Oh! Ça sent la moutarde

Je ne me ferai pas d’ami.e.s dans mon village aujourd’hui. Mais ça ne me fait pas grand peine, car je n’ai sans doute rien en commun avec les 63 personnes qui ont déposé une pétition hier soir au conseil municipal de Sainte-Rose-du-Nord contre le Fabuleux Festival International du Folk Sale.

Ça m’a fait sourire en ouvrant mon Quotidien ce matin, de lire l’article de Roger Blackburn intitulé Des citoyens ont la moutarde au nez. Dans l’article, on peut lire notamment, que Mme Francine Larouche a déposé cette pétition, fière d’avoir obtenu l’appui de la moitié de la population. Ben oui. Chez nous, 63 personnes, c’est la moitié de la population qui vit au coeur du village.

Le nombre devrait être suffisant pour sonner une cloche à toute personne dotée d’un minimum de sens critique quant à l’absurdité de la situation. L’article ne mentionne pas, entre autres, que Mme Larouche est la présidente du Club de l’Amitié, le club de personnes âgées… sans tomber dans l’âgisme, une population reconnue comme étant plutôt réticente au changement et récalcitrante face à toute activité quelque peu mouvementée et/ou bruyante. Il y a, dans mon village, quelque chose de malsain qui empêche toute initiative de développement, de projets, de nouveauté. Comme un genre de psycho-rigidité, une frustration ambiante contre le changement, une amertume digne des pires clichés du « Québec profond ». C’est un syndrome bien difficile à définir, et je vous avoue qu’après trois ans de vie de village bientôt quatre, je commence à peine à saisir ce que je crois pouvoir qualifier de psychose collective. Et peu importe ce qu’est ce phénomène innommable, nous en avons ce matin une démonstration flamboyante.

Je ne dirai pas non plus que ces personnes ont entièrement tort. C’est vrai qu’il y a, pendant trois jours, 2500 personnes de plus que d’habitude dans le village. C’est vrai, qu’il y a de la musique, du bruit, des spectacles jusqu’à pas d’heure, du feu puis des pétards – on a quand-même, parmi notre micro-population, le meilleur pyrotechnicien de la région, Jean Angers. C’est vrai aussi qu’il y a quelques débordements… si on s’entend sur une définition de débordement. Car, comme dans tout événement où l’alcool coule à flots, il y a toujours quelques personnes qui ne savent pas se contrôler. Mais ces personnes, elle sont partout. À Sainte-Rose-du-Nord comme aux Francofolies. De mort, d’incendie, de tragédie, il n’y a pas eu.

Il y a, je pense, quelques éléments à mettre en perspective dans cette situation. Perspective que le journaliste du Quotidien n’a pu entrevoir de sa position extérieure au village – surtout en cette période où la nouvelle se fait rare. De la p’tite chicane de village, voilà ce dont il s’agit. Car, voyez-vous, le gros problème est que les 63 personnes qui ont signé cette pétition n’ont qu’une chose à coeur : la quiétude et la tranquillité de leur petit village niché au creux des montagnes. Ils en ont contre les événements « bruyants et festifs », tout comme certains propriétaires refusent de louer à des familles, parce que les enfants c’est bruyant. C’est une somme inquiétante d’esprits obtus, de préjugés tenaces et de mentalité arriérée. Et je pèse mes mots, parce que je pense bien pire.

Je ne suis pas contre la tranquillité. Pour preuve, cette année, puisque je suis enceinte jusqu’aux oreilles, je n’étais pas d’humeur à me promener la bedaine dans une foule agitée et ennivrée. Solution : trois jours en camping à l’extérieur, en toute quiétude. Je me suis reposée, la bedaine au soleil et les pieds dans l’eau, tout le temps qu’a duré le festival. Quand je suis revenue, le lundi suivant, devinez ce que j’ai retrouvé : mon beau village, propre et tranquille. Si mes ami.e.s n’avaient pas tous perdu leur voix, je ne me serais même pas demandé s’il s’était passé quoi que ce soit pendant mon absence. Aucune trace de festival… à part le chialage monumental de mes chers concitoyens.

Je disais que je ne me ferais pas d’ami.e.s et me voici toute en nuances… ça achève.

La quiétude et la tranquillité ont ceci de bon : zéro stress, une belle petite vie au bord de l’eau, à proximité de la nature. Tellement tranquille, mon village, que les gîtes sont vides en plein mois de juillet. Tellement tranquille, mon village, que les restaurants et autres petits commerces peinent à survivre et meurent, les uns après les autres. Tellement tranquille, mon village, qu’il est en train de mourir en chialant.

Les seules doléances que je lis dans cette fameuse pétition sont des éléments qui s’améliorent assez simplement et qui, au final, sont loin d’être siiiiiii pires que ça. C’est facile de cracher sur des initiatives qui ne rejoignent pas nos valeurs et principes, mais il faut considérer ceci : ça dure trois jours. Trois journées de bruit, pour trois-cent-soixante-deux journées de quiétude par année. C’est un bon ratio, si on sait compter. Pour le reste, il y a des solutions bien simples : quitter le village pour trois jours de vacances – en plein été, ce ne sont pas les occasions qui manquent -, fermer ses volets et fenêtres ou mieux, baisser le volume de ses appareils auditifs.

Quoi qu’on en dise, et peu importe le niveau d’insatisfaction ambiant, le peu de commerçants locaux font leur mois de juin grâce à cet événement. Le camping, le petit marché, les restos du quai et les marchands improvisés ambulants ont tous fait un chiffre d’affaires exponentiel comparé à une fin de semaine ordinaire de juin. Aussi, il suffit de consulter le budget du festival pour voir que les montants impliqués pour faire travailler des gens du village sont suffisants pour parler de stimulation de l’économie locale, et même de création d’emplois. Économiquement, le village a besoin de ce type d’initiatives. Moralement, il y a un travail d’ouverture à faire.

Les gens qui viennent de l’extérieur – HOMA represent – sont pour la plupart des marginaux, qui s’habillent différement de monsieur le maire, si on peut dire. Mais force est de reconnaître l’immense qualité de cette foule respectueuse de l’environnement et de gens. Vous avez déjà vu ça, vous autres, un lendemain de festival propre? Pas de bouteilles pétées, pas de botches de cigarette et de déchets partout, pas de grafitis, aucun vandalisme? Sérieux, on est à mille lieues du lac de pisse du Rockfest.

Si le cannibalisme villageois poursuit son carnage, ça ne prendra pas dix ans avant que nos maisons ne valent plus rien et qu’on mette la clé dans la porte du village. Il faudra que certaines personnes revoient leur seuil de tolérance et d’ouverture, parce que des « étranges » (on nous appelle ainsi, les étrangers, ceux qui viennent d’ailleurs) il y en aura de plus en plus. Ce sont eux qui porteront les initiatives qui garderont le village vivant. Ils paient des taxes comme tout le monde. Et pour votre information, les jeunes ne sont pas intéressés par les partys pyjama qui finissent à 19 heures et les tournois de poche.

 

 

Commentaires

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21 thoughts on “Oh! Ça sent la moutarde

  1. Des vieux qui chialent…quelle surprise !

  2. Christian Bélanger, Ph.D

    C‘est aussi cela les accomodements raisonnables je crois, être capable de concilier quiétude du village et son développement … Demandons aux commerçants du village s‘ils aiment ce festival qui constitue unstimulant économique intéressant pour la survie du village 🙂

  3. micheline

    je laisserais bien un commentaire mais je me doit d’être neutre sur se que je pense de Mme Larouche et du festival folk ,mais moi malgré que sa ma rien apporté en clients est- ce que je dois faire arrêter se festival, non, encore mieux le structurer ,oui,et des chialeurs il y en aura toujours.Et des étranges je connais puisque j’en fait partie et comme je suis encore plus étrange que vous les québécois cette personne et d’autres du même genre m’ont bien descendue,se qui fait que je parle polie mais sans plus.

  4. Sion

    très beau texte félicitation 🙂

  5. Marie-Ruth-Esther

    Premièrement, cette Micheline devrait prendre la peine de vérifier son français avant publication. Il faut avoir un SÉRIEUX PROBLÈME pour écrire de telles sottises.
    Deuxièmement, Mme Couture, ce n’est pas parce que l’on a atteint un certain âge qu’on est des personnes arriérées, on peut l’être à tout âge.
    Je demeure à l’extérieur et je vais régulièrement faire un tour à Sainte-Rose….déception…un si BEAU VILLAGE qui se détériore peu à peu. Nous avions comme projet d’acheter une maison à cet endroit MAIS cela devient TRÈS INQUIÉTANT….alors ce projet est remis à plus tard.
    S.V.P. Monsieur le Maire régler cette situation car je crois que Sainte-Rose ne sera plus sur la carte avant longtemps.
    M. le Maire, j’ai pu constaté pendant ce festival, l’an dernier que cela ne représentait pas vraiment l’image de la population. J’ai quitter le restaurant car il y avait de la boue partout et même dans les rues.
    Chose certaine, ma famille vient de Montréal et ses environs. Je ne les ferai sûrement pas visiter votre village cette année. Alors désolé M. le Maire mais je ne peux faire aucune publicité de Sainte-Rose présentement.

    1. Marielle Couture

      « Cette Micheline », c’est la femme de monsieur le maire, résidente et restauratrice dans le village. Son opinion me semble pertinente ici. Aussi, quand il pleut pendant trois jours, il est normal de voir de la boue partout, même dans les rues. Pas besoin d’un festival pour ça… Pour le reste, je me demande ce qui vous inquiète tant dans notre village… les festivaliers qui viennent de Montréal?

    2. Natalia

      Chère Madame, la moindre des choses lorsqu’on critique la qualité du français d’une autre personne, serait de ne pas faire de fautes soi-même….

  6. j aime bien l article mais de traiter le rockfest de lac de pisse qui eu des problemes de logistiques l année passé mais j y etait cette année et rien a redire 200 000 personnes et que cela se passe bien de meme je trouve ici que vous jouez les memes préjugés que vos 63 signataires faire valoir votre point ok mais denigrer d autre festival non un peu dessus par cette prise de position a la fin de cette article de plus plusieurs personnes font les 2 festivals

    1. Marielle Couture

      Il n’est pas question de dénigrer un autre festival. Il est pourtant indéniable que lors d’une précédente édition du Rockfest, les médias ont parlé d’un « lac de pisse ». Si c’est réglé, tant mieux, c’est tout-à-fait en leur honneur. Mais cela a existé et je n’y suis pour rien. Si en parler ravive de mauvais souvenirs… bien je m’excuse. Mais ne me rétracterai pas.

      1. je donnais seulement mon opinion et si le folk sale continu j irai surrement y faire un tour et tres bon article en générale de plus j ai plusieurs amis(es) qui y vont et qui y tiennent en esperant que cet evenement ne tombe pas a l eau.

        1. Marielle Couture

          Au plaisir de s’y croiser l’an prochain!

  7. Pendant le festival, sur le quai, mon amie a offert une fleur à une vieille dame qui passait. Elle nous a remercié de l’accueillir, alors que c’est elle qui était dans son village et nous les visiteurs.
    Remercier la population est la meilleure réponse à envoyer aux signataires de cette pétition.

  8. Je suis allé au Festival cette année. Il y aurait moyen de faire des améliorations intéressantes pour ménager un peu la population. Je sais que c’est seulement une fin de semaine. Mais je les comprends un peu. C’est pas si grave de pas pouvoir dormir pendant une nuit, mais pendant trois, c’est autre chose, même si on dort bien pendant les 362 autres.

    Il est possible de changer les choses sans vraiment faire chier le festival. Par exemple, s’arranger pour que les shows commencent et terminent à l’heure, ça permettrait aux habitant-e-s de pouvoir profiter d’un peu de silence entre 2h et 7h. Mettre le show des gros groupes un peu plus tôt, et les derniers shows sous le chapiteau (moins bruyant et plus convivial) aussi, serait peut-être une bonne idée, malgré tous les inconvénients que ça pourrait présenter. Notons aussi que c’était clairement pas une bonne idée de faire des feux d’artifice si tard dans la nuit. La prochaine fois, mettez-les vers 22h30, et la population locale pourra en profiter aussi, autrement que les yeux pochés, en pyjama à travers de la fenêtre de la chambre.

  9. Karina Rousseau

    J’aimerais dire que je suis une citoyenne de Ste-Rose-du-Nord
    et qu’avant tout je suis une personne qui a un respect profond dans l’être humain en général, qu’il soit jeune ou vieux, gens normaux ou gens marginaux. Avoir a coeur son village, c’est aussi respecter les gens dans leur différence d’opinion et de choix. Je trouve malheureusement que votre pensée manque de respect envers nous les Roserains. Vous le dites vous mêmes, vous n’étiez pas présente durant ce week end. Donc, vous ne savez pas ce que les gens ont vécu comme décibel etc…Respecter les gens, c’est les aimer dans leur différence, même les gens dit normaux comme nous. Ce que je souhaite pour la prochaine année, c’est une gestion des heures de début et de fin de la musique et des feux d’artifices pour éviter un tel débordement. En espérant pour vous Madame, que votre opinion ne portera pas atteinte à ce festival et qu’il puisse se poursuivre en collaboration avec la population.

    1. Marielle Couture

      Je comprends tout-à-fait le sens de votre commentaire, et je salue votre grande ouverture d’esprit. Malheureusement, toute la population n’est pas dans une telle attitude d’ouverture et de respect, et mon texte exprime une colère et une déception par rapport à l’attitude générale des gens envers des idées, des projets et surtout, une division profonde au sein d’une si petite communauté. « Étranges » et « normaux »… ça veut dire quoi? Jeune et vieux, on s’entend, on ne parle pas vraiment d’âge, mais d’une attitude fermée et rétrograde qui peut survenir à tout âge. Ma pensée ne voulait surtout pas manquer de respect envers « vous les Roserains », car voyez-vous, moi j’ai l’impression d’être une citoyenne de Sainte-Rose-du-Nord. J’ai acheté une maison ici, j’élève mes enfants ici, je consomme ici et je paie mes taxes ici. Alors cette étiquette d’étrange, je la refuse. Pour le reste, c’est vrai que je n’y étais pas cette année, mais les deux années précédentes oui. Je ne parle pas à travers mon chapeau. Pour finir, ce que je trouve ridicule, c’est que tout ça se retrouve dans nos journaux locaux, comme s’il s’agissait d’une nouvelle. De mon côté, j’avais besoin d’apporter un complément d’information à l’article paru ce matin dans le Quotidien. En espérant pour vous – et pour nous tous – que votre ouverture soit contagieuse, et qu’un jour nous soyons tous des Roserains.

  10. Devrait-on donc parler du festival du folk …propre?

  11. Bibi

    Ce festival nous permet de découvrir ce merveilleux coin de pays et nous donnes le gout d’y retourner durant l’été pour sa quiétude et son paysage qui nous permet de nous ressourcer. Si le fabuleux festival du folk sale n’existait pas, je n’aurais jamais su non plus l’existence de ce magnifique village qu’est Sainte-Rose du Nord. Ca donne le gout d’y refaire une petite escapade de quelques jours et pour certains de s’y installer même. Mais avec une mentalité fermé comme ça, c’est un pensez y a deux fois. C’est bien dommage que malgré tout le respect que les gens ont portés, l’idée de ne PAS refaire un autre édition est envasiger. Je n’ai jamais vu un festival où les gens ont autant de respect pour la nature que pour les habitants et ce n’est pas prêt de changer les années futures (s’il y a bien sûr). Ceci est la preuve que les gens qui s’y trouvent sont très reconnaissant. Je vous remercie grandement de nous prêter de vos terres pour 4 jours pour laisser place a ce merveilleux festival. En espérant que ceci puisse vous faire changer d’idée à ce sujet.

  12. François Drolet

    Cela me rappelle un projet de fou, mais quel magnifique projet, à l’Anse st-Jean.

  13. pour ma part les locals que j’ai rencontré m’apparaissaient heureux de voir cette belle jeunesse dans toute sa différence et ce des plus jeunes aux plus conservateurs. Je remarquais dans leurs regard et leurs propos une petite flamme et un respect pour l’événement. les festivaliers eux se sont montrés incroyablement respectueux. pour moi l’ambiance étais impeccable. Certains d’eux qui on participer a la fête se sont même laisser porter par la foule pour un moment interminable, ça ma fait chaud au cœur de voir cette divergence valser dans la diversité culturelle. merci chers roserains pour votre amour et ouverture d’esprit.

  14. je site une amie:Tu vois, c’est étrange, à Ste-Tite, eux, ils sont super contents d’avoir leur festival car ils savent que ça a des retombées économiques importantes pour la ville. Espérons que les opposants de Ste-Rose vont se réveiller. Longue vie au festival du folk sale!

  15. Ma mère est tombé par hazard sur le vieux folk sale cet été lors d’une ballade en moto. Elle a adoré le village et de voir tous ces « beaux jeunes » transpirer la bonne humeur. Elle y a fait escale pour y manger avec eux au petit restaurant plutôt que de continuer son chemin comme prévu. Son impression du village, vivant, lui a donné un petit goût de revenez-y. De Sainte-Rose-du-nord, elle en dit du bien autour d’elle (même si elle n’est pas du publique cible du folk sale). J’dis ça juste de même…

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