean-François G. Caron | interview #1

C’est la première fois que je discute avec l’auteur Jean-François G. Caron. C’est aussi la première fois que j’interview l’auteur d’une pièce tout juste après une première. Sa Première. Sa première Première. Une bonne première, d’ailleurs. Je lui demande comment il se sent, quelques minutes après cette représentation.

« Bien, mais j’en ai moins profité ce soir qu’à la générale, hier, parce que ce soir le public était dans la salle et que j’étais un petit peu trop alerte à la façon dont les gens allaient réagir. C’est ma première pièce, c’est la première fois que je vis ça une première comme ça et j’étais très attentif justement à la réception du texte, à la réception de la pièce. J’en ai moins profité comme spectateur mais hier, à la générale, j’étais moi-même ému par ce qui se passait… Par la mère… C’est une petite femme Nathaly Charrette, mais elle est grande !  Elle est immense sur scène quand elle commence à parler de son fils Jonathan !  Ému aussi quand je vois tout ce travail autour de mon texte. »

 Je lui parle de la poésie de son texte et Jean-François G. Caron semble surpris. « Tout le monde me dit que ce texte est poétique mais moi, c’est drôle, je ne l’entends pas comme ça, je ne le perçois pas comme ça… Il l’est ? »

 Assurément. Ce texte n’est pas un «poème» mais ce texte – ses mots- provoquent et déposent en nous des images fortes et ouvertes. Des images libres, véhiculant une poésie transposée par cette impression que le temps a été suspendu pour créer ces espaces propice à la rencontre de l’onirisme et du réalisme. Un texte qui travaille aussi la polyphonie des voix. Je lui demande si la mise en page de son texte induit cette polyphonie…

« C’est-à-dire qu’au départ, dans le premier texte que j’ai soumis à Benoît Lagrandeur, le directeur artistique de la Rubrique, il y avait quelques rares didascalies mais des didascalies très poétiques, des indications scéniques très très poétiques, du genre : Jonathan dit qu’il a un fil qui sort de sa bouche. Je disais des choses qui ne pouvaient pas se faire sur scène…. Mon objectif n’était pas de dire que sur scène les comédiens devaient faire telle, telle ou telle chose, non… C’était plutôt pour montrer à quel point je voulais que l’univers autour de Jonathan soit complètement éclaté ! Impossible à représenter : démerdez-vous avec ça ! Au départ, c’était comme ça… Mais pour le travail, j’ai convenu avec (Il rit.) le metteur en scène qu’on pouvait enlever toutes les didascalies, toutes ces indications-là… Il n’y a aucun lieu de mentionné ni dit par les personnages. C’est le metteur en scène qui a développé tous les univers autour des paroles des personnages, moi, j’ai pas indiqué quoi que ce soit à ce niveau-là. J’aime ça laisser beaucoup de liberté, de place pour l’imaginaire de l’artiste metteur en scène, j’aime ça…»

–       C’est l’écriture scénique.

« Oui pis en même temps, peu importe ce que l’on écrit dans la vie… Du roman, de la poésie… Je me dis que le lecteur s’imagine des choses, se représente des choses qui ne sont pas nécessairement écrites et que c’est toujours comme ça… Mais c’est juste que là, avec un metteur en scène, on a accès à ce qu’il a imaginé, à sa propre lecture du texte. »

 Jean-François G. Caron habite un petit village. Il me raconte que bien souvent, le sachant écrivain, les gens viennent vers lui pour lui raconter des éclats de souvenirs de leur vie, des anecdotes. Leur histoire.  C’est aussi là qu’il trame ses personnages, dans la mémoire des gens partageant ces histoires. Lui, il écoute : le souffle, l’accent, la mélodie des langages, les expressions du territoire et ils puisent dans ce matériel vivant pour écrire, construire et ancrer ces personnages et leurs récits.

Toucher.

Le toucher. Le toucher est l’un des sens «essentiels» de l’humain pour sa survie et son développement. Le toucher, c’est la reconnaissance, la découverte, le saisissement de l’espace…

 « Quand nous avons emménagé dans notre maison à Saint-Calixte, il y avait ce vieux piano dans une des pièces. Un piano magnifique. Tu sais ces vieux pianos droits ? Il était tout éventré… Magnifiquement éventré. C’est le point d’inspiration de ce texte. »

Toucher. Toucher favorise les contacts sociaux, toucher éveille la sexualité. Un jour, enfant, Jonathan a entré ses doigts dans le ventre ouvert du piano et la bouche de l’instrument s’est refermée sur sa main. Pour Jonathan, le ventre du piano, c’est un peu comme le ventre de la jeune femme – interprétée avec justesse et candeur par Sara Létourneau – qui s’ouvre à lui. Un ventre, pour Jonathan, autant monstre que tentation. Un piano, aussi beau que mortel.

Le metteur en scène | 
Pierre Antoine Lafon Simard | interview #2

Moi – C’est une totale tragédie.

Pierre Antoine –  Oui, mais hier on a rendu la tragédie un peu trop tôt…

Moi – Heureux de cette Première ?

Pierre Antoine – Oui, très heureux ce matin. Je suis content de la représentation d’hier; la rencontre avec le public est essentielle au théâtre, tout va continuer à prendre forme au fil des représentations maintenant. Pour moi, la forme d’une création ne s’arrête pas. Elle continue de se faire au cours des représentations, d’agir. Elle évolue.

Je lui parle des animaux empaillés.

Il me parle du travail de Karina Pawlikowski.

Pierre Antoine – La mère, la comédienne Nathaly Charrette, a beaucoup angoissé pendant les répétitions, tous ces corps morts sur scène…

Moi – La scénographie m’a beaucoup touché. Ce sont de véritables installations. C’est très esthétique. Comment travailles-tu avec un scénographe ?

Pierre Antoine – Avec Josée Bergeron-Proulx, dès le début on a travaillé ensemble pour définir le décor. Pour s’inspirer, on a utilisé des images évoquées par le texte de Jean-François. Josée et moi, on est arrivé avec nos cartables respectifs bourrés d’images et ce qui est drôle, c’est que nous avions pratiquement les mêmes images !

Moi – Et comment travailles-tu avec les comédiens ?

Pierre Antoine – Avec les comédiens, je suis très directif mais aussi très à l’écoute. Je dirige comme j’aimerais être dirigé… Ce spectacle a demandé une mise en place rigoureuse, forte, où s’imposait une chorégraphie.

On jase. Il me dit que la plupart de ses créations théâtrales sont plutôt expérimentales mais que pour la mise en scène de Les Mains de Jonathan, la proposition entrecroise un théâtre contemporain avec une signature plus classique. Je lui mentionne que j’ai particulièrement aimé le travail de la lumière. Que cette lumière a tracé pour moi une trame narrative importante puisqu’elle fait exister ces lieux-sans-nom et qu’elle les singularise. De la lumière naît l’espace et un langage qui lui est propre. Un langage à redéfinir constamment.

Pierre Antoine – J’aime travailler avec les mêmes personnes, les mêmes artistes, d’un projet à l’autre, je fidélise mes collaborations. Les liens créés sont essentiels pour la dynamique d’une création. Les éclairages sont de Guillaume Houët, m’explique-t-il, connais-tu son travail ?

Moi – Non mais je vais aller fouiller…

Pierre Antoine –  Pour la musique, Guillaume Thibert m’a d’abord proposé des maquettes sonores bruitistes mais moi, je voulais du piano… C’est incroyable le travail qu’il a fait.

Moi – Et Jonathan, pour toi, que représente-t-il ?

Pierre Antoine – Jonathan est un révélateur de notre société.

*    *    *

Les Mains de Jonathan est présenté jusqu’au 5 avril  2014 | 20h00

Coproduit par le Théâtre La Rubrique 

www.theatrelarubrique.com

et le Théâtre du Trillium (Ottawa)

www.theatre-trillium.com

L’équipe

Texte : Jean-François G. Caron

Mise en scène : Pierre Antoine Lafon Simard

assisté d’Andrée-Anne Giguère et de  Lisa L’Heureux

Interprétation : Nathaly Charrette, Benoît Lagrandeur

Sara Létourneau, François Édouard Bernier

Scénographie : Josée Bergeron-Proulx

Éclairages : Guillaume Houët

Costumes : Geneviève Couture

Musique : Guillaume Thibert

Direction de production Jonquière : Isabeau Côté

Direction de production Ottawa : Benoît Roy

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