Nous sommes tous des… lockoutés | Le film Les Chaarrs pour eux

Le champignon le plus vénéneux c’est celui qu’on trouve dans les voitures.

Coluche

 

Pendant que les automobilistes fiers du Saguenay-Lac-Jean-Jean continuaient de traverser allégrement les lignes de piquetage des concessionnaires automobiles en lock-out pour aller échanger leur vieux char de l’année contre un neuf comme si de rien n’était,

Pendant que les concessionnaires automobiles multipliaient les mises en demeure et les poursuites devant les tribunaux (100 et plus depuis deux ans) pour faire passer les lockoutés pour des terroristes de grands chemins,

Pendant que les médias régionaux continuaient de diffuser à tour de bras les messages publicitaires des concessionnaires en lock-out sans se demander s’ils faisaient le jeu capitaliste et anti-syndicaliste des vendeurs de chars,

Pendant que Myriam Segal, entre autres parmi les grands columnistes d’ici, se permettait de donner des leçons de syndicalisme (et d’anti-syndicalisme) et de capitalisme dans le Journal de Québec (supplément SLSJ) et sur les ondes de Radio X tout en continuant d’être la porte-voix d’un concessionnaire en lock-out qui lui refile une voiture hybride gratos (selon les lockoutés) et en profitant de la protection du SPECJ (Syndicat du personnel enseignant du Cégep de Jonquière),

Pendant que les animateurs de radio privée de la région (Radio X et les autres) continuaient de s’enrichir avec la pub des concessionnaires en lock-out tout en dénonçant l’entêtement et la mauvaise foi du syndicat des lock-outés et réclamaient un autre vote secret des syndiqués sur l’offre fantôme des concessionnaires,

Pendant que les policiers de Saguenay et du Lac faisaient du zèle pour répondre aux multiples plaintes souvent futiles des concessionnaires automobiles et embarquaient allégrement les lock-outés pointés par les caméras d’observation et les vendeurs de chars restés au front,

Pendant que les Chambres de commerce questionnaient la détermination des syndicats à résister au changement et aux nouvelles réalités de la mise en marché des chars et craignaient pour «la création de la richesse régionale»,

Pendant que les politiciens municipaux, provinciaux et fédéraux insistaient pour dire que le lock-out était un conflit de travail privé et qu’ils n’avaient pas à s’en mêler,

Pendant que les manchettes de la majorité des médias de la région continuaient à insister sur les actes de vandalisme sur les lignes de piquetage et sur l’intransigeance des deux parties en cause, véritable dialogue de sourds,

Pendant que les médias oubliaient d’aller voir ailleurs dans les autres régions comment se réglait un tel conflit des concessionnaires et quelles sont les conditions de travail de leurs employés,

Pendant que le ministre Denis Lebel lançait sa charge contre les syndicats qui ne veulent pas voter pour lui aux prochaines élections et surtout pas pour le régime Harper particulièrement anti-syndicaliste tout en saluant bien bas ses amis concessionnaires du Lac qui lui donnent un bon coup de main pendant ses campagnes électorales,

Pendant que notre grand comédien comique Michel Barrette continuait d’affirmer partout qu’il n’avait pas à prendre parti dans un tel conflit de travail tout en empochant des cachets de porte-parole pour les concessionnaires en lock-out,

 

J’ai tourné, en octobre et novembre 2014, un petit film avec les lockoutés à l’approche de l’hiver. J’ai été assisté dans mon travail par le monteur Yves Whissell. Ce film a été entièrement financé par ma pension de vieillesse du Fédéral. Faut bien que ça serve à quelque chose cet argent-là… Si je n’ai pas filmé les concessionnaires c’est pour une raison fort simple: eux ils sont dedans et ne se gèlent pas le cul à moins 30 sous zéro cet hiver comme l’hiver dernier.

Je remercie les lockoutés qui ont accepté de participer au film, que vous pouvez visionner ICI.

 

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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