Éloge de la police – 10 façons de s’en servir

La police est sur les dents, celles des autres évidemment

Boris Vian

 

Je ne suis pas étonné outre mesure de voir la police de Québec faire du zèle en présence ses étudiants qui manifestent devant l’Assemblée nationale et ailleurs dans les rues de la Vieille Capitale. Elle a un peu de vécu débordant cette noble police qui déjà, dans le temps, entre autres, lors du samedi de la matraque (le 10 octobre 1964 à la visite de la Reine Élizabeth), lors du Sommet des Amériques (les 20-21-22 avril 2001) et lors du printemps érable en 2012 affichait déjà tout son zèle et son carnet de tiquettes pour maintenir l’ordre public et les manifestants loin des invités politiques. Je me me suis fait matraquer en 1964 avec mon prof d’histoire au Collège des Jésuites de Québec, lui qui avait décidé de nous conduire à la visite de la Reine comme travail pratique. J’ai bien vu Pierre Bourgault alors se fait ramasser par une horde de flics devant le Parlement pendant qu’il haranguait la foule et la Reine. Beau souvenir. Au Sommet des Amériques, j’ai sniffé des gaz lacrymogènes toute la fin de semaine devant la barrière de broches qui séparait les manifestants du reste des ambassadeurs américains. Armand Vaillancourt se promenait parmi les rangs pour mouiller les yeux des blessés. Beau souvenir. Je ne regrette rien, j’ai alors suivi des cours d’histoire politique à l’accéléré lors de ces deux stages. J’ai surtout compris avant tout à quoi servaient les forces de l’ordre en temps de crises ou de réactions populaires.

La police de Québec a toujours fait du zèle dans ces occasions-là. Elle perd plus rapidement patience que la police de Montréal plus habituée elle à tolérer un peu plus les débordements de foules et de manifestants. Quoiqu’elle peut elle aussi exercer ce zèle qui plaît tant aux tenants de la loi et l’ordre à tout prix (cfr. Les chroniqueurs de droite du Journal de Québec et de Radio X de Québec et d’ici sans oublier la prof Ségal qui ne veut pas manifester dans les rues comme ses étudiants pour défendre «son pouvoir d’achat» JQ, 29 mars). À quoi sert la police pensez-vous? Qui s’en sert et pour quelles raisons?

 

Voici 10 façons que les pouvoirs en place et leurs partisans ont trouvé pour l’utiliser à bon escient pour eux d’abord évidemment.

 

1-D’abord et avant tout la police sert à faire peur au monde. Elle est là pour ça, dissuader ceux et celles qui veulent protester, contourner parfois les règles souvent floues de vivre ensemble dans une société dominée par la lutte pour la survie en mode capitaliste et compétitif.

 

2-Si vous ignorez la peur de la police, allez manifester devant une brigade anti émeute vêtue comme des robocops. Vous allez sentir tout de suite que les forces en présence ne sont pas tout à fait égales. La police sert d’abord à impressionner et pour ce faire elle se déguise en conséquence et entonne les hurlements d’usage avec bruits de matraques sur les boucliers chromés. Et quand ça ne marche pas, elle fonce dans le tas selon les règles d’usage après avoir arrosé et gazé de poivre tout le monde.

 

3-La police sert à entretenir son image de porteuse de peur, de crainte. Elle utilise des porte-paroles dans les médias, dans les écoles pour soigner cette image-là. Peu de professions peuvent se vanter d’intervenir aussi souvent dans les médias pour rendre compte de son travail. Les avocats, les gens d’affaires, les vendeurs de chars le font aussi.

Quand la police parle dans les médias, elle consolide sa présence et se rend indispensable aux yeux et aux oreilles des gens. Les médias s’en servent pour meubler du temps d’antenne en rappelant les faits divers, les petits larcins comme les gros couverts par la police. Et ainsi la police nous devient familière et sème sa zone de «proximité». À leur retraite, les policiers commentent les manifs à la télé. Pourquoi ne pas inviter des ex-manifestants à faire de même? Deux poids une mesure dans ce cas-là.

 

4-La police sert les politiciens qui la craignent. Quand la société ne tourne pas à la vitesse des politiciens en place (Ex. Les Libéraux à l’heure actuelle) le pouvoir se sert de la menace, de la peur qu’elle génère pour rétablir l’ordre. Quand les policiers négocient leurs conditions de travail beaucoup plus généreuses que bien d’autres professions d’ailleurs (Je me suis toujours demandé pourquoi les flics sont mieux payés que les profs dans notre société) ils exercent toujours un certain chantage en prétextant parfois savoir des «choses» sur les politiciens que le commun des mortels ignore. Elle les fait chanter et ça marche la plupart du temps.

 

5- Les policiers assurent la sécurité des biens nantis d’abord. Si vous connaissez le moindrement le fonctionnement des tribunaux, vous pouvez vérifier rapidement que la police a constamment un préjugé favorable envers ceux qui possèdent plus que moins.

Les policiers ne défendent pas outre mesure les mal pris, les pauvres, les exclus de la société. Ils ont les mêmes préjugés que les citoyens moyens qui se méfient des paumés et qui admirent les biens portants malgré très souvent leurs fourberies et leurs crimes.

 

6-Les policiers sont obéissants. Un peu trop peut-être. Même quand ils manifestent publiquement sur la place publique pour protéger leurs conditions de travail, ils marchent sur des oeufs. Comme à l’heure actuelle au Québec où ils matraquent des étudiants qui luttent justement pour protéger ces conditions en s’affichant ouvertement contre les politiques d’austérité du gouvernement Couillard. Savent-ils qu’ils manifestent de leur bord?

 

7- Les policiers servent à faire la guerre comme les soldats à ceux et celles qui dans la société veulent changer les choses, les rapports de force et dénoncer l’abus des pouvoirs en place. Les policiers sont au service du statu quo à n’importe lequel prix quitte à négliger de réfléchir sur les enjeux concernés.

 

8- Les policiers, du moins ici dans la région du SLSJ, servent à consolider le parc automobile et cette industrie qui pollue et endette les gens. Rares voit-on ici des policiers circuler à pied ou à vélo. Ils passent leur vie à rouler dans les bagnoles qui brûlent du fuel. Ils ont comme principal objectif de surprendre des automobilistes en flagrant délit de mauvaise conduite. Les policiers passent leur vie à donner des tiquettes d’excès de vitesse à ceux et celles qui sont en retard sur le boulevard Saguenay le lundi matin à sept heures et 45 devant le garage des employés de la Ville.

 

9-Les policier servent à faire taire des citoyens qui se présentent aux réunions du conseil municipal pour interpeler les élus et le maire qui passent leur vie à gérer leur ville comme une p.m.e. ou une succursale de la Caisse populaire.

 

10-Les policiers font la sale job de menacer la population qui veut s’exprimer dans les lieux publics et dans les rues. Et quand ils débordent et cassent les dents ou la gueule des manifestants, ils ne s’excusent pas. Ils insistent pour dire qu’ils ont suivi «le protocole». Et en plus, certains chroniqueurs et citoyens aveugles et bornés osent les défendre et les applaudir. Décidément, on n’est pas sorti de la grande noirceur. La police de Duplessis doit être jalouse de cette police-là.

 

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

 

 

 

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