Les défis de l’ERD

L’Equipe du renouveau démocratique vient tout juste de tenir son assemblée générale annuelle. Six mois après l’élection, ce parti fait l’expérience éprouvante de l’opposition. Faisons le point sur le parcours et les défis qui se présentent à l’ERD.

Revenons d’abord sur sa performance électorale. Avec 36% des voix le chef de l’ERD Paul Grimard a obtenu la 2e meilleure performance historique d’un adversaire de Jean Tremblay (Daniel Giguère avait obtenu 43% en 2001). Par contre, les candidats du parti n’ont recueilli que 25% des suffrages exprimés. L’écart entre la performance de M. Grimard et celle des candidats de l’ERD est significatif. Quelque 7,700 des 24,234 électeurs qui ont voté pour Paul Grimard n’ont pas voté pour l’ERD, soit 31,7% des appuis au candidat défait à la mairie.

À l’évidence, Paul Grimard a bénéficié du vote d’insatisfaction envers Jean Tremblay, mais l’ERD n’en a recueilli qu’une partie pour ses autres candidats. Pourtant le chef a joué au maximum la carte « Équipe Paul Grimard », sa photo apparaissant sur les pancartes des candidats qu’il accompagnait constamment dans sa tournée électorale. Les victoires décisives des conseillères Josée Néron et Christine Boivin, comme celle surprenante de Julie Dufour dans Shipshaw, s’expliquent manifestement par les qualités personnelles et le travail terrain de ces trois femmes. Ces résultats suggèrent qu’à Saguenay l’électorat est encore largement réfractaire aux partis politiques municipaux.

Les représentantes de l’ERD composent 10 pour cent du conseil, les 18 autres membres (incluant le maire) siègent comme indépendants.  Le système municipal de gouvernance donne d’énormes pouvoirs au maire, a fortiori en l’absence de forces politiques suffisamment importantes et organisées pour assurer un contre-pouvoir. À Saguenay, tous les conseillers indépendants, sans exception, doivent composer avec le pouvoir concentré au cabinet du maire, lequel avec les années a établi une gouvernance omniprésente et omnipotente. À son cinquième mandat, dont quatre comme maire de Saguenay, Jean Tremblay est à la tête d‘un régime bien en place que les résultats de la dernière élection québécoise vont certainement conforter. Quant aux élues de l’ERD, qui composent l’opposition, elles en sont exclues de facto. Au début, certes encouragé par l’arrivée de ses représentantes au conseil municipal et par l’accès aux importantes ressources que lui accorde la loi électorale, l’ERD a tenté de donner un sens constructif à son rôle d’opposition. L’intransigeance du maire a vite fait de polariser les débats et de transformer le parlement municipal en champ de bataille politique.

Pour l’ERD, le combat s’annonce difficile, sans doute beaucoup plus rude que ne l’auraient espérées ses deux élues, des femmes davantage portées vers le dialogue que l’affrontement. Elles devront faire des miracles si elles veulent établir des alliances, mêmes ponctuelles, avec leurs collègues du conseil municipal, dont plusieurs n’osent pas afficher la moindre ouverture avec l’opposition de crainte de se faire rabrouer et punir par le maire. En même temps, plusieurs observateurs et sympathisants se posent des questions quant à la stratégie de faire intervenir le chef et des militants au conseil municipal et plus largement dans la capacité de l’ERD de prendre le pouvoir dans quatre ans.

Pourquoi d’abord avoir affecté une grosse partie des ressources financières à l’embauche de trois professionnels au cabinet de l’opposition, alors qu’il n’y a que deux élues ? N’aurait-il pas été plus sage et efficace de se limiter à un chef de cabinet et un soutien administratif, en embauchant ponctuellement des professionnels aguerris selon les besoins, par exemple des recherchistes pour les dossiers municipaux ou des avocats pour d’éventuelles démarches légales ou poursuites judiciaires ? N’y a-t-il pas là un danger réel de maintenir le pôle décisionnel du parti en dehors de l’hôtel de ville et de « technocratiser » son action politique ? L’ERD a surtout besoin de convaincre l’électorat et de réactiver le militantisme, une mission qui relève prioritairement des élues et des militants.

Lors de la récente assemblée générale, le chef du parti Paul Grimard s’est félicité de l’accroissement du membership qui est passé en un an de 580 à 880 membres. Il est normal que le militantisme s’accroisse en période électorale mais il est hasardeux de l’interpréter comme un signe durable de vitalité du militantisme. À preuve, on connaît le sort qu’a connu le Parti Vision Nouvelle (PVN) qui affichait plus de 1000 membres au lendemain de l’élection de 2005.

On s’attendait à ce que le chef donne une indication de son intention de partir comme plusieurs s’y attendaient et que plusieurs attendaient. Il est resté silencieux sur cet aspect crucial. Les statuts du parti, curieusement, prévoient qu’il revient au conseil d’administration du parti de confirmer ou non le leadership dans les 60 jours après une défaite électorale. On ignore si la règle a été suivie. Par contre, une assemblée spéciale sur cette question peut être convoquée par un nombre suffisant de membres. On s’étonne que la question du leadership n’ait pas été directement soulevée à l’assemblée générale de l’ERD, comme c’est la règle pour toute organisation politique dont le chef a été défait et dont les résultats électoraux sont très en dessous des attentes. D’autant que la bataille électorale a fait des victimes malheureuses et provoqué de l’amertume chez des militants. M. Grimard est certainement un homme compétent qui a des qualités de gestionnaire. Mais pour plusieurs observateurs, la campagne électorale a démontré qu’il n’a pas le charisme personnel et l’instinct politique indispensables au niveau municipal. Il devrait clarifier ses intentions rapidement.

Comme à Québec et Montréal où il existe des partis municipaux, il semble indispensable que le chef d’un parti soit élu et siège au conseil municipal. Plusieurs ont vu et continuent de voir en la conseillère Josée Néron le talent d’une bonne politicienne, le potentiel d’une candidate à la mairie et l’étoffe d’une mairesse. Comme chef de l’ERD et de l’opposition, elle pourrait profiter de ce premier mandat pour mieux comprendre l’administration municipale, prendre ses repères comme leader, et mieux incarner le renouveau politique.

Il faut être prêt. Même si quatre ans, c’est long en politique, la situation peut évoluer rapidement sans qu’on puisse en contrôler les paramètres. Les dirigeants commettraient une grande erreur s’ils s’installaient dans la certitude que seul leur parti pourra être dans la bataille électorale en 2017, ou plus tôt si Jean Tremblay se lançait en politique fédérale en 2015. Il y a eu de nombreux candidats autres que l’ERD en 2013. Il y en aura certainement bien d’autres à d’autres élections. Qu’ils soient indépendants ou membres d’un autre parti.

 

 

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One thought on “Les défis de l’ERD

  1. Jacques Lavoie

    C’est bon votre discours à l’effet que l’ERD n’est peut-être pas la bonne alternative pour les prochaines élections, mais tous ceux qui se sont efforcés de proposer une alternative, on a miné leur crédibilité et mis en doute leurs aptitudes. Aux dernières élections, vous auriez-pu être le chef de l’ERD, être l’homme de la situation et déloger Jean Tremblay. Vous avez refusé, puis quitté l’ERD en le poivrant de vos critiques. À quel jeu jouez vous, M. Gagnon? Je ne crois pas que je vous ferais confiance si vous vous présentiez comme candidat.

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