Trop loin pour accoucher à la maison (?)

Arguments en faveur de la révision des critères de distance pour l’accouchement à la maison

 

Saint-Fulgence ou 17.1 km de l’Hôpital de Chicoutimi

Je prends le temps d’écrire aujourd’hui sur la question de la distance exigée pour l’accouchement à la maison puisque cet enjeu dépasse la question de la sécurité des femmes et futurs enfants à naître.

 

Ma petite histoire…

Lors de ma première rencontre avec le service des sages-femmes, les contours de la pratique m’ont été expliqués, j’ai su dans quoi je m’engageais et ce à quoi j’acceptais de renoncer, notamment à l’épidurale. Quoi? Je n’aurai pas cette option …Ouf. J’ai peur d’avoir mal, etc.

C’est lorsque j’ai pris conscience de ma réaction vis à vis cette impossibilité d’avoir accès à l’épidurale que j’ai réalisé l’ampleur des remises en question qui m’attendaient et combien certains éléments me semblaient pris pour acquis.

J’ai alors décidé, pour plusieurs raisons (approche féministe et inclusive du conjoint, contact humain, approche globale, etc.), de poursuivre le suivi avec les sages-femmes et ce notamment parce que j’ai l’intuition profonde qu’elles s’adressent à mon intelligence.

La construction sociale de l’accouchement

L’inconscient collectif lié à l’accouchement est peuplé de diverses présuppositions que plusieurs d’entre-nous ne pensent pas remettre en question : accouchement sur le dos, accouchement à l’hôpital, épidurale, suivi médical (prises de sang, dépistage génétique…), cornichons et crème glacée, lit simple et divan sur le côté pour le conjoint au cas où il passerait dans les parages…

Ces événements banals et extraordinaires que sont la grossesse et l’accouchement sont comme plusieurs autre faits sociaux marqués des valeurs actuelles de notre société et c’est pourquoi je prends le temps d’écrire sur cette fameuse distance de 15 km… et les valeurs que transporte ce chiffre ne sont pas celles auxquelles j’adhèrent.

Suite de la petite histoire…

Une fois que j’eus décidé que la douleur était une partie intégrante de l’accouchement et que j’allais la gérer comme la plupart des femmes de cette planète c’est à dire en respirant, en sacrant et en l’oubliant, je me suis demandé où j’allais bien accoucher. La maison de naissance m’a semblé la solution intermédiaire entre le méchant hôpital déshumanisant et le trop grano accouchement à la maison.

Mais voilà, la maison de naissance ne sera pas prête d’ici mon accouchement et même si elle l’était…

Il arrive que j’ai pris confiance, me suis réapproprié la compréhension de ce processus, ai cessé de la voir comme une maladie, cette grossesse. J’ai même commencé sérieusement à me visualiser, chez nous, dans le confort de mon foyer, avec mon chum, mon chien et ma sage-femme (ne pas tenir compte de l’ordre de priorité), en train de manger, de prendre mon bain, de dormir, de rire et évidemment de donner naissance à cet enfant.

Vous comprendrez que l’idée d’accoucher à l’hôpital constitue un environnement totalement étranger à ma démarche et réflexion. Comprenez aussi que je ne juge pas celles qui justement se sentent sécurisées et confortables avec ce dernier.

 

Normer pour notre sécurité ?

15 km… J’ai bien sûr tenté de convaincre ma sage-femme de faire une petite révolution, qu’on était pas à 2.1 km près… mais il semble que oui.

Compte tenu que l’arrivée des sages-femmes dans la région est le résultat d’une lutte et qu’elles veulent respecter les règles établies conjointement avec les établissements traditionnels de la santé et le ministère de la santé et des services sociaux, je comprends qu’elles ne veulent briser ce lien de confiance si ténu.

Ok, je veux que les sages-femmes puissent continuer à déployer leurs services sur le territoire donc je ne voudrais pas les inciter à commettre une entaille aux règlements ou aux normes établies…

Toutefois, la beauté des normes et des règlements c’est qu’ils ne sont ni immuables ni issus d’une vérité intemporelle, mais bien qu’elles sont le reflet des valeurs de notre société que l’on souhaite préserver.

Quelles sont les valeurs associées à cette règle de 15 km ?

Je veux une réponse et une bonne.

La sécurité des femmes et des enfants… ?

Si c’est celle-là, elle n’est pas bonne.

 

La bouilloire siffle

15 kilomètres n’est pas une mesure de sécurité pertinente…

15 kilomètres new yorkais c’est 45 minutes d’ambulance.

15 kilomètres indiens c’est 3 heures en mobilette.

15 kilomètres saguenéen c’est… 12 minutes de char.

 

L’accouchement à la maison est aussi sécuritaire que celui à l’hôpital (mais avec tous les avantages qu’il implique…).

Les sages-femmes sont formées à observer l’évolution des subtils signaux qui peuvent amener un accouchement à mal tourner et ce bien avant ledit accouchement. J’ai une confiance totale en la pratique sage-femme.

Conclusion

Le sceau 15 km est une norme qui vise à rassurer qui au juste ?

Elle est, pour moi, la marque institutionnelle du mépris envers les sages-femmes et leurs connaissances et elle s’ajoute au sentiment d’infantilisation que j’éprouve lors qu’un système de santé décide pour moi d’où je vais DEVOIR accoucher.

Toute cette histoire sens le scepticisme envers la pratique et les connaissances   des sages- femmes et lorsque ce scepticisme pointe ces dernières, c’est vers moi qu’il se pose.

Je sens qu’on ne me fait pas confiance, qu’on agit de manière paternaliste … que je dois demander la permission…

Alors, je vais faire cette demande absurde.

 

Est-ce que vous me donnez la permission d’accoucher chez moi, c’est à dire à 17.1 km de l’hôpital et ce avec l’aide de ma sage-femme (qui possède l’expérience pour me guider si tout ne se déroule pas parfaitement), ce qui je vous l’assure me réconforterait énormément?

 

Marie-Lise Pineault- Chrétien, future accouchante

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

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4 thoughts on “Trop loin pour accoucher à la maison (?)

  1. Sophie Savard-Laroche

    J’ai accouché à la maison en toute légalité, accompagnée par une sage-femme, et j’habite à plus de 15 km de l’hôpital (25 km environ). Il me semble qu’il y a un autre critère qui pouvait remplacer le 15 km, peut-être quelque chose comme « à 30 minutes maximum »? Désolée, je ne me souviens plus… C’était dans Lotbinière, en 2010, avec la maison de naissance Mimosa (située à 30km de chez moi).

  2. Frederic Gagnon

    Ton accouchement ira surement très bien. Loin de mon intention de t’effrayer ce soir mais… Si on permet à tous les accouchements avec sage-femmes de se faire à la maison à 17 km, ce sera 18 et 19 km bientôt… Mais une complication comme un décollement de placenta qui nécessiterait un passage à la table d’opération immédiat, deviendra une situation dangereuse pour la maman et le bébé. Ce n’est qu’un exemple qui ne peut être décelé d’avance par « de subtils signaux » parmi tant d’autres. Personne n’a la science infuse. Ni les médecins ni les sages-femmes. Les deux ne peuvent garantir à personne un accouchement sans complication, mais un hôpital peut te garantir l’accessibilité aux soins en cas de besoins..

    Je comprends ton point de vue, mais même si tout va bien pour toi et des dizaines et centaines d’autres femmes, à la première complication qui entraînera des conséquences fâcheuses, les sages-femmes perdront certainement de l’appuis. Autant du public que du politique. De plus je ne voudrais pas être celui ou celle qui initiera le mouvement pour permettre des accouchements à la maison plus loin que les normes juste au cas où quelque chose de désolant se produirait. Je préférerais continuer a dormir sans avoir à penser à cela…

    Alors, pourquoi 15 et non 17.17568 km ? C’est simple. Il fallait mettre une limite quelque part. Quelqu’un l’as mise. Un point c’est tout. Il/elle aurait pu mettre 10 km, un autre chiffre rond. Ou bien, 7 km, au diable les beaux petits chiffres faciles à imaginer. Pour ma part, dans un cas tel que celui décrit au début de mon intervention, même la maison des naissances est un peu loin. On parle de quelques minutes qui peuvent faire la différence entre la vie et la mort pour les deux, maman et bébé, que vont-ils faire ? c’est de l’autre côté de la rue. Ils vont traverser la maman en souffrance sur une civière en arrêtant le trafic dans la rue Jacques-Cartier ? Faire intervenir une ambulance pour traverser la rue. La prise en charge par les ambulancier c’est rapide, mais on comparera le tout à un passage de salle d’accouchement vers la salle d’opération dans un même bâtiment…

    Tu peux méditer la dessus.

  3. Louis T

    Faut pas sous-estimer les complications imprévisibles qui peuvent arriver lors d’un accouchement. Pour un nouveau née, les secondes compte dans certains cas. Ces règles (15km) paraissent arbitraires, mais faut trancher quelque part. Il n’y a pas de maisons de naissance à Chicoutimi?

  4. Audrey

    Merci Marie-Lise d’avoir osé prendre la parole et raconter ton histoire de façon si transparente. Je suis tout à fait en accord avec ton point de vue, à mon avis aussi toutes ces normes reposent sur la confiance qu’on porte aux femmes et aux sage-femmes, à la valeur qu’on accorde à la vie des femmes et leur liberté de choix VS la vie des « à naître ». De tout temps, des femmes ont accouché et elles sont, tant qu’à moi, les mieux placées pour décider pour elles-mêmes. Mais ce désir de contrôle de nos corps de femmes par les hommes (conjoints, médecins…) est si fort, et tellement intégré, qu’il faut encore aujourd’hui se battre pour qu’on nous reconnaisse comme étant autonomes et en mesure de prendre nos propres décisions de manière éclairée. On le voit d’ailleurs dans les deux commentaires des messieurs ci-dessus: ils accordent leur pleine confiance au système de santé, mais pas aux premières concernées – celles qui accouchent et celles qui ont l’expertise reconnue pour les y accompagner…

Pas de commentaires, merci.