Les amis du régime

Ceux qui croient que le pouvoir est amusant confondent pouvoir et abus de pouvoir.

André Malraux, L’espoir, 1937

 

Je déteste ne pas tout savoir.

Francis Underwood, House of Cards, Saison 1, chapitre 10

 

Je crois qu’il faudrait conserver les premières pages du Progrès Dimanche pascal (20 avril) comme pièce d’anthologie pour éclairer davantage le régime mis en place par Jean Tremblay, notre premier magistrat. La journaliste Mélyssa Gagnon, comme dans de nombreuses éditions antérieures de cet hebdomadaire dominical rend compte de ses enquêtes patientes sur le régime du maire.

Cette journaliste se bute à l’opacité de l’administration municipale en place à chaque tentative de sa part pour lever le voile sur le fonctionnement des organismes qui gravitent autour du conseil municipal. Ses nombreuses demandes d’informations auprès de la Commission d’accès du même nom sont constamment refoulées sous toutes sortes de prétextes dont le plus pernicieux est celui de se confronter à des pseudo organismes privés (comme la Zone portuaire de Saguenay et Promotion Saguenay) qui ne semblent pas être assujettis aux mêmes règles par la Commission que les organismes publics. Pourtant ces organismes sont financés presqu’en totalité par des fonds municipaux. On voit bien là que le maire dissimule par cette formule légaliste tordue son désir de ne pas rendre de compte aux contribuables quand ses décisions, et surtout celles de ses amis qu’il a placés là pour la plupart, ne font pas l’affaire de tout le monde. Ce maire-là a monté autour de lui avec l’aide de ses avocats et conseillers complices un véritable régime d’entraide aux amis et autres collaborateurs qui veulent profiter de sa manne en toute quiétude tout en lui jurant fidélité éternelle.

J’ai particulièrement apprécié l’article sur la contribution du régime à l’événement annuel Saveurs et Trouvailles, administré par l’animateur de radio plus ou moins en retrait Louis Champagne. On y apprend que la fête champêtre de Jonquière, fortement inspirée à ses débuts par les fêtes gourmandes d’Alma, profite allègrement des largesses de Jean Tremblay, qui subventionne l’organisme dirigé par la conjointe de l’animateur de radio avec plus de 70 000$ annuellement ; soit la moitié de son budget d’opération.

Beaucoup d’OBNL culturels d’ici aimeraient obtenir autant d’écoute de Promotion Saguenay et du fond au fonctionnement des organismes de la Ville, pour voir progresser leurs activités et sans doute aussi pour rémunérer leur personnel permanent convenablement.

L’animateur de radio qui sévit toujours dans une station discrète de La Baie a toujours eu une réputation enviable auprès du maire de Saguenay. Ce dernier n’a jamais voulu se prononcer sur son  style radiophonique et sur ses sorties homophobes contre le candidat péquiste, Sylvain Gaudreault lors de la campagne électorale de 2007. Quand il a été remercié de ses services le 7 novembre 2008, par son employeur exaspéré de voir s’additionner les poursuites en diffamation à son endroit, le maire n’a jamais retourné leurs appels aux journalistes qui voulaient connaître son avis sur son ami et conseiller de toujours, disait-on.

Autre détail de poids sur les liens étroits qui unissent l’animateur tonitruant avec le régime de Jean Tremblay, le magazine MAG, porte-parole de la minorité bavarde (?) sur papier glacé/quatre couleurs… qu’il édite à quelques reprises durant l’année, bourré de pub, de publi reportages, de copinage intéressé (spécial Jean Tremblay, octobre 2010, no 3…) et de coups de gueule contre les gauchistes (sic), est rédigée par Richard Banford lui-même, l’ex et maintenant re conseiller en communications du maire. La Ville et Promotion Saguenay la commanditent généreusement. Ce monsieur Banford est récemment sorti de sa retraite après sept ans de loyaux services auprès du maire pour remplacer Pierre Guillot à pied levé. L’attaché de presse de la Ville a quitté son poste plus ou moins délibérément suite à la saga du festival forestier de Shipshaw, faisant partie de la croisière s’amuse en Norvège et à Nice. Récemment, le maire lui a trouvé une porte de sortie honorable du côté de l’équipe de hockey junior de la Ville, les Saguenéens.

Le régime a aussi des tentacules sportives. Le nouvel attaché de presse du maire aura-t-il encore le temps de collaborer à la revue publicitaire de son ami Louis sans se reconnaître en conflit d’intérêt municipal ? Bref, l’animateur de radio, Louis Champagne compte parmi les gros amis du régime en place à Saguenay. Le maire s’en occupe encore et toujours pour services rendus ou à rendre. L’animateur continue de défendre le premier magistrat en pourfendant les journalistes gauchistes et sans doute un peu marxistes de la salle des nouvelles de la SRC qui le suivent de trop près. Et maintenant aussi du Quotidien qui révèlent comme règle d’usage l’arbitraire (et son revers le favoritisme) dans la distribution des subventions de la Ville aux organismes en place. Les petits amis du régime d’abord. Qu’on se le tienne pour dit.

 

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

Commentaires

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One thought on “Les amis du régime

  1. Marc Morin

    Un autre maire souverain devenu beaucoup trop confortable et qui se sent probablement éclairé par les voies divines… Quant à moi Tremblay est du même moule qu’un autre empereur- maire qui a sévit trop longtemps à Laval. Gens du «royaume» vous l’avez élu et ré-élu, vivez avec ! Les autres, écrivez à Alain Gravel ou à Madame Charbonneau…

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