« De père en pute de fille. » (Partie 3 – FIN )


 

Pour lire la première partie, cliquez ici : première partie de l’article « De père en pute de fille. »

Pour lire la deuxième partie, cliquez ici : deuxième partie de l’article « De père en pute de fille. »


 

 

Et moi qui parle…
et prône de parler, de dire, de se lever…
Comment puis-je être certaine de ce que je dis?

Vraiment… je n’en sais rien.

Le fait de parler… peut-il vraiment changer les choses?
Le fait de parler peut-il vraiment sauver l’autre de lui-même?
Le fait de parler peut-il vraiment me sauver de moi?

Que dire?
Quoi faire?
Et quand simplement ne rien faire.

Je n’en sais rien.

Mon obsession, qu’est-il juste de faire?

… et je n’en sais rien.

 

Avec les années, j’ai appris l’importance de m’ouvrir
car j’étais « forte »…
j’étais blindée de corps et d’esprit…
Rien n’entrait ni ne sortait…
ni don, ni réception,
je passais et venais sans laisser de marques,
sans être marquée.

J’ai appris à m’ouvrir,
à ouvrir ce qu’était ma cuirasse.
car je voulais aimer…
et être aimée.

Je voulais être touchée.

J’apprends toujours.

Avec les années, j’ai appris à ne pas distinguer de différence entre la douleur que porte le « bourreau » et celle de la « victime ».
Je fais de mon mieux pour le faire…
de ne pas condamner celui qui m’a fait du mal,
de ne surtout pas tomber dans la haine…
de voir l’ensemble du portrait,
mais ne réussi pas toujours. (fichtre non…)

Mais j’accorde à mon père et à ceux qui m’ont blessée, ce que j’ai reconnu d’eux à travers leurs mots et leurs actes,

je leurs accorde … leurs souffrances, leurs qualités et l’importance qu’ils ont eu dans ma vie …
mais je ne leurs accorde pas le droit à la violence…
pas le droit d’avoir agit ainsi envers moi. (ça non.)

Mais je crois que ceux qui détruisent
portent en eux beaucoup de douleurs

Je ne peux faire autrement que de la voir… elle me crève les yeux.

Cependant, parler à travers la violence
pour quiconque,
pour exprimer sa douleur n’est pas juste.
même si elle est accessible à tous,
même si elle est partout,
elle n’est pas juste.
Et il ne faut pas confondre… colère et violence.
il peut y avoir expression de colère sans volonté de détruire.

La violence est un pouvoir que nous pouvons tous exercer sur l’autre.

Elle peut être vue, ressentie, vécue…
comme une façon de toucher…
de faire réagir…
Ce qui peut être en soit réconfortant,
car on souhaite fondamentalement toucher les autres,
on se sent ainsi important, on existe…

mais d’avoir ce type de pouvoir sur un « objet  » ou sur l’autre,
surtout lorsque ce dernier touche notre coeur,
est une chose malsaine…

Certes, le contrôle est moins confrontant… moins … impliquant…

Mais…

La tenue du fouet ne peut faire en sorte de ressentir la richesse du souffle de la caresse.

La parole crachée repousse la tendresse du baiser.

 

Blesser, dénigrer, se couper ou contrôler l’autre, ne protège pas, n’apaise rien.
C’est un leurre.

Ces choix ne créent que distance.
Nous éloigne de nous,…
de notre douleur,
de ce que porte véritablement notre coeur…
Ils voilent le plus tendre de notre coeur…

le ferme…

nous éloigne de nous,…
et
éloigne l’autre de nous.

Parler par les armes
lorsqu’il est question du coeur est inutile.
Il faut au contraire,
les baisser et faire deuil du pouvoir que nous pouvons avoir sur l’autre,
(sauf sur celui qui fait que l’on peu exercer sur ce que nous portons en nous.)
être humble,
et ouvrir la poitrine,

timidement… largement…

laisser le coeur parler,
faire le saut,

et dévoiler notre honte,

trembler de tout notre âme… ,

espérer qu’une main se tende… ,

espérer que notre menton soit relevé…,

espérer voir dans nos larmes  un sourire se reflèter…

celui de l’autre.
Même si ce n’est pas gagné d’avance…

espérer que notre voix raisonne…

et devienne écho…

qu’une réponse survienne…

et non se perde dans le vide…

 

(Je déteste ressentir la douleur provoquée par le vide.)

Je parle de moi, de mon père, de cette amie de la famille…
de nos douleurs propres,
de douleurs reliées à l’intimité,…

Mais combien d’êtres sur cette planète ne se rejoignent pas
ainsi?
Combien de raisons « justes » y a-t’il de sortir les armes ou de se recroqueviller sur soi,
de souffrir ou de faire souffrir?
Combien de fois les citoyens fuient-ils devant ce qui devrait être LEURS responsabilité?
Dans les grandes guerres comme dans les petites,
derrière toute cette violence,

… il n’y a que des coeurs,
que de la souffrance,
que de la volonté de vivre,
d’être en paix et d’être aimés.

Le genre de ritournelle et d’espoir que nous portions en nous petits…
et que les enfants d’aujourd’hui portent encore à leur coeur… 
innocemment…
et dont la réalité est…si cruellement éloignée.
Quel désarroi dans lequel nous sommes inscrit…

Ici, nous courrons après ;
des écrans plats, des voitures de
l’année, des maisons dont la salle de bain peut accueillir plus que notre
derrière, des opérations pour refaire nos seins, …
Ailleurs ils courent après ;
des billets pour des parties de soccer,
des cours pour charmer les hommes, des opérations pour s’agrandir les jambes, …
Alors que d’autres courent ;
pour vivre, pour avoir le droit de respirer, de manger, de travailler… de survivre.

 

Fuir étourdis, s’envoler un instant sous un
prétexte,
ou un autre,
un instant oublier ce que l’on croit être attendu de nous.
Courir pour tenter
d’être bien.

d’être aimable.
d’être formidable.
d’être aimé.
de vivre et d’être vivant.

Socialement, nous ne reconnaissons difficilement l’humain qui est en face de nous…
nous ne voyons et pointons qu’hijab, robe trop échancrée, turban, kippa, …

La douleur associée à une forme et être prisonnier de
cette dernière.
Se mettre à haïr…
noirs, blancs, jaunes, rouges, … l’autre…
Car c’est d’ailleurs que vient la douleur.
De ces attributs que nous reconnaissont et pointons comme étant LE mal…
et non le possible changement que nous portons en nous et qui est de notre responsabilité.

Se cacher derrière le gouvernement, les compagnies, les journaux, radio et autres médias sociaux, …
« ceux qui décident », « ceux qui paient », « ceux qui communiquent »,…
pour ne pas décider pour soit,
pour ne pas avoir à payer le prix de nos décisions,
pour ne pas oser porter le poid de notre réflexion.

Il est difficile de penser librement.
Il est difficile de révéler notre pensée.
Il est difficile de baisser les armes et d’avouer sa peur, 

De la pointer et d’offrir sa douleur. 

Il est difficile de se relever et de s’exprimer,
sans bouclier,
sans citation,
sans se cacher derrière un grand nom,

De dire « Oui » ou « Non » avec conviction.

Il est difficile d’être.
et surtout, il est difficile d’être juste.
Il est difficile de vivre pour tout un chacun.
Socialement,
nous avons oublié bien des choses…

Nous avons oublié le contact de la terre.
qui est à une distance de la main d’un homme…
il ne s’agit que de se baisser pour la toucher.
Nous avons oublié l’odeur de l’animal et de la terre mouillée,
nous avons oublié comment nourrir,
comment prendre soins et nourrir,
comment tuer l’animal et couper le grain,
une autre personne se charge de tout celà pour nous.

 

Socialement,
nous avons oublié,
les notions d’appartenance, de protection, d’implication…
Nous nous sommes distancés.
À coup de publicités, de journaux,…
de télé-réalité, de média-sociaux,
il est prôné de craindre la différence,
d’être rêveur de paillettes,
de maquillage qui éteint la richesse de la texture de la peau et la couleur de son temps…
de ne pas ressentir,
mais de paraître populaire,
« hot » à coup de selfies et de ‘like’,
il est encouragé de craindre notre petitesse de simple humain ordinaire,
d’éteindre le plus tendre et vivant de ce que nous sommes à coup d’anti-dépresseurs

Finalement…

il est valorisé d’être comme tous,

de se fondre dans la masse,

d’être ordinaire.

 

Mais encore…
comment arrêter la roue?
Comment réapprendre?
Comment…

Comment enrayer les guerres sans fins…
Les multiples formes de destructions…

personnelles,

familiales,

nationales,

internationales?

Comment appaiser la douleur, la haine, la destruction portée par un être ou une nation?
Faire tomber l’appaisement obtenu par la trahison, le contrôle, la définition d’un être par les jeux de pouvoir?

Comment dire à aux politiciens qui sont pris et ont appris à être dans la structure politique,
de devenir de grands hommes… et de redevenir… avant tout… de simples citoyens du
monde, d’oublier leurs qualités (qui sont des défauts) qui ont fait d’eux leur réussite?
De ne plus être en guerre, ne plus penser territoire, ne plus penser intêrets, de ne plus penser nation.. mais universalité?

Comment dire aux hommes d’affaire de faire de l’argent autrement? De ne plus exploiter? De traîter la terre et les ressources avant tout avec plus d’égard et d’élégance?
Comment leurs faire comprendre les ravages qu’ils ont causés à la terre, à la forêt,
aux rivières et aux familles de ceux qu’ils ont licenciés par la fermeture d’une usine non rentable?

 

Plus « petit »…
Comment dire à un homme qui est à l’autre bout de la terre,
d’aimer ces autres qui ressemblent tant à celui qui a tué et violé sa famille?
Cet homme qui s’élève et éprouve tant de difficultés à ne pas laisser culminer sa haine dans
le souhait d’une guerre suivante… d’une guerre vengeresse, d’une forme de justice, d’un appaisement.
Comment dire à cet homme ouvre-toi et aime-les?

Comment dire à mon père que le viol qu’il a subit lorsqu’il était jeune n’était rien?
Qu’à onze ans, il pouvait passer facilement par dessus ça.
Sans aide, sans appui.
Dans la violence de sa propre famille.
Sans chance de se confier.
Cet enfant qui a trouvé adulte une consolation dans la prise de valium et le contrôle (de lui et de l’autre).
Comment dire à mon père, qui porte en lui cet enfant, ouvre-toi et aime-moi?

Je comprends ces douleurs…
mais refuse leur portée.

Je refuse la suite…
Refuse de subir ou de voir l’autre subir le mal.
Je me sens concernée et touchée autant par la douleur passée que celle engendrée.
Quelle est la différence entre les deux?
Qu’elle est la différence entre moi et l’autre?
Entre ma douleur et la sienne?

Et encore, ce que j’offre est ridicule devant le poid de tout ceci.
Je parle de la misère humaine dans toute la vastitude de la chose…et n’ai aucune solution à offrir.
Mon impuissance est totale.
Je ne peux que trop tristement souhaiter que les choses redeviennent un peu plus près des besoins fondamentaux de l’humain,
de reconnaître notre coeur et la similitude avec celui de l’autre et oser ouvrir la poitrine.

D’être courageux tout en étant désarmé,

d’être apte à dire oui ou non avec conviction,

de prendre position,

de se sentir concerné,

touché par l’autre et avant tout se sentir vivant en soi.

De prendre soins de soi, de l’autre, de l’environnement dans lequel nous évoluons.

D’être en contact.
Pour ma part, aujourd’hui encore les questionnements et le  mal culminent dans ma tête et ma poitrine.
Je ne connais pas le bon chemin, la bonne chose à faire…
Je porte ne moi une grande ignorance et déteste ses effets…
Créer est la voie qui me semble un peu plus saine que les autres…

Écrire, oui.  Mais encore…

Malgré ces belles paroles, aujourd’hui,
face à ce père, face à celui que je voulais aimer et être aimée,…  face à ce désarroi…
Comment me consoler de ce père et de sa propre souffrance?
Comment ne pas ressentir toute mon impuissance face à ce monde en déchirement?

Comment me consoler?

Je ne suis ni ange ou pute,
ce serait accorder tropd’importance  à ce que je suis. 
Je ne suis qu’humaine, comme tous les autres.
Et sais que mon ignorance est partagée comme ma volonté, oui, à aimer, être aimée et être en paix.

J’ose encore croire au changement… débuter un humain à la fois… avec toute ma maladresse et très bêtement,…

débuter par moi.

 

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