Quand l’information (ne) coule (pas) de source

Sainte-Rose-du-Nord, t’es comme une belle fille avec des bobettes sales.

– Un citoyen

 

À Sainte-Rose-du-Nord, depuis samedi dernier, il y a un bris d’aqueduc. L’eau est coupée. L’eau revient. Puis elle est coupée de nouveau. Il n’y a pas à dire, une telle situation, en plein hiver et avec le froid intense qui sévit depuis plus d’une semaine, doit être très difficile à gérer pour une petite municipalité comme celle que j’habite.

L’eau… on ne réalise pas à quel point nous en sommes dépendants, avant qu’elle ne manque. Pour boire, se laver, nettoyer la maison, faire la vaisselle, laver les vêtements et les couches, faire les biberons, cuisiner, prendre un thé ou un café, évacuer nos déjections. Autant d’usages qui font que, lorsque l’aqueduc brise, il faut faire appel au système D. Quand le bris survient sans prévenir, on fait comme on peut avec ce qu’on a. On s’aide entre voisins. On trouve des alternatives. Et, avec trois enfants en jeune âge, on espère vraiment que ça revienne vite.

Sauf que cette situation, dans mon village, a mis en lumière un immense problème. Un problème de communication.

Alors que le bris d’aqueduc survenait samedi, aucun avis d’ébullition n’a été émis avant lundi. Et encore, d’autres ne l’ont reçu que mardi, et d’autres encore n’ont rien reçu à ce jour. D’une journée à l’autre, il a fallu que je pose plusieurs questions à la municipalité, pour finir par être informée au compte-gouttes, du bout des lèvres (ou du clavier, puisqu’il s’agissait de courriels). Pourtant, le Règlement sur la qualité de l’eau potable rédigé par le Ministère du développement durable, de l’environnement et de la lutte aux changements climatiques (MDDLCC) spécifie qu’en cas de bris de conduites d’eau, la municipalité doit procéder à une analyse deux fois par jour et informer la population dans le cas où l’eau est impropre à la consommation.

« Les avis d’ébullition visent à protéger la santé de la population. En effet, boire une eau contaminée par des microorganismes d’origine fécale peut causer des problèmes de santé, le plus souvent sous la forme de nausées, vomissements, diarrhées ou malaises abdominaux. (…) Un avis d’ébullition peut aussi être diffusé à titre préventif par le responsable d’un réseau de distribution, par exemple s’il y a un risque de contamination de l’eau potable à la suite d’une filtration ou d’une désinfection inadéquate à la station de production d’eau potable, ou en raison de travaux de réparation sur des conduites d’aqueduc. »

http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/potable/avisebullition/faq.htm

Le journal Le Quotidien rapportait la situation mardi. Dans un grand souci d’information, le journaliste a parlé au maire, Laurent Thibeault, lequel s’est protégé en disant que la municipalité avait fait distribuer un avis d’ébullition à tous les citoyens. Aucun citoyen n’a été interviewé, le journaliste se contentant de rapporter les mensonges des autorités en place. Certains citoyens m’ont pourtant confirmé n’avoir été informés que le lendemain. D’autres, encore, n’ont rien reçu, rien su. Pourquoi certains citoyens sont au courant et d’autres non? Quels sont les critères de sélection, pour déterminer qui doit savoir que l’eau n’est peut-être pas potable, et qui n’est pas assez important, n’a pas le droit de savoir ce qui se passe? Y a-t-il des citoyens privilégiés? D’autres, de seconde zone? C’est l’impression que ça laisse. Dans le journal, le maire ajoute que « même si la plupart des citoyens ont fait preuve de patience, certains d’entre eux ont soulevé des critiques concernant l’absence d’un réseau alternatif. » L’absence d’un réseau alternatif? Non. L’absence de communications, plutôt.

L’affaire, c’est que ç’aurait pu être vraiment très grave. Si l’eau avait été contaminée, et que des citoyens en avaient consommé (et c’est le cas), on aurait pu se retrouver avec une nouvelle tragédie comme Walkerton. La distribution d’eau potable vient avec une immense responsabilité, et de toute évidence, notre municipalité n’a pas les effectifs nécessaires pour la rencontrer avec diligence. Les conséquences peuvent également nous coûter très cher. Si une plainte était déposée au MDDLCC, une amende variant entre 4000$ et 40 000$ pourrait nous tomber dessus. Je dis nous, parce qu’une telle facture serait évidemment refilée au contribuable.

Il peut être bon, parfois, de savoir prendre la critique. De se regarder et réaliser, simplement, que la situation aurait facilement pu devenir une catastrophe énorme. Alors il faut prendre des moyens afin que cela ne se reproduise plus. C’est un examen de conscience que doit faire la municipalité de Sainte-Rose-du-Nord, ne serait-ce que pour se montrer à la hauteur de la confiance que lui porte ses citoyens, et des responsabilités qui lui reviennent. Nous ne sommes pas que des payeurs de taxes. Nous sommes des humains, et notre santé devrait apparaître en haut de la liste des priorités politiques.

Les solutions sont pourtant simples et abordables. Une page Facebook, animée par la municipalité, serait une option envisageable. Bien qu’on ne rejoigne pas tout le monde via ce médium, l’information y circule vite et plusieurs citoyens sont à l’affût de ce qui s’y passe. Une liste de courriels pourrait également être très efficace. La commission scolaire fonctionne ainsi pour les informations urgentes, et en tant que parent, je suis heureuse d’être avisée rapidement quand, par exemple, les écoles sont fermées à cause d’une tempête de neige. Comme nous avons plusieurs personnes âgées, et une certaine portion de la population qui n’utilise pas Internet, une liste de numéros de téléphone pour rejoindre les gens en cas d’urgence pourrait être utile. Nous sommes en 2015. Les moyens de communications ne manquent pas… Il suffit alors d’établir un protocole. Que fait-on, en cas d’urgence, pour informer nos citoyens?

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