À poil, toutes!

Il y a quelques mois, le poil a fait l’objet de plusieurs discussions sur les forums et les réseaux sociaux. On y faisait état des dangers potentiels liés à l’épilation intégrale, notamment la prolifération de bactéries pathogènes ainsi que les risques d’infections et de maladies transmissibles. On se questionnait sur son utilité, tout en encourageant le « retour au naturel », autant chez l’homme que chez la femme. Car si l’être humain en est pourvu, ceux-ci doivent bien servir à quelque chose, non?

Début avril, ma collègue Marielle Couture déposait sur Facebook une série de photos de femmes splendides exposant leurs aisselles non épilées. Elle commentait le reportage en disant qu’elle ne voit aucune gêne à arborer le poil chez elle, dans son joli village de Sainte-Rose-du-Nord, mais que subsiste en elle une parcelle de conditionnement qui lui dicte de se raser lorsqu’elle se retrouve « en société ».

On a beau vouloir s’en défaire, s’en débattre, les standards esthétiques qui nous ont été inculqués depuis nos jeux de poupées nous ont marquées de profonds stigmates.

Je me considère comme féministe. Je ne suis pas radicale, mais je partage une grande partie des opinions de mes consoeurs. Parce que je trouve ça juste logique, parce que pour moi ça va de soi que la femme est l’égale de l’homme. Mais malgré mes convictions, je suis une fashion victim et me conforme – de façon assez minime, tout de même – aux « conventions » féminines. Je me déteste pour ça. Je travaille fort sur moi pour ne pas constamment succomber aux tendances saisonnières si vite passées (et oubliées). Je mène un combat perpétuel pour me sortir du piège de la surabondance et de l’overachievement1. Et, comble de malheur – ou de bonheur, c’est selon – je suis célibataire, donc je m’impose d’être toujours « à mon meilleur », au cas où je ferais une rencontre inattendue. Même un soir de semaine.

Alors j’ai l’aisselle glabre TOUS LES JOURS. Ma ligne de sourcil est loin d’être parfaite, mais rien ne dépasse : j’y traque les indésirables chaque matin. Heureusement, je suis moins freak au niveau de la jambe, surtout en période froide – j’ai donc un bon répit d’au moins huit mois.

J’écris ça et j’ai honte. Je suis hyper conditionnée. Au point où lorsque je vois une fille qui n’est pas rasée de près, ça m’agace. Pire : je trouve ça LAID.

 

Fais-toi pas le poil Estelle, c’est naturel

Le poil est une mode. Il fait partie d’un cycle. Depuis quand déjà la barbe est-elle synonyme de branchitude? Dans peu de temps, on verra sa popularité décliner et le pelage au menton, si sexy soit-il aujourd’hui, sera honni. En attendant, même la Madone a jeté aux orties son Epilady, dévoilant sur son compte Instagram, en mars dernier, un selfie de son aisselle duveteuse (ceci dit, je ne trouve pas ça moins laid parce que c’est Madonna).

Si la tendance se maintient, le crin féminin deviendra réellement un style incontournable, instaurant, du coup, la notion de « normalité ». Nous, les femmes, assumerons pleinement notre pilosité naturelle. Plus un seul rasoir polluera les sites d’enfouissement et Gillette misera sur des crèmes adoucissantes et colorantes pour éviter la faillite et ajouter un brin de fantaisie à nos toisons.

Qui sait, je vais peut-être finir par trouver ça beau, le poil de t’sour.

 

1 Overachievement : on peut traduire, en français, par « suraccomplissement ».

Commentaires

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5 thoughts on “À poil, toutes!

  1. Caroline Beaulieu

    J’ai l’impression qu’on passe à côté. Le projet de photos d’aisselles féminines poilues, je ne l’ai pas tant vu comme une façon d’encourager le poil qu’une façon de le dédramatiser. Le poil d’aisselles n’a pas à être in ou out, seulement, ce serait bien qu’il arrête de provoquer le dégoût.

    Moi aussi, je trouve ça laid du poil. Mais faut-il vraiment que nos choix corporels ne soient guidés QUE par le seul critère du beau?

  2. Bonjour

    Merci pour cet article très intéressant. Pour ma part, s’épiler ou ne pas s’épiler relève surtout d’un choix personnel.

  3. Merci pour ce billet, Julie, tellement réaliste, il colle à la réalité de bcp de femmes.
    Je voulais réagir par rapport à la rencontre inattendue. Je ne connais pas votre orientation sexuelle mais si vous parlez des hommes, sachez qu’ils ne remarquent même pas ce genre de choses ou au pire, qu’ils s’en fichent complètement. Je dirais même que les poils sont un excellent piège à blaireaux et autres machos : un homme qui se permettrait de faire la moindre remarque sur la pilosité d’une femme n’en vaut pas la peine, à mon avis. Après, je connais mieux l’Europe Occidentale que le Québec, c’est un peu plus pilophobe sur le continent américain, je pense.
    Ma compagne garde tous ses poils et aucun des ses poils ne me dérangent, ils sont parfois des compagnons de jeux érotiques, d’ailleurs 😉
    Vous parlez de l’industrie cosmétique qui inventerait des produits si les poils étaient à la mode mais je n’y crois pas une seconde. Elle aurait déjà pu le faire, comme pour les cheveux (des poils, d’ailleurs) mais elle ne propose que de quoi les enlever. Sans doute parce que cette pilosité est trop « sexuelle ».
    Plus d’infos sur la norme du glabre sur mon site

    1. Bonjour

      Malheureusement, tous les hommes ne sont pas comme toi. Si on se réfère aux chiffres de l’enquête des l’Ifop, il semblerait que les hommes sont plus de 70% à préférer les femmes épilées.

      1. Marielle Couture

        Ils sont conditionnés par des stéréotypes véhiculés, en grande partie, par ceux à qui l’industrie de l’épilation rapporte, comme vous par exemple. Votre opinion compte très peu à mes yeux, même que vous êtes totalement discrédités, puisque vous tirez profit des poils…

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