Cartes postales de l’envers

Quand tu poseras le pied dans la toundra, tu sauras que la Terre te porte.

Joséphine Bacon

 

Si vous allez à Schefferville en touriste — toute se peut — et que vous préparez votre périple par quelques lectures préalables, vous apprendrez sans doute que c’est grâce au géologue Joseph A. Retty que le potentiel minier de l’arrière-pays de la Côte-Nord a été découvert. En effet, grâce à ce valeureux aventurier, prospecteur infatigable et cartographe émérite, le titane, le cuivre et le fer font vivre, depuis les années 1940, une bonne partie de la population de cette région, sans compter tous ceux qui viennent « faire la piasse » dans les mines avant de retourner dépenser le fruit de leur labeur sous des cieux plus urbains. À lire ce que le site internet du Temple de la renommée du secteur minier canadien en dit, on pourrait le considérer carrément comme un genre de bienfaiteur de l’humanité. En tout cas, un héros, pour qui « le climat rigoureux, l’absence de cartes et le manque de chemins praticables et de rivières navigables ne suffirent pas à atténuer l’ardeur des efforts qu’il déploya pour explorer et cartographier ce territoire inconnu ». Fascinant, non? Mais oui, je sais, l’histoire du Québec, que dis-je, l’histoire de l’Amérique s’est bâtie grâce aux exploits de ces intrépides aventuriers-là.

Vraiment? Hum.

En fait, Joseph Arlington Retty n’est pas le véritable découvreur de ces gisements. Non. Celui qui a fait ces découvertes majeures pour le développement du Nord est un homme nommé Mathieu André, un chasseur, qui est venu en 1936 montrer des morceaux de minerai de cuivre et de titane, puis de fer, au géologue et qui l’a, par la suite, guidé jusqu’aux lieux de ses trouvailles. Par la suite, il a fourni d’autres gisements à Retty, dont celui de Schefferville. Toujours le prospecteur lui demandait de lui rapporter des roches, toujours il lui promettait qu’il le récompenserait. Il lui disait qu’on lui donnerait 1/2 cent par tonne de minerai extrait, mais pas tout de suite, qu’on ferait des papiers officiels plus tard, etc. Puis Retty est mort, et il n’y avait pas eu de papiers officiels. Le véritable découvreur du potentiel minier de la Côte-Nord n’a donc eu aucune reconnaissance pour son apport. Pas un sou. Pas une mention dans l’histoire officielle. Personne ne sait qui il est. Dans sa langue, on le nommait pourtant Mestenepeu, ce qui signifie « Grand Homme ».  Parce que les Innus, eux, connaissent son nom et son histoire. C’est l’un des leurs.

Cette histoire m’est revenue en tête au retour du périple que j’ai effectué avec une collègue récemment, à la rencontre des jeunes Innus de la Basse-Côte-Nord. En gros, nous allions faire la promotion des études supérieures et leur parler des mesures de soutien à la réussite dont ils peuvent bénéficier lorsqu’ils poursuivent des études post-secondaires. Nous sommes parties très enthousiastes, avec un power point, des photos de finissants, beaucoup beaucoup d’information à donner et, bien sûr, le souhait d’en apprendre plus sur le peuple de Nitassinan, nous qui fréquentons surtout les Atikamekw de la Haute-Mauricie et les Pekuakamilnuats (les Montagnais de Pointe-Bleue pour ceux qui ne savent pas).

Et  de fait, nous en avons appris, des choses, durant la petite semaine qu’a duré cette tournée. En voici la chronique, pratiquement au jour le jour.

 * * *

 20 mai

Nous sommes parties hier et nous avons roulé 700 km pour gagner Sept-îles où nous avons dormi dans une auberge de jeunesse très chouette avec des français qui sentaient les pieds et dénigraient la culture des Québécois, citant des exemples d’oeuvres que nous ne connaissions pas, comme Le Bateau de la Méduse de Giraudoux… Je corrige gentiment: ce n’est pas plutôt Le Radeau de la Méduse de Géricault, et Giraudoux n’est-il pas un dramaturge? « On en voit moins, mais on s’en rappelle… » n’ai-je pu m’empêcher d’ajouter.

L’école secondaire de Uashat nous attend avec une dizaine de jeunes que nous assommons un peu avec notre avalanche d’informations. La rencontre est belle, mais nous devrons adapter notre approche. Mais déjà, nous sommes sous le charme des jeunes Innus.

Nous prenons ensuite la route vers Natashquan, où nous embarquerons sur le Bella-Desgagnés pour joindre La Romaine, après avoir visité l’école de Natushkuan. En chemin nous faisons un arrêt pour visiter les jeunes de l’école Tehueikan, à Mingan. Déjà nous laissons de côté certains détails techniques ou administratifs pour nous concentrer sur l’idée que les études post-secondaires sont accessibles et qu’ils peuvent avoir du support pour réussir, entre autres parce qu’ils devront étudier dans une langue seconde — le français — et dans des concepts qui ne leur sont pas vraiment familiers. Les jeunes sont intéressés, curieux, ils posent des questions. Ils demeurent avec nous encore un moment, même une fois la cloche sonnée, au lieu de se précipiter dehors, enfin libres. Nous sommes satisfaites et avons hâte à la suite. Mais il faut reprendre la route. Natashquan est encore loin.

Pendant des kilomètres et des kilomètres à partir de Mingan, la route a déroulé sur la masse granitique du Bouclier le tapis de laine de la toundra, où des épinettes graciles dessinent les motifs de leurs prières secrètes. La mer se devinait dans les détours, toute lactée de brume, dévoilant des îles au passage comme des bouts d’un grand corps gêné.

Juste après Baie-Joan-Beetz, le regard encore plein du miracle de ce village aux jolies maisons qu’on aurait dit déposées sur les roches par un enfant qui joue, la désolation, étrangement superbe: là, l’été dernier, le feu a mangé tout ce qu’il a pu, à perte de vue. L’ampleur du sinistre nous laisse bouche-bée. Nous nous souvenons des appels à l’aide des habitants du coin, auxquels la Sopfeu restait si obstinément sourde, et nous comprenons que ces gens ont été traités comme quantité négligeable. Trop loin. Trop peu nombreux. Pas payants pantoute. Et maintenant partout autour, noirs les squelettes d’arbres, noir le roc, noire la tourbe. Aussi loin qu’on puisse voir.

Nous traversons d’autres villages encore, qui paraissent presque fantômes tant il y a peu d’activité. Devant un dépanneur, deux enfants trop blonds nous fixent. Lieux oubliés, exangues, où la vie tient à l’espoir que le voyageur s’arrêtera, peut-être, pour mettre de l’essence ou acheter de la gomme.

Et puis, Natashquan. Splendeur et lumière. On voudrait s’y arrêter, n’en plus partir. C’est beau à pleurer.

Nous avons rendez-vous le lendemain, juste à côté, à l’école des jeunes Innus. En allant faire une petite virée de reconnaissance, nous découvrons, collée sur la pimpante carte postale, une enclave de misère. La réserve. Nous venons dire aux enfants  de ce Soweto du Nord qu’ils peuvent rêver, que leur vie leur appartient, qu’ils peuvent aller aux études chercher les outils pour devenir les décideurs du Nitassinan de demain. Nous revenons vers le village blanc avec un malaise indéfinissable, sur lequel nous ne trouvons pas  de nom à poser.

Devant une pizza aux fruits de mer au John Débardeur, nous nous consolons en rêvant à la prochaine étape de notre voyage. Car demain soir nous serons là où l’on ne peut se rendre que par bateau, parce qu’il n’y a pas de route pour y aller. Pas de route, mais pourtant des gens tracent là des chemins depuis des milliers d’années. Unamen-Shipu. La Romaine.

 * * *

21 mai

Brouillard et glaces retiennent le bateau à Blanc-Sablon.

Le temps ici tisse une toile de brume et de vent. Les rendez-vous restent pris dedans.

Nous n’irons pas à La Romaine.

Les yeux dans le ballet des pluviers, je tente de redessiner en mots, dans ma tête, cette rencontre de ce matin avec les jeunes Innus. Leurs regards. Le garçon à qui je demande s’il a tué son premier caribou, et qui me répond de tout son corps que oui, et qu’il est un homme, et qu’il est fier, avec ce grand silence indien qui parle tant. Les beaux visages couleur du sable des rivages, si attentifs, qui reçoivent ce message: n’écoutez pas ceux qui vous disent que c’est impossible, ce sont des menteurs; Nitassinan, c’est vous; étudier, c’est venir chercher les outils pour faire le pays qui vous ressemble, le pays que nous pouvons faire ensemble. Mamu. Mamussinan.

Au retour nous avons dû prendre du temps, aller marcher un peu sur la plage pour digérer tout ça. Cette impression d’absolue nécessité qui colore maintenant ce voyage. La révélation que la plupart de ces jeunes n’ont aucune idée de tous les avenirs qu’ils pourraient se faire. Le triste constat du clivage très net entre les deux communautés: celle des Blancs qui possède une épicerie, une caisse pop, quelques auberges et la légendaire dignité qui définit tous les personnages des chansons du grand Gilles. Celle des Innus, sans rien pour gagner sa vie ou faire des emplettes, morne alignement de maisonnettes toutes pareilles, sans charme, et ces jeunes un peu éteints, déjà, à qui l’on ne dit pas, jamais, qu’ils peuvent se rêver une vie. Les larmes roulent sur nos joues déjà trempées par le crachin qui va nous accompagner jusqu’au tout dernier jour. Peut-être que la splendeur du paysage, si contrastante avec la sombre réalité que nous venons de croiser, y est pour quelque chose.

Nous prenons conscience à la fois de l’importance du message dont nous sommes porteuses et de l’impuissance où nous nous trouvons devant l’immensité du fossé entre les perspectives d’avenir respectives de la jeunesse chaque communauté.

De retour à l’auberge nous sommes accueillies par Naomi. Elle a quinze ans. Elle garde les lieux quand l’aubergiste n’est pas là.

« Êtes-vous des touristes? » nous a-t-elle demandé. Puis, après nos explications (Non non, on n’est pas des touristes), elle s’informe: « C’est quoi qu’on fait dans un cégep? »

On explique encore. Elle est assise avec nous à la table où nous avons déployé nos victuailles — crevettes, crabe, fromage, pain, — et nous lui montrons de la documentation sur les programmes d’études, les photos de nos finissants, etc. Nous lui disons que tout ce qu’elle veut devenir, elle le peut.

« Même si je suis une fille? »

Elle pose beaucoup de questions, cette jeune fille déterminée. Un peu timide au départ, elle finit par nous parler de ses rêves. De ceux de ses parents pour elle. De ce garçon qui a un problème de filles et qui est venu tout à l’heure lui faire des confidences. Le temps passe. Il faut qu’elle mette la table pour le petit déjeuner de demain et elle a pris du retard. Nous l’aidons à laver la vaisselle. Les taquineries fusent. On rit. Belle enfant vive, les mains pleines d’un pays à faire.

Elle feuillette le document sur les programmes d’études collégiales. Pensive. Ouvre la bouche. N’ose pas tout de suite poser la question.

Puis, elle se lance: « Mais tous ces programmes-là, c’est juste pour les Blancs, hein? »

Naomi est Innue. En plus d’être une fille.

— Et puis? lui avons-nous demandé à notre tour avant de la quitter pour aller dormir. Les baleines, elles sont arrivées?

— Les baleines? Jamais vu de baleines par icitte.

Finalement, nous sommes quand même des touristes.

 * * *

22 mai

Notre aubergiste a deux fils. Quand ils étaient tout petits, ils fréquentaient la garderie de la réserve, parce que leur maman travaillait là. Deux petits garçons aux yeux bleus avec plein d’amis aux yeux noirs. La belle harmonie, comme le souhaitaient leurs parents.

Puis, le plus vieux est entré à l’école. Pas à celle de la réserve. À celle du village, puisque la loi le veut ainsi. Il a cependant continué de voir ses amis aux yeux noirs, qu’il n’avait pas cessé d’aimer: ils en avaient découvert beaucoup ensemble, des choses, tout de même. Ça tisse des liens forts, ça, découvrir le monde ensemble. Alors ils s’aimaient encore, et traversaient souvent les frontières invisibles pour jouer à leurs anciens jeux.

Un jour, le papa a vu son garçon arriver de l’école en pleurant. Des petits durs avaient tenté de le noyer dans une mare. Des enfants de sept ans avaient joué à la simulation de noyade sur un des leurs parce qu’il n’avait pas les bons amis.

« Qu’est-ce que je vais faire, papa? Comment ça se fait que je ne peux pas aimer les amis que je veux, moi? »

L’école a continué. Des deux côtés de la clôture, on se criait des noms. Le fils de notre aubergiste entre les deux.

Il a dû choisir à un moment donné. C’était devenu invivable, vous comprenez.

Maintenant ça va mieux. Il a seize ans. C’est un beau grand jeune homme. Plein d’amis. Des fois, le père les écoute jaser, entre jeunes.

Et ça le rend triste, ce qu’il entend. Triste et désemparé.

Parce que son beau garçon, quand il jase avec ses amis, il dit du mal des Indiens.

 * * *

 Même jour

Nous avons tourné le dos à La Romaine. La prochaine fois, si c’est possible, nous prendrons l’avion: c’est plus sûr que le bateau…  Nous retournons vers l’ouest.

Entre la mer et la toundra, nous avons trouvé du thé du Labrador. Le brûleur de camping et la petite cafetière ont pris du service. Nous l’avons bu à petites gorgées en nous lisant des poèmes de Joséphine Bacon tandis que nos cheveux dansaient, libres, avec le vent. J’ai oublié le brûleur sur la pierre où je l’avais posé pour qu’il refroidisse avant que je le remette dans son sac. J’espère que quelqu’un l’aura trouvé et s’en servira à son tour.

À Havre-Saint-Pierre, nous venons à la rencontre des jeunes de la réserve de Natashkuan qui viennent là terminer leur secondaire. À partir de 15 ans, ils doivent être en pension ici toute la semaine s’ils veulent poursuivre après la troisième secondaire. Peu se décident à s’arracher à leur famille pour venir…

C’est une ville très effervescente. Le port accueille des bateaux énormes, venus de partout dans le monde pour chercher le minerai sorti du ventre de Nitassinan et l’emporter on ne sait où. Le titane est extrait à environ 100km au nord du Havre et ramené par un train dont les wagons déversent chaque jour des montagnes de roche noire qui s’achemine par convoyeur directement dans les entrailles du navire. Les jeunes ne vont plus étudier, m’ont confié plusieurs sources. Ils vont à la mine, ou sur le projet de la rivière La Romaine (à ne pas confondre avec la communauté Innue, ce n’est pas du tout le même endroit), dès qu’ils peuvent quitter l’école. Il y a de la job: pourquoi étudier? À 18, 20 ans, ils ont des gros pick-up, des quatre-roues, etc., ils se font un beau patrimoine. Pendant ce temps, la région s’appauvrit en gens instruits, en décideurs compétents. Ce n’est pas que ce n’est pas bien d’apprendre un métier en cours professionnel, il en faut. Mais à ce rythme, la région ne comptera plus que des exécutants parmi ses travailleurs, et ça c’est inquiétant. Et pour les jeunes autochtones, évidemment, on continue très peu les études après le secondaire… et ça c’est quand on le termine. Un autre des effets du Plan Nord: le prix des maisons, devenu exorbitant, ne permet plus aux familles à faible revenu de joindre les deux bouts. C’est une ville pas très belle, comme poussée trop vite, accrochée à l’industrie, où l’on mange à un prix de fou des fruits de mer décongelés et où la vie est rythmée par le keshling du cash qui rentre. Qui rentre ou qui sort, au fait? Hein?

* * *

23 mai

De retour à Uashat. C’est notre dernière nuit au Nitassinan. Notre auberge abrite une galerie d’art, une école d’art et une résidence d’artistes.

On est bien. Tranquilles. C’est très, très beau, bien organisé, confortable. Il y a sur tous les murs des oeuvres magnifiques d’artistes Innus. Les pick-ups roulent (vite) dehors. Nous faisons le bilan du voyage. Le vin se laisse boire. Volubiles, nous prenons des notes, nous faisons des plans, nous projetons déjà de revenir l’an prochain, et cette fois de nous rendre là où il n’y a plus de route. Un voyage important. Essentiel. Nous avons appris des tonnes de choses. Pour les jeunes. Pour soi. Pour…

Nous écoutera-t-on, seulement?

Nous avons appris des belles affaires et des moins belles.

Comme celle-ci, tiens… Une école d’une commission scolaire organise un autobus pour aller visiter des cégeps dans une autre région, mais elle n’invite pas les finissants de l’école de la réserve, pourtant juste à côté, à partager le moyen de transport. Raisons administratives paraît-il… Quatre finissants Innus, ça ne prend pas tant de place dans un autobus, me semble-t-il.

Mais le portrait n’est pas que sombre, il faut le dire. Des initiatives se prennent. Des gestes se posent. Des entreprises se créent. Des associations Blancs-Innus voient le jour. C’est lent. Mais ça vient. Et ils savent rire, les Innus. La joie vient facilement en leur compagnie. Nous avons beaucoup ri durant ce voyage.

 * * *

24 mai

8 heures du matin. Dans cette si jolie auberge située en territoire Innu, et qui fait si bien la promotion de la culture Innue, je me fais du café. Nous serons ce soir à la maison, après avoir parcouru l’équivalent, ou presque, de toute la côte ouest des États-Unis, aller-retour.  La femme de ménage m’explique, l’air d’en savoir long, que « c’est pas des n’importe qui qui vient ici, surtout pas le monde de la réserve. Ça vole ce monde-là pis c’est pas propre en plus, ç’a pas de bon sens. Nennon. Le monde qui vient icitte c’est du monde important. Pas d’employés Innus icitte. Y en ont mis une à la boutique pour que ça fasse plusse Innu, mais tsé. C’est de valeur, hein, parce que, hein, on a une belle ville.» Je lui demande si elle est Innue, elle.

— Hééééééé, non! me répond-elle en haussant les sourcils. Je lui aurais demandé si elle avait la peste bubonique qu’elle n’aurait pas protesté autrement.

Ainsi pour couronner ce voyage au Nitassinan, nous avons eu droit à une authentique leçon de racisme.

* * *

 26 mai

 J’écris de ma maison. Tourneront encore longtemps dans ma tête l’indescriptible majesté de la Basse-Côte-Nord, le si charmant aubergiste de Natashquan, les passionnantes conversations ponctuées de fous rires et de toutes sortes d’émotions partagées avec ma compagne de voyage, la saveur du crabe frais et du poisson fumé, et ce thé dans la toundra en compagnie des mots de la grande poétesse dont Chloé Sainte-Marie a chanté la poésie. Mais surtout, vous vous en doutez, ce qui me reste le plus en mémoire, ce sont les visages des jeunes Innus, leurs sourires et leurs beaux yeux noirs. Leur soif de rêver, mais aussi la douloureuse ignorance dans laquelle les maintient un système que je ne peux que qualifier d’apartheid, la façon dont les communautés blanches se détournent d’eux avec mépris, entretenant préjugés et fausses vérités comme on cultive les superstitions sur les chats noirs et les échelles.

Vous comprenez maintenant, sans doute, pourquoi j’ai pensé à Mathieu Mestenapeu sur le chemin du retour. C’est ça, l’histoire de la cohabitation entre les Blancs et les Innus sur la Côte-Nord, cette cohabitation dont les guides touristiques vantent pourtant la grande harmonie. Oui, il y a des amitiés entre des membres des deux communautés.  Oui, il y a des choses positives qui s’amorcent. Mais ce qui nous a sauté aux yeux, surtout, c’est un clivage social cruel, d’autant plus cruel qu’il semble admis comme naturel: chacun à sa place, n’est-ce pas?

Je ferai d’autres voyages en pays autochtone. C’est inévitable. Plus j’avance dans ma rencontre avec les Premiers Peuples, plus je sais que mon chemin est irrémédiablement lié au leur.  Mon chemin. Meshkenu.

Iame, nuitsheuan. Aurevoir, ami.

P.S.

J’allais oublier. J’ai eu des nouvelles de Naomi, la petite gardienne de l’auberge. Elle veut aller à l’université.

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

3 thoughts on “Cartes postales de l’envers

  1. Votre travail change, petit à petit, en collaboration avec d’autres passionnés, l’avenir de d’autres gens qui changeront à leur tour l’avenir d’autres gens. Et c’est toute une raison d’espérer.

    Bravo de nous éduquer nous aussi.

  2. Marie Christine Bernard

    Je crois vraiment qu’on peut changer le monde, une personne à la fois. 🙂

  3. Caroline

    Super intéressant, bravo! Nous y allons cet été en famille, très de découvrir ce coin de pays et ces gens qui y habitent.

Pas de commentaires, merci.