Ici Radio-Nulle Part

Eh bien, ça s’en vient. Quoi? L’éternité? …

Non. Le grand silence. Silence radio, je veux dire. Dans toutes les régions francophones du pays (je parle du Canada, là, ad mari usque ad mare), Ici Musique éteint ses antennes locales. Partout, les auditeurs qui préfèrent la radio musicale à la radio parlante seront réduits au silence. Pas qu’ils parlaient dans leur radio, comprenons-nous. Mais l’on y parlait d’eux. De ce qui se passait chez eux. De qui venait leur rendre visite, de qui parmi les leurs faisait des choses, dans tous les domaines culturels. Je suis passée il y a deux ans, en tournée d’auteur, à Calgary, à Winnipeg et à St.Catherines, Ontario: à chaque endroit j’ai donné une entrevue à quelqu’un de la Société d’état, en tant que compatriote francophone qui venait sur place rencontrer les amateurs de culture. Je sais maintenant que si j’ai le privilège de retourner visiter ces endroits, je n’aurai probablement plus celui de m’adresser aux gens par le biais de ce canal de moins en moins proche de sa vocation d’organe d’état.  Voilà pour le public, qui prendra, comme d’habitude, son amère pilule, et devra se résigner à vivre dans des régions plus éloignées que jamais, où l’on entend les nouvelles sur le trafic de Montréal même si l’on vit à 1000 km de là. On se rabattra alors sur les radios privées pour entendre parler de chez soi? Mais de quelle culture nous entretiendra-t-on? Comment apprendrons-nous que tel artiste, tel auteur, tel peintre trafiquant hors des sentiers commerciaux se produit quelque part ou offre un nouvel opus? C’est comme ça qu’on étrique une intelligence collective, et pas autrement.

Et puis… Et puis il y a tous ces gens de radio, professionnels et expérimentés, qui se sont vu montrer la porte des studios. Partout, partout au pays. Nombreuses pertes d’expertise et d’esprits bien meublés. On les a tassés pour faire des économies de bouts de chandelles. Ici aussi, on n’y a pas échappé: on nous a amputé comme ça de professionnels chevronnés et soucieux de leur public, dont le travail donnait une antenne privilégiée à la culture d’ici. Je pense entre autres à Paule Therrien qui fait, ces temps-ci, ses derniers pas d’animatrice à ICI Musique. Elle n’est pas la seule, mais elle je l’aime particulièrement. Parce que c’est mon amie.

C’est comme ça que je l’ai connue, animatrice. J’étais invitée à son Beau temps Mauvais temps du samedi matin (amputé depuis) pour parler de mon premier roman. On est tombées en amour. Ensuite j’ai chroniqué quelque temps avec la belle gang de rigolos brillants de cette émission. Plus ça allait, plus on s’aimait. J’ai beaucoup appris aux côtés de cette journaliste de formation, vive, professionnelle, spirituelle, intervieweuse parfaite, à la fois discrète et présente, et qui a toujours su mettre à l’aise n’importe quel invité. Puis les Grands Manitous de CBC ont coupé les chroniqueurs. Paule a eu le goût de relever de nouveaux défis et s’est tournée vers le flambant neuf Espace musique. De mon côté, remâchant ma peine d’amour de radio, je l’ai écoutée le matin parler de musique, une musique de moins en moins choisie par elle comme c’était le cas pour toutes les antennes régionales, et de plus en plus envoyée par une espèce de random ITunes géant situé à Montréal. Je sais qu’elle a toujours insisté pour caser, à travers ce magma métropolitain, le plus d’artistes régionaux ou originaux qu’elle pouvait. Toujours à l’affût, toujours aux premières loges, inlassablement elle a assisté à tous les événements culturels, ne comptant pas ses heures, pour pouvoir nous entretenir, le matin venu, de la vie culturelle de chez nous.

Et puis voilà. Ça achève. Comme dans toutes les régions de toute la francophonie canadienne, nous n’aurons plus le privilège d’entendre une voix intelligente, informée, cultivée, etc., nous parler de ce qui se passe chez nous à l’antenne musicale de la Société d’état.

Rassurez-vous. La belle voix de Paule ne disparaîtra pas complètement de vos oreilles. On l’entendra encore, même si elle n’aura plus, en tout cas pour un temps, son émission à elle.

Et puis, moi, j’ai un grand privilège. C’est mon amie. En plus de l’entendre de vive voix, je peux la voir et la serrer dans mes bras, cette femme formidable. Et ça, personne ne va jamais m’enlever ça.

Commentaires

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2 thoughts on “Ici Radio-Nulle Part

  1. Oh quel dommage… Une perte très grande comme tu dis. Et on n’en a pas du tout entendu parler dans les médias de cette décision de Radio-Canada…

  2. Brooks MICHEL

    VOUS NOUS MANQUEZ

Pas de commentaires, merci.