Le parti (ou pari) du maire

En vue de tous les partis. Un berger a toujours besoin d’un mouton conducteur, autrement il lui faut être à l’occasion mouton lui-même.

Friedrich Nietzche, Par delà le bien et le mal. Prélude d’une philosophie de l’avenir. 1886

 

Notre maire bien-aimé s’ennuie. Il a besoin encore une fois de son public, comme la Poune. La semaine dernière, il se prenait pour un Charlie et accusait le Diable lui-même comme leader suprême de l’État islamique, responsable de toutes les attaques djihadistes perpétrées en Europe et ailleurs. On se demande parfois où le maire va chercher ses informations… Il se permettait même de saluer les dessinateurs assassinés de Charlie-Hebdo en mettant les drapeaux de l’Hôtel de Ville en berne.

Je crois que ce maire-là représente à peu près l’ensemble des valeurs conspuées par le magazine Charlie-Hebdo et ses principaux rédacteurs anarchistes depuis 40 ans. Ces derniers se sont toujours déchaînés contre le fanatisme sous toutes ses formes, religieux et politique surtout. La droite montante depuis quelques années en France et ailleurs. Or, le maire de notre belle citée catholique a passé sa vie politique à tomber dans les excès que Les Charlie soulignent à grands traits depuis une semaine. Il est tombé à bras raccourcis sur les journalistes et les citoyens qui voulaient plus de transparence dans la gestion de la chose publique ici, les menaçant de représailles et de poursuites devant les tribunaux. Il ne s’est jamais gêné pour entretenir son obsession religieuse à outrance. Si quelqu’un se balance royalement de la liberté d’expression des autres c’est bien ce maire-là.

Quand on ne pense pas comme lui, on est automatiquement rayé de son monde. L’idée qu’il se fait de la démocratie (Des élections aux quatre ans) est une pure caricature qui ferait hurler les rédacteurs de Charlie-Hebdo. Bref, si ce maire-là est Charlie, moi je suis un moine cistercien.

À présent, cette semaine, il s’est mis dans l’idée de fonder un parti politique. Lui qui a toujours été contre, il est maintenant pour parce qu’il veut gagner les prochaines élections municipales contre l’autre parti, l’ERD. Il sollicite déjà les appuis inconditionnels des élus en place à Ville Saguenay. Son parti éventuel n’a pas de programme, n’a pas de membres à la base, bref, le parti c’est Lui. N’écoutant que mon grand cœur, je lui propose des noms pour son futur parti. Il faut bien continuer à rire toujours de la bêtise et de l’absurdité qui ne dorment jamais comme les ours l’hiver. C’est l’une des leçons de Charlie.

 

1- Le parti Jean Tremblay. Au moins c’est clair.

2- Jean Tremblay party. En anglais. On sait comme il aime lire les livres en anglais sur sa tablette. Et puis on peut sans doute penser qu’il va se mettre à encourager les partys… une fois en parti. Lui qui excommunie les raves.

3- Le parti du citoyen d’abord. Ça s’en vient plus vite que l’on pense ce titre parce que – depuis on ne sait combien d’élections – il a usé à la corde ce slogan particulièrement creux qui réfère aux électeurs anonymes qui le suivent comme des moutons sans jamais se et lui poser de questions.

4- Le parti de Jean. Comme l’évangéliste, ce nom pourrait rassembler les appelés, les élus et les citoyens qui pratiquent la religion de leur saint maire.

5- Le parti de Ghislain. Pourquoi pas ? Après tout, c’est Ghislain Harvey qui contrôle la plupart des décisions de la Ville depuis des lustres. Il mérite bien une petite récompense pour son dévouement et sa lumière permanente.

6-Le parti X. Sans aucune connotation avec la radio du même nom… Mais dans le fond, les choses seraient enfin claires. Le maire veut sa voix sur les ondes régionales et nulle autre que cette radio peut lui offrir sans trop piler sur son objectivité. Tous les employés de cette radio seraient ainsi intégrés à la fonction municipale et pourraient profiter de conditions de travail décentes. On peut changer d’idées dans la vie professionnelle.

7- Le parti du Journal de Québec au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Pour les mêmes raisons que ci-haut. Le maire a besoin de médias à quatre pattes devant lui pour rayonner et propager sa voix et ses nouvelles inédites… Il faut bien qu’il retrouve son bureau politique un jour ou l’autre. Laissé à lui-même, «c’est risqué » pensent ses avocats.

8- Le parti anti-diabolique. Le Diable n’a qu’à bien se tenir avec un tel parti. Les églises vont se remplir et le renouveau catholique sera à notre portée.

9- Le parti à Lui. On n’a même plus besoin de le nommer. Et il y a aussi ici une référence à celui qui voit tout, sent tout et souffre d’omniscience.

10- Le parti ERD2, l’équipe du renouveau divin 2. L’illumination sera totale. Et encore une fois, les choses n’ont jamais été aussi limpides. Il fallait y penser. L’année sera de même.

 

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge Charlie d’Arvida

 

 

 

 

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