Aujourd’hui, il n’y a pas de manif

Aujourd’hui il n’y a pas de manif,
rien existe qui puisse donner forme à mon indignation.
Il n’y a que moi et mon quotidien.
Et ne peux que constater que :

Je n’ai pas en moi ces connaissances qui feraient que je pourrais,
par des mots bien choisis tenir tête aux ingénieurs et ce gouvernement,
et leurs dire que ces rivières, ces terres, ces forêts,
se doivent d’être protégées.
Je ne suis pas connu, je ne peux me servir de ma gloire pour encourager la position d’autrui,
Je ne suis pas politicien, mes décisions ont si peu d’effets

et mes actes ont comme limites réelles mon bac de recyclage.
Je ne suis pas grand.
Je ne suis pas fort.
Je ne suis pas extraordinaire.
Je suis inscrit dans mon quotidien.
Devant la télé, l’ordinateur, devant ces nouvelles et réalités qui défilent devant mes yeux.
Le désastre est là, celui que j’accepte encore difficilement de voir.
Celui qui me ferait si mal.

Ouvrir les yeux…

laisser vivre en moi cette terrible rage qui me tue…
me rappeler rivières, animaux et champs de mon enfance…
avoir si mal…

Ouvrir les yeux…

les savoir détruits…
en pleurer…

Ouvrir les yeux encore plus grands,
prendre conscience de mon inertie,
de ma responsabilité
et encore pleurer…

Pourquoi alors le faire?

Je ne peux rien faire.
Je ne peux rien changer.

Et ne peux que compter que sur mes bras, mes jambes… ce que je suis.

Aujourd’hui je ne peux faire vibrer casseroles afin d’ameuter mon voisinage.
Je ne peux informer les autres de ma positon par mon corps qui déambule dans une masse visible.
Dans une masse toujours je suis… mais je me sens si petit.
Inscrit dans cette mouvance qui n’a rien d’un courant.
Aucune direction, constituée d’électrons libres…

Au moins…

je me dis…

J’ai voté.

Tout faire pour maintenir mes yeux clôts,

regarder ailleurs,
d’autres images,
vides de sens,
ennivrantes…
Surtout espérer que d’autres me fassent signe…
Et espérer pouvoir suivre…

Parfois dire un mot ou deux…
en appui aux autres qui bloguent, parlent.

En fait,

plutôt bavasser,

sans incidence,

sans portée.

Râler contre les coupures gouvernementales,
dire que « ça n’a pas de bon sens ».
Mais rester, là, les bras croisés,
dans le salon,
à regarder ces images défiler,
rire, bavasser…

Hier j’ai pris part à la soirée bénéfice de Fondation Rivières. Non pas en tant qu’artiste, ni en tant que spectatrice, mais en tant que bénévole chargée de trouver des commandites sous forme de denrées afin de nourrir les personnes qui étaient derrière et sur la scène.

Je viens tout juste de joindre les rangs de la Fondation. J’a eu de mauvaises expériences dans le passé et je me montre maintenant un peu prudente dans mes ardeurs. Je prends mon temps pour connaître un peu mieux. Et m’assurer que mon enthousiame est basé sur des faits réels et non mon imaginaire.

Hier, j’ai observé, j’ai été étonnée, touchée… et j’ai réfléchi.

J’ai été touchée de voir autant de gens généreux et vivants.  Je ne suis pas particulièrement une fille de « gang » même si je suis de nature très sociable (J’ADORE les gens). Et je ne suis pas nécessairement une habituée des shows bénéfices. J’ai été étonnée de voir la solidarité prendre forme de la sorte. J’ai trouvé ça très beau. Vraiment. Pour ne nommer que ceux-là, j’ai ri aux éclats avec la chanson écrite et interprêtée par Geneviève Bilodeau et de son fils, de même avec le « sketch » de Fred Dubé, ai été touchée par l’interprétation de « La Manic » en italien par Marco Caliari… et ai été très impressionnée par la « vibe » de Paul Piché.
Mais surtout, vous auriez dû tous les voir en arrière-scène.

Ensemble. Organisateurs, acteurs, chanteurs, musiciens…

Les voir échanger sur ce qui les touchaient, les enrageaient…

Dans leurs vies, en tant que citoyens, ils auraient pu en rester là.
Rien ne les obligeaient à prendre part à cet événement.

Du râle présent, propre à l’inertie de l’agonie, ils ont préférés l’action.

Tout ceci peu paraître bonenfant. Peut-être même aux yeux de certains… quétaine. Mais ce qu’il se passe lors de ces soirées est important.  La solidarité devient matérialité.

Ces hommes et femmes qui ont décidés, pour un événement, de se rassembler pour « faire ». Ce n’est pas rien.  Ils étaient tous là avec le coeur et leur rage… qu’ils ont décidés d’assumer et de partager, respectueusement, sainement.

Pour ma part, il a été étonnant pour moi de voir à quel point les commanditaires ont été généreux. Je ne leurs ai jamais promis de visibilité,… enfin, je mentionnais que bien-sûr les logos allaient apparaître et que leur nom seraient mentionnés, mais ce n’était pas ce qui justifiait leur don.  Ils voulaient simplement prendre part à… soutenir… participer… encourager…

Je les nomme ici : « Le pain dans les voiles », « Les jardins d’Ambroisie », « En-tout-K », « Les thés de crus », »Le café Larue », et aussi un donateur qui souhaitait rester anonyme. Je salue bien bas leur gentillesse et leur générosité.

J’ai plus que grandement apprécié recevoir ainsi leur appui par la formes de denrées. Appui que j’ai pu ensuite transposer aux personnes qui étaient sur scène en les nourrissant, qui eux ont pu attirer d’autres personnes par leurs talents… et qui eux ont apportés des sous… pour que les membres de Fondation Rivières puissent travailler à prendre soins au quotidien de ce que tous  les autres pouvaient difficilement faire.  Une petite chaîne qui aura sa portée.

Je n’ai pas imposé ma présence à cet organisme, je leurs ai écrit et ai simplement offert d’être là et leurs ai donné une liste de mes compétences ce que je sais faire de mieux… qu’ils pouvaient me faire signe s’ils avaient besoin de moi.

Je ne suis pas particulière.
Dans ce monde pour la protection de l’environnement je ne suis rien.
Des organismes comme Fondation Rivières (ou d’autres) eux peuvent!
Eux savent faire.

Il n’y a qu’à regarder ce que GND a fait, ainsi que des organismes voués à la protection des Bélugas par exemple pour réaliser ce qu’il est possible de faire.
Je suis petite, mais peux  être là, je  peux offrir  ce que je suis et les appuyer.

Elle est là la direction.

Parmi nous.
En nous.

Ce gouvernement pointe et tente d’affaiblir ce qu’il y a de plus fort,

il n’y a qu’à regarder ce qu’il vise,

s’y investir,

et renforcer ces points.

Le pouvoir n’appartient pas au gouvernement, c’est un leurre.
Le pouvoir appartient au citoyen.

C’est lui qui décide.
C’est chacun de nous qui décidons.
Si chacun de nous décide de rester dans notre salon… il ne se passera rien…

Si chacun de nous décide de joindre les rangs, d’une manière ou d’une autre, d’une fondation ou d’une autre, juste d’être derrière … de celles dont le gouvernement souhaite la mort…

Elles ne mourront pas
et il se passera quelque chose.

La manifestation ne se passera pas dans les rues, il sera peut-être invisible, non quantifiable…
mais l’impact sera grand.
Sans doute plus grand,
car inscrit dans le quotidien.

Nous existons tous.
Et notre existence a une valeur et une portée.
Agissez et ayez le courage d’ouvrir les yeux,
et de comprendre votre valeur,
vos qualités, vos compétences,
et offrez les.

Offrez-vous de soutenir véritablement celui ou celle dont vous croyez qu’il ou elle portera votre voix haut et fort.
D’être là. Derrière lui ou elle.
Même si ce n’est que pour leur dire… je suis là, je peux faire ça, ça, ça …. ou , juste ça.

En étant honnête sur vos réelles capacités tout en respectant vos limites,
sans faire derechef une action signifiante.
sans nécessairement être « The one who’s hot ».

Prenez part.
Soutenez.
Appuyez.
Soyez-vous et là.

Vibrez et observez les choses changer.

C’est là la vrai nature de la politique.

 

P.S. Chapeau bas à toute l’équipe de la Fondation Rivières, en particulier à Catherine Huard, Alain Saladzius (et sa conjointe que je tiens à nommer mais dont j’oublie le nom -foutue mémoire), Pierre Leclerc et Dominique Girard. Vous faites un fichu de travail.

Commentaires

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2 thoughts on “Aujourd’hui, il n’y a pas de manif

  1. Jean-Marie Balard

    Quel texte intéressant, inspirant !! Merci !! 🙂

    1. Karine Turcot

      Merci à vous!

Pas de commentaires, merci.