La radiographie d’une génération, vraiment?

La radiographie d’une génération de Katia Gagnon ce matin dans La Presse peut-elle vraiment être utilisée par un médecin ou le technicien devrait la reprendre pour avoir un diagnostic probant? Est-ce un portrait véritable de cette génération que les médias caricaturent, ces 18-24 ans incompréhensibles?

Avec son échantillon de 500 personnes, l’absence de marge d’erreur due à la consultation via Internet et le flou qui entoure les indécis et leur répartition, je me suis mis à douter de la crédibilité du sondage de CROP pour La Presse avant même d’en connaître la conclusion. Conclusion étant finalement selon ce qu’on en comprend : les jeunes ne veulent pas du tout de la souveraineté et sont de droite.

La taille de l’échantillon d’un sondage et la méthodologie utilisée sont deux indicateurs très importants pour savoir quelle importance on doit y donner. 500 personnes, est-ce assez pour décrire une génération d’environ un million de personnes (source ISQ)? Quelle est la répartition de ces 500 jeunes à travers les différentes régions du Québec? Toutes des informations importantes pour juger de la crédibilité d’un sondage.

Même les conclusions de ce dernier sondage, dont la crédibilité reste toujours à prouver, sont douteuses puisque sorties de leur contexte. D’abord, est-ce complètement vrai que les jeunes soient très majoritairement opposés à la souveraineté? Selon le texte, oui. 31% seraient en faveur de l’option souverainiste et 69% contre. Parmi ces réponses, où sont les indécis? CROP laisse croire que la réponse des jeunes est toute noire ou toute blanche en ne donnant pas le résultat avant la répartition des indécis, même dans les données détaillées du sondage en parallèle de l’article. J’aurais aussi aimé que Katia Gagnon m’explique comment est-ce possible que, malgré le faible appui du Oui, 44% des jeunes trouvent que l’indépendance du Québec est « un projet réaliste » et 42% estime qu’il « suscite l’enthousiasme ». Ce plus de 10% qui jugent réaliste et enthousiaste la souveraineté mais qui voteraient non, ils ne changeraient pas d’idée à l’aube d’un vote référendaire? Je ne fais que soulever la question.

Autre chose qui n’est pas dite dans ce dossier: les plus vieux des jeunes sondés avaient 5 ans lors du deuxième référendum. Presque tous les 18-24 ans n’étaient pas nés à Meech. Si un référendum sur l’indépendance avait lieu, ainsi qu’une campagne préalable, le résultat serait-il différent? Certains diront: « Peut-être, mais ils sont au courant de ces évènements ». Non, ou très peu. Dans le texte on lit d’ailleurs: « Autre constatation : les jeunes connaissent mal l’histoire du Québec. Seulement 4% d’entre eux ont été capables de classer en ordre chronologique six événements majeurs de l’histoire des 50 dernières années, soit la crise d’Octobre, le premier gouvernement du PQ, la proclamation de la Charte des droits et libertés du Canada, l’accord du lac Meech, le référendum de Charlottetown et le second référendum sur l’avenir du Québec. » Et ça, ça reflète vraiment ce que je vois et entends parmi les concitoyens de ma génération.

Cette génération est d’ailleurs classée en quatre grandes catégories par l’article, dont trois sont de droite et majoritairement fédéralistes (les individualistes, les néo-trads et le nouveau Québec Inc.). L’autre catégorie, les souverainistes-progressistes, est la moins importante selon ce sondage. Cela peut effectivement être un portrait réaliste, sauf dans les proportions qu’on peut questionner pour les mêmes raisons que le reste du sondage. On aurait dû toutefois rapporter dans ce texte la volatilité de l’électorat dans chacun des archétypes de jeunes. À vue de nez, on peut croire que les individualistes et les néo-trads le sont plus, vu qu’ils sont en phase avec les derniers résultats électoraux et la tendance à droite de la décennie, mais on n’a pas de réponse officielle, encore une fois.

Bref, est-ce que ce sondage valait vraiment la peine d’être effectué et diffusé? Je vous laisse y répondre, mais je doute vraiment de la crédibilité de cet exercice et de la pertinence des données qui en découlent. On peut espérer que le sondage pour dresser le portrait des 125 circonscriptions soit plus patent. À lire (avec un esprit critique) dans La Presse de demain.

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