« De père en pute de fille. » (partie 1)

Mon père est un salop.

Il aura passé la majeure partie de sa vie à abuser d’un grand nombre de personnes

(sexuellement et psychologiquement*) .

Moi, sa fille, aurait voulu qu’il soit un père, un ange.

J’ai ressenti derrière ses coups, sa douleur.

Lorsqu’il me frappait par ses mots, j’entendais son mal, ses pleurs.

Je n’ai jamais compris pour autant son choix d’user du langage de la sorte.
Il y a tant de façon de s’exprimer, pourquoi vouloir blesser?

On exigeait de moi que je sois une bonne fille.

De tout mon coeur.

Toujours.

J’ai toujours tenté de donner le meilleur de moi.

Tenté de recevoir et d’être digne de recevoir l’amour de celui qui l’exigeait.

Je ne l’ai jamais reçu.

Je n’ai jamais été, en ce sens, une bonne fille.

Il me traitait de « pute ».
Une connotation s’est formé en mon esprit de celle qui n’a pas de valeur et que l’on jete.

Malgré mon coeur que je sais bon,
en ses mots et en moi,
je suis demeurée une « pute ».

Je voulais être un ange.
J’ai tenté de tout faire pour l’être,
on ne me l’a jamais accordé.


Vouloir aimer l’autre
et être aimée de l’autre.
Vouloir bien faire.
Ne pas en être capable.
Vouloir toucher, ne ressentir que le vide et l’absence, voir les murs se dresser.
Vouloir être en paix,
ne vivre que le tourment.

Qu’il soit justifié ou non, le doute de la justesse de ce que nous sommes a de quoi étouffer le plus vaillant des coeurs.

Quelques soient les raisons cette incapacité peut tuer la force d’une psyché.
L’esprit se noie dans les possibles sans être pour autant apte à trouver lasolution.

Toute jeune (à peine 5 ans) un ami qui vivait sur ma rue me harassait, constamment.

Je revenais dans ces moments toujours en pleurs à la maison, terrassée.

Un jour,
une amie de la famille,
à ce moment adolescente,
s’est dressée devant moi, tout en haut de l’escalier,
et m’a bloquée,
Elle m’a dit d’une voix ferme : « Tu y retournes et tu y sacres une volée! ».

Elle était jeune, et de petite taille,
elle était gratifiée de la sympathie apportée par la proximité des corps, de nos réalités.
Elle me fascinait.
Je lui ai obéi,
y suis retournée
et ai sacré à ce garçon une « fichue de volée ».

Grâce à elle, j’avais compris que je pouvais ne pas me laisser faire.
Je ne suis plus jamais revenue à la maison en pleurs.
J’étais devenue une petite terreur,
nul besoin de frapper,
mes poings posés sur mes hanches
et mes sourcils dont le sang rougissait les arcades,
en disaient suffisament long sur la véracité de ma détermination.

Ce que j’ignorais…

c’était que cette amie, peu de temps avant qu’elle ne me bloque dans cet escalier,
venait d’être abusée…
par mon père.

Je l’ai appris il n’y a de cela que trois années.

Je ne peux mesurer l’ampleur de ce qu’elle a vécu et m’a offert à ce moment.
par cet ordre lancé sans équivoque…
Je le savais grand…
mais jamais à ce point.

Ma voix s’est élevée depuis plus d’une fois.
Plus fortement.
Par responsabilité, par redevance,
par connaissance et par sympathie.

Pour elle.

Au point d’avoir dû parfois m’isoler,
au point d’assumer de perdre contact avec amis, famille, père et mère.
Au point d’assumer de perdre d’une manière l’amitié de ceux qui n’ont pas jugé juste de parler
(de dire ce qu’ils savaient).
Au point d’assumer de perdre d’une manière l’amitié de ceux qui ont jugé juste de ne pas agir

(de se mouiller).

Par cet héritage,
et par ce qu’il m’a été donné de vivre, voir, observer, entendre…
pour cette femme,
pour ces autres femmes,
pour ces hommes,
pour ces enfants,
pour moi,
pour ma fille…
et parce que crois qu’il est juste de le faire,
même si je suis maladroite dans ma façon de le faire,
mais lorsqu’il est question d’abus,
peu importe lequel,
lorsqu’il est question de douleur,
peu importe laquelle…

(Je m’en excuse. )

jamais je ne me tairai
(ne tairai ce que je sais),
jamais je ne passerai mon chemin
(ne fermerai les yeux sur ce que je vois ou ai vu)
Par ma voix et mon être…

(J’en suis triste autant que je l’assume.)

jamais je n’hésiterai, n’ignorerai la nécessité de me tenir debout et de dire « Stop. »
Et souhaiter que nous serons toujours plus nombreux à le faire,

car nous avons tous en nous une bonne raison de le faire.

 

Pour lire la suite, cliquez ici : « De père en pute de fille. » (partie 2)

 

(*J’ai eu la chance de ne pas avoir été abusée sexuellement par mon père.  Sa violence est restée psychologique.  Sans doute parce que son goût était plus porté vers les jeunes hommesque les jeunes femmes… et qu’à l’époque où mon âge correspondait à sa période favorite (adolescence)  j’étais en relation avec un garçon dont le caractère et le physique avait de quoi calmer les ardeurs de mon père.

 

Commentaires

commentaires

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10 thoughts on “« De père en pute de fille. » (partie 1)

  1. Robert Gagnon

    Bravo d’avoir eu le courage de te tenir debout et surtout d’avoir osez l’écrire

    1. Karine Turcot

      Merci à vous! Je fais ce que je peux. : )

  2. stéphane laporte ville de Québec

    Wow Merci pour tout ça.

    1. Karine Turcot

      Merci! : ))

  3. Pourquoi s’excuser d’avoir le courage de dire ce que exclusivement des cons, ne veulent pas entendre. Super au contraire lâches pas ça.certains ont besoin de toi au contraire

    1. Karine Turcot

      Parfois il est difficile de porter le fardeau de déranger les autres. Ils ne sont pas toujours prêts à être dérangés… à être brusqués par une réflexion qui est lourde à porter. Ça fait mal de réaliser des choses parfois. Je m’excuse de susciter cette douleur, de déranger. Même si oui, je juge qu’il est bon de le faire. Mais me tourmente toujours beaucoup afin de savoir quels sont les bons mots, la bonne manière de le faire. Afin de me faire entendre et de ne pas blesser inutilement.

      Il n’est pas relié à la connerie de fait de ne pas être prêts à entendre certaines choses… (même si parfois je le pense quand je rage : ))) C’est parfois comme dit plus haut et comme vous le mentionnez, difficile d’avoir le courage de le faire et nous n’avons pas tous le même rythme, nous ne sommes pas tous rendus au même point au même moment… Et il est difficile de savoir à quel moment les autres sont prêts à recevoir ce que l’on souhaite dire, presque impossible en quelque sorte… ça aussi c’est difficile à accepter.

  4. Patricia

    Bravo et continuons tous ensemble le combat de toutes les violences.

    1. Karine Turcot

      Il le faut! Merci à vous!

  5. Jenny Florence

    Dans toute cette terreur, c’est magnifique !

    1. Karine Turcot

      Merci! : )

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