Ornithologie, la nuit: 4e opus de Philippe B.

Quelques accords de guitare ont suffi pour me plonger dans l’univers onirique – oh combien! – de cet ornithologue capable de nous surprendre encore. Qu’attendre de Philippe B. sinon qu’il soit lui; qu’il soit égal à ses trois opus précédents, Philippe B., Taxidermie et plus encore le fascinant Variations fantômes, qui ont déjà quelque peu épuisé les réserves d’éloges des critiques comme du public?

Indéniablement, il y a une grande différence dans la manière d’aborder un album, selon que l’approche se veuille essentiellement ludique et curieuse ou plus analytique en prévision de le commenter. Comment déjouer cette dualité mentale si ce n’est en s’autorisant une première audition libre de toute intention critique? Mais pouvais-je prévoir que j’allais être happée à ce point, séduite et conquise en moins de deux minutes?

En effet. Voilà qu’en douze secondes, je me retrouve nageant dans les eaux profondes d’un regard poétique qui sonde l’apparence anodine des émotions amoureuses.  Voilà que « J’ai peur de remonter trop vite des profondeurs, de laisser mon cœur exploser. De laisser ma peau s’exposer. » (La complainte du scaphandrier) Il est trop tard pour tout autre choix que l’abandon.

Sur le clavier, l’auteur-compositeur insiste. Un accord répétitif ponctue la balade nocturne des oiseaux perdus (Ornithologie), en quête d’un espoir si minime soit-il que le beau temps succèdera au froid gris de Montréal (Biscuits chinois). La chaleur est enfin retrouvée, au son de la guitare, dans le murmure doux de sa voix feutrée qui transforme les larmes en cœur fondant au creux du lit : « … quand s’étire la nuit, moi je dis tant mieux y’a un feu qui brûle dans nos ventres et remplit nos yeux de copeaux de lumière. » (Calorifère)

Sur la portée musicale des pièces qui se suivent comme une histoire qui se vit et se raconte, on assiste à ces petits bonheurs de l’apprivoisement, de l’approche retenue, « Dans chacune de ses saisons, sous toutes les déclinaisons, je l’aime de toute façon cheveux courts ou cheveux longs » où se décline des noms de femmes. Petit à petit, piano et guitare, voix des chœurs et vents brossent un tableau joyeux, couleur de soleil, odeurs des saisons, trouvant son apogée Une nuit de la Saint-Jean sur le Mont Chauve, « Parfaites créatures de nuit
venues se dévorer dans la forêt défendue sous une lune mutilée. Une nuit de la Saint-Jean sur la montagne à faire danser les grandes flammes. »

Ornithologie, la nuit raconte la renaissance d’un cœur, le retour vers l’autre, la reconnaissance de soi, la remontée vers un bonheur. Thème universel abordé avec intelligence, sensibilité et, disons-le, une maîtrise étonnante.

Un album qui se savoure jusqu’à la dernière note. Quelque chose hors du temps, hors des lieux, hors même d’une identité. Quelque chose d’intemporel, anonyme, où tout se fait et se défait dans une sorte de brouillard où les formes se modifient dans un agencement de mots admirablement construit. C’est délicat, délicieux, subtil, habile. Un ton intimiste, une ambiance feutrée, un son « vintage » à la fois pur et ouaté, un rythme lent qui s’insinue agréablement à l’intérieur de nous… comme dans un rêve.

On peut l’entendre en se référant aux albums précédents. Croire qu’il s’inscrit comme une suite à Variations fantômes… peut-être l’est-il. Ou alors, se laisser tout simplement à « Apprivoiser la nuit, déboiser la forêt noire » pour « briller de tous nos feux, du mieux qu’on peut, comme des lucioles dans un pot Mason. » (Les Lucioles)

Ornithologie, la nuit a été lancé le 22 avril au Cabaret Lion d’Or. Disponible en magasin, sur iTunes et sur son bandcamp (CD / vinyle / numérique). Vous pouvez également écouter l’album au complet sur bandcamp ou sur YouTube.

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

Laisser un commentaire