Le fractionnement du revenu : l’exemple du Japon

On a beaucoup dénoncé dans les médias cette mesure qui viendra favoriser les plus riches en changeant bien peu de choses pour les plus pauvres. Selon une récente étude de l’Institut Broadbent, 90% des familles n’en tireraient aucun bénéfice.

http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/410595/a-qui-profite-le-fractionnement-du-revenu

Pour simplifier le concept du fractionnement : plus l’écart de revenus entre les conjoints est grand, plus le retour risque d’être important pour la famille. Selon le blogue de Gérald Fillion: « Ainsi, pour que cette promesse soit intéressante pour vous, il faut gagner plus que la moyenne et que l’écart entre les revenus soit relativement importants. »

http://blogues.radio-canada.ca/geraldfillion/2014/01/28/un-budget-plus-important-quon-le-croit/

L’alliance la plus rentable est celle-ci : si un conjoint gagne plus de 178 800 $ et l’autre ne gagne rien, l’épargne maximale peut atteindre 5351$ au Québec. Heureusement, le gouvernement conservateur a limité cet avantage à 2000$, mais toujours à l’avantage des familles les plus aisées.

http://jeanneemard.wordpress.com/2014/01/16/le-fractionnement-des-revenus/

Je ne m’attarderai pas à cette injustice économique. Mais on n’a pas beaucoup parlé des conséquences pour les parents. Grâce à cette mesure, il est plus avantageux que l’un des parents augmente son nombre d’heures, court après les promotions et obtienne un meilleur revenu, tandis que l’autre est encouragé à en gagner le moins possible… Est-ce que ce n’est pas favoriser le retour à un modèle traditionnel de la famille : le père gagne-pain et la mère qui prend soin?

Laissez-moi vous donner l’exemple du Japon où, financièrement, il n’est pas avantageux d’avoir deux personnes occupant un emploi régulier dans un seul ménage. Lorsque les épouses gagnent moins du tiers du salaire de leur mari, elles n’ont pas à payer de cotisations de sécurité sociale et l’imposition est beaucoup moins élevé dans ce genre de famille. L’État impose des pénalités aux familles à deux revenus, ce qui décourage la femme qui a un revenu moyen, car elle peut avoir de meilleures conditions en arrêtant tout simplement de travailler.

Résultat : les Japonaises sont encore nombreuses à quitter leur emploi à la venue d’un enfant, et, à la naissance d’un enfant, l’homme japonais doit se mettre à travailler davantage pour pallier à la baisse de revenus. Selon un sondage du journal Asahi Shimbun en 2006, 80% des pères faisaient des heures supplémentaires, la plupart ajoutant plus de 20 heures à leur semaine!  Les pères absents sont une réalité difficile au Japon : beaucoup d’enfant connaisse à peine cet homme qui ne fait que dormir chez eux.

Le Québec, avec son congé de paternité généreux de cinq semaines, a fait le choix de favoriser l’ancrage du père dans sa famille. Cela a de nombreuses conséquences : plus la présence du père est prolongée au début de la vie de l’enfant, plus le partage des tâches sera équitable ensuite. On mentionne également que les bébés ayant souvent interagi avec leur père auront moins de problèmes de comportement, une meilleure estime de soi; sans compter les impacts pour la conjointe qui peut s’appuyer sur son partenaire dans les tâches quotidiennes.

Loin de moi l’idée de discréditer les couples où la mère décide de rester à la maison. J’ai moi-même fait partiellement ce choix. Mais en mettant en place une mesure qui favorise des conjoints aux revenus très inégaux au détriment des parents qui ont deux salaires presque identiques, on risque de restreindre les choix des parents. Alors qu’on devrait au contraire permettre aux familles d’avoir davantage de possibilités pour faciliter l’articulation entre le travail et la famille.

Au Québec, les emplois avec quart rotatif (jour, soir, nuit) et aux horaires irréguliers augmentent, alors que le télé-travail a diminué. L’employé doit être mobile, disponible et flexible, ce qui exerce une pression énorme sur sa famille.  Le parent n’a pas besoin que le gouvernement fédéral vienne ajouter un bâton de plus dans des roues déjà difficiles à faire rouler…

Fractionnement - asahishimbun1

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