Le rire et les soldats de Mahomet

C’est vrai dans l’ensemble, les musulmans, c’est pas terrible…

Michel Houellebecq, Plateforme, Flammarion, 2001, p.30

 

Les fanatiques religieux qui ont voulu venger la réputation de Mahomet tourné en ridicule dans le journal Charlie Hebdo il y a quelques années (En février 2006, il republie des caricatures du journal danois Jyllands-Posten), n’y sont pas allés de main morte. Décapiter une salle de rédaction d’un journal satirique sur l’heure du midi pour arriver à leurs fins, tuer une couple de flics en sortant, et fuir comme si de rien n’était, on ne voit pas ce genre de prière trop souvent, en Occident.

La religion a quelque chose de dangereux quand on se dissimule derrière les surates du Coran (ou d’un autre Livre) pour justifier n’importe lequel massacre. La religion a ses limites qu’il est difficile de bien cerner parfois.

Ces fanatiques ont perdu le sens de l’humour au cours de leur parcours religieux et militant pour la cause qui les tient à cœur : sauver le monde et leurs propres valeurs fondées en grande partie sur la soumission et l’aveuglement.

On a assassiné de sang froid des journalistes qui, durant toute leur carrière, ont voulu dire ce qu’ils pensaient de l’époque, des dessinateurs qui prenaient des chemins de traverse pour aller à l’essentiel.

J’ai moi-même été éduqué à une certaine forme d’humour anarchiste contre toutes les formes d’autorités y comprise la religieuse par des magazines comme Hara-Kiri, Charlie, Charlie-Hebdo, Siné-Massacre, MAD magazine et bien d’autres qui mettent au-dessus de tout le combat quotidien contre la bêtise, le fanatisme sous toutes ses formes, et la recherche de l’intelligence des choses et des êtres.

Quand c’est le temps de dire ce qu’on pense au lieu de s’autocensurer constamment, on doit le dire et le dessiner au risque de sa vie. Quand on sent la merde déborder des lieux de décisions et des leaders d’opinions, on a le devoir comme journaliste, comme intellectuel citoyen et aussi comme artiste de le proclamer bien haut.

Et bien les Cabu, Wolinski, Charb et Tignous s’exprimaient depuis des années contre la montée d’une certaine droite et d’un fanatisme religieux débordant dans leur pays et sur le reste de la planète. En France comme ailleurs la liberté d’expression, la nécessité de dire ce qui ne tourne pas rond dans notre époque vient de nous montrer à quel point ce sont des valeurs qui peuvent être difficiles à défendre sur la place publique. Dans l’histoire du journalisme de lutte des journalistes et des caricaturistes de bien des pays ont payé de leur vie leurs opinions et leurs petits dessins. La censure peut prendre diverses formes.

On ne peut jamais prévoir ces débordements de haine et de violence gratuites malgré tous les observateurs qui voudraient sentir les terroristes ( ?) et les loups solitaires à cent milles à la ronde. La radicalisation de ces soldats de Mahomet et de tous les autres soldats qui partent en guerre contre toutes les causes les yeux et les oreilles bouchés n’a jamais été si présente. Les politiciens trop souvent s’en servent pour installer malheureusement une autre forme d’autorité supérieure fondée sur la Sécurité, la nouvelle religion contemporaine. Le fanatisme religieux comme tous les autres formes de fanatismes fondés en grande partie sur l’ignorance et l’obsession du troupeau n’ont pas fini de nous réveiller de bonne heure.

La marginalité d’opinion et le journalisme de combat ont un prix. Il y a eu ici surenchère. Ces quatre dessinateurs étaient des hommes et des artistes libres. Retournons à leurs dessins et à leurs opinions pour essayer de comprendre cette folie du début de siècle.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

 

 

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