L’Insulaire et le Naufragé – Théâtre du Faux Coffre

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Un auteur, à un moment donné, n’a pas eu le choix d’accepter l’Autre. Peut-être que c’est l’amour, ou la cruelle nécessité de gagner sa vie. Ultimement, il faut la parentalité pour les plus reclus. Tous sont comme ça. Certains aiment leur prochain plus que d’autres. Ils l’observent de plus ou moins près. Puis ils en viennent à la conclusion que dans l’occlusion, dans l’exclusion du reste de la masse, ils en savent plus long.

L’insulaire vit heureux dans la similitude des jours, sur son île de trois mètres de diamètre. Sa cosmogonie, rien n’est venu la contredire ou la compliquer. Chaque jour une pomme échoue sur la rive pour le mener au lendemain. Au bout de l’eau à perte de vue, c’est tout simplement la fin du monde. Confort de la certitude et de la solitude. Son nombril et son langage sophistiqué, jusque là inutiles, n’ont pas attiré son attention sur le mystère de ses origines.

Horreur, angoisse et anxiété. Un marin barbu, photographe échoué d’un navire chargé de Savoir, aboutit une nuit, à contre-courant à quelques pas de lui. Il vient bouleverser l’équilibre. Mais l’Insulaire est-il vraiment surpris? Feint-il l’ignorance quand ce Naufragé hirsute lui expose longuement la vastitude de l’univers, toute son insignifiance d’être vivant? Ou est-ce plutôt son jeu que l’on joue sous les projecteurs? Le jeu du Diable. Ou, au théâtre, celui de l’auteur.

L’écriture de Giguère, mise dans sa propre bouche de Robinson et dans celle de son vis-a-vis Éric Laprise, réussit à fusionner une passionnante leçon de physique et d’astronomie, un peu longuette il est vrai, avec la vision de l’Enfer de Dante. Au bout du parcours, le public s’instruit, s’amuse, et s’étonne. Il reste fasciné par le mystère de ce lieu, à la fois symbolique et cruellement concret; une île finalement envahie par le monde. L’insulaire s’est ouvert devant nous, sa curiosité nous a touchés. Mais voilà qu’il raconte, avec la sensualité de celui qui y était, la naissance du monde.

Or le Savoir est pétrifié devant cette sensualité. L’écriture a transgressé la performance. Le diable, repu de sa suprématie, s’en retourne se coucher.

Pour une première fois, Le Théâtre du Faux-coffre sort du principe de la série pour, en quelque sorte, oser le théâtre. C’est à dire créer des personnages uniques, offrant seulement, mais c’est déjà beaucoup, un support à un propos d’auteur. À travers l’efficacité des clowns noirs ou la truculence des habitants de Sainte-Catherine-de-Riccie, la troupe s’est créé un public fidèle. Avec L’insulaire et le Naufragé, elle se permet une brèche dans l’universel qui, on peut l’espérer, la mènera bien au-delà du Parc.

Sur ces quelques vacheries mais avec de multiples bons mots, je vous souhaite à tous une excellente journée.

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