Lettre ouverte aux investisseurs du Québec et d’ailleurs

Monsieur le PDG de Pétrolia fait actuellement la tournée des régions du Québec pour vous rencontrer. Vous avez l’argent nécessaire pour réaliser ses projets d’exploration pétrolière, donc un pouvoir non négligeable sur le « développement », sur l’avenir du Québec et, conséquemment, sur la vie de nombreuses personnes et espèces. Une grande responsabilité vous incombe pour ainsi dire.

Sous la bannière dudit développement, Monsieur le PDG, tel un pèlerin, prêche à tout vent que le Québec peut s’enrichir grâce au pétrole (grâce à vous), que vous serez les premiers à en profiter (davantage que tout le monde) et que le pétrole, c’est la panacée (la solution économique à tous les maux). Je présume que Monsieur vous a proposé d’investir dans l’exploration afin de « mettre en valeur » la ressource (l’exploiter) et de « créer de l’emploi » pour la population (l’exploiter) tout en développant une « expertise » provinciale dans le domaine.

Je me demande et je vous le demande aussi, pour combien de temps croit-il que vos investissements seront rentables? Vous connaissez la notion de risque? J’imagine, c’est elle qui vous dicte la voie à suivre. Sans être un spécialiste, le risque, surtout en ce qui concerne les hydrocarbures, me semble de plus en plus élevé par les temps qui courent. Or, Monsieur le PDG s’est probablement abstenu d’élaborer sur le pic pétrolier, l’instabilité du marché, la compétitivité mondiale toujours plus féroce, le mécontentement généralisé des populations locales, les déversements potentiels, l’accélération des changements climatiques (dus en grande partie à la combustion des énergies fossiles), l’augmentation des inégalités et… la transition de plus en plus nécessaire vers des énergies renouvelables. Chacune de ces variables à prendre en compte mériterait une bibliothèque entière.

C’est pour toutes ces raisons – et pour vous-mêmes – que je vous invite à faire une introspection, si vous êtes un tant soit peu critique et de bonne foi. Tant qu’à investir votre argent (et nos ressources), pourquoi ne pas le faire dans des valeurs sûres, c’est-à-dire viables à long terme? Faites-le pour que le carbone reste au sol – et non l’inverse! – en développant des énergies renouvelables (éolien, solaire, hydroélectrique) ou en produisant des biens (automobile, habitation, textile, alimentation) ou des services (éducation, culture, santé, recherche) éthiques aux plans économique, social et environnemental. De toute évidence, tout doit être repensé. D’autres pays, de plus en plus nombreux, prouvent par l’innovation que le bien commun peut être « rentable ». Pourquoi pas le Québec? Des investissements sont nécessaires et c’est vous qui avez le pouvoir et la responsabilité de changer de cap, car la transition s’impose maintenant. On sortira du dogme économique après…

 

Mathieu Bisson, M.A. en études et interventions régionales, Université du Québec à Chicoutimi

 

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :