État des lieux de la grande industrie forestière

État des lieux de la grande industrie forestière

La perte de dizaines, voire de centaines d’emplois depuis 40 ans dans le secteur du papier et du bois d’œuvre n’est pas la faute de Greenpeace. Ces pertes d’emplois que nous déplorons et dénonçons avec force sont le résultat de la surexploitation systématique de la ressource qui n’a jamais connu de cesse même à partir du moment où le gouvernement du Québec a commencé à exiger timidement des comptes aux compagnies forestières vers la fin des années 1970. Malheureusement,  il était déjà un peu tard. Une économie avait été créée autour des usines à papier et des scieries dont l’existence même de plusieurs municipalités québécoises dépendait. Souvenez-vous du coup dur qu’avaient dû encaisser les papetières en 1987 lorsqu’elles ont été « forcées » de cesser de flotter le bois sur les cours d’eau du Québec. Rappelons-nous aussi les taux extrêmement élevés de mercure dans l’eau à cette époque. Bien évidemment, à l’époque il y avait eu bien des pleurs et grincements de dents. Des emplois étaient en jeu, mais reviendrions-nous à l’époque du flottage du bois? En fait, si l’on fait un meilleur effort de mémoire on se rappellera que c’est dans les années 1980 que les papetières ont implanté de nouvelles technologies qui leur permettaient de quintupler la production de papier par travailleur et que cette nouvelle technologie excluait la transformation des billots de 4 pieds (pâte mécanique) au profit des copeaux de bois (pâte thermo-chimico-mécanique) ce qui accentuait la pression sur la forêt Québécoise.  Plus tard, en 1999, le film l’Erreur boréale de Richard Desjardins a mis en lumière le saccage de l’environnement causé par les coupes à blanc. La Commission d’études sur la gestion de la forêt québécoise a conclu en 2004 à la nécessité d’un virage dans les façons de faire et des changements structurants importants dans la gestion gouvernementale et dans l’ensemble de l’industrie afin d’assurer la pérennité de la ressource et de limiter l’impact des pertes d’emploi dans ce secteur. De tout temps, l’industrie forestière a fait porter le blâme des pertes d’emplois aux nouvelles contraintes qui leur sont supposément imposées par des forces occultes externes qu’elle ne contrôle pas. La vérité est tout autre. La vérité est qu’à l’instar d’Électrolux qui, en 2014, s’était vu allonger la rondelette somme de 150 MILLIONS de dollars US pour transférer sa production de Montréal au Tennessee, Produits Forestiers Résolu a «résolu» de transférer sa production dans cet État Américain anti-syndicaliste et très peu regardant sur les affaires corporatives.  Ce faisant, l’investissement nécessaire au maintien de la norme FSC, au rétablissement du Caribou forestier et à un dialogue franc avec les Premières Nations de la part de Produits Forestiers Résolu ici au Saguenay—Lac-Saint-Jean n’avait plus de sens. Nous ne sommes plus assez payants pour eux alors ils partent. C’est la loi non écrite du capitalisme qui parle. Au fond, PFR n’en est que l’instrument et Greenpeace n’a rien à y voir. Et le Caribou forestier dans tout ça?

Lors des dernières campagnes électorales provinciales, Philippe Couillard avait dit «qu’il ne sacrifierait aucune job dans la forêt pour les caribous». Il avait certainement raison. Ce n’est pas pour ça que les jobs ont été et seront perdus. La stratégie de PFR dévoilée lors de sa dernière assemblée annuelle tenue au Tennessee était très révélatrice à ce sujet: y construire une nouvelle usine qui fabriquera du papier hygiénique.  Le gouvernement libéral n’a cependant pas été d’un grand secours dans la pseudo quête de PFR pour retrouver sa norme perdue. Dès son élection, les Libéraux ont coupé complètement les budgets de l’Équipe de rétablissement du caribou forestier et coupé en grande partie celui du Forestier en chef. Sans oublier l’épisode où le ministre Lessard a renvoyé le Forestier en chef soit-disant refaire ses devoirs puisque celui-ci lui confirmait dans son rapport de mai dernier, l’état pitoyable de la situation des troupeaux de caribous dans la partie nord des territoires de coupes au Lac Saint-Jean. Doit-on parler d’aveuglement volontaire, d’austérité ou d’obscurantisme, lorsqu’on refuse de regarder la situation en face? Cette attitude s’apparente plutôt à celle d’un pompier pyromane.

 

La norme FSC, acceptée par l’industrie dont les PFR, repose notamment sur la protection du caribou forestier et sur les rapports de l’industrie avec les Nations autochtones concernées. Le gouvernement du Québec et PFR ont une responsabilité dans l’aménagement des conditions permettant le respect de cette norme. Actuellement, la compagnie PFR accuse Greenpeace de tous les mots, entrainant avec elle certains élus et acteurs régionaux, tandis que le Premier Ministre Couillard alimente la polarisation entre les emplois et la protection du caribou forestier. Le groupe Boréalisation, ainsi que trois autres partenaires, la Société pour la nature et les Parcs Québec, le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement et Nature Québec, ont proposé une Plateforme Forêt qui a le mérite de rechercher un équilibre entre la protection du caribou forestier et la protection de l’emploi par une révision des aires protégées. Ces propositions méritent d’être prises en considération.

Benoît-Robin Lessard, co-responsable de la mobilisation sur les enjeux environnementaux pour Québec solidaire Chicoutimi .

 Pierre Dostie et Marie-Francine Bienvenue, co-porte paroles de Québec solidaire Saguenay—Lac-Saint-Jean

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