LE FESTIF! : AU SOMMET DE SON ART

LE FESTIF! : AU SOMMET DE SON ART

Ceux qui ont assisté à l’évolution du Festif! de Baie-St-Paul au fil des années et qui l’ont vu grandir comme s’il s’agissait de leur bébé vous le diront : cette sixième édition vient non seulement de prouver que le Festif! a atteint sa pleine maturité, elle vient probablement du même coup de démontrer qu’il s’agit peut-être de l’événement musical le plus intéressant de tout l’Est du Québec.

Pourquoi aimons-nous le Festif?

  1. Sa programmation
    Baie-St-Paul jouit naturellement d’un décor et d’un centre-ville faits sur mesure pour ce type de festival (proximité des lieux, aspect champêtre, présence de restaurants et de boutiques artisanales, etc.). Mais ce qui fait du Festif! un événement culturel majeur, c’est d’abord et avant tout sa programmation.De Robert Charlebois à We Are Wolves en passant par Philippe B. et Radio Radio, la programmation du Festif! réussit à être riche, variée et tout de même rassembleuse. De par son originalité et sa profondeur, elle vient peut-être même de s’accaparer une partie de la clientèle qui se sentait délaissée par la grille horaire présentée par le Festival de la Chanson de Tadoussac depuis quelques années.

    Alors que les têtes d’affiche foulent les planches de la scène principale en soirée (Les Trois Accords, Reel Big Fish, Robert Charlebois), plusieurs autres artistes de renom (Bernard Adamus, Galaxie, Mara Tremblay, etc.) ou de la relève (The Seasons, Milk and Bone, Louis-Philippe Gingras…) se présentent en après-midi ou en pleine nuit dans différents lieux aménagés spécialement pour l’occasion. Ainsi, le mélomane curieux que je suis a facilement pu assister à plus de 20 prestations sans avoir l’impression de courir sans arrêt de gauche à droite.

  2. Ses valeursMême s’il s’agit désormais d’un grand événement culturel, le Festif! arrive à respecter des valeurs écologiques et sociales qui font en sorte qu’il se démarque des autres gros noms de l’industrie du spectacle. Le simple fait de n’offrir que des produits locaux sur le site (bières et nourriture) et d’encourager le recyclage grâce aux gobelets réutilisables (écocups) place le Festif! dans une classe à part. Et que dire de l’efficacité et de la bonne humeur des bénévoles et membres du comité organisateur qu’on croise un peu partout sur le site pendant notre séjour et qui se font un plaisir de rendre notre expérience encore plus sympathique. Comme quoi on peut tenir un gros party et conserver l’échelle « humaine » qui manque souvent à ce type de festivals.Verre
  3. Son originalitéLa ville de Baie-St-Paul ne peut pas être plus belle que lors du Festif!, car en dehors des artistes qui se produisent gratuitement sur le site pendant l’après-midi, les festivaliers peuvent également assister à des prestations offertes par des troupes circassiennes, des fanfares, des amuseurs publics et autres projets parfois expérimentaux qui prennent d’assaut les rues de ce village qui a, faut-il le rappeler, été le berceau du Cirque du Soleil il y a déjà quelques dizaines d’années.

Résumé de cette sixième édition

Les différentes têtes d’affiche à qui l’on avait donné le mandat d’attirer le grand public ont rempli leur contrat. Jeudi soir, le trio Groenland, Marie-Pier Arthur et Robert Charlebois a donné le coup d’envoi de belle façon. Les nombreux spectateurs auront d’ailleurs eu l’occasion de constater à quel point Robert Charlebois représente probablement un des rockers de sa génération qui tient le mieux la route.

En fin de soirée, les festivaliers avaient le choix entre les tandems suivants : Claude Bégin / Fanny Bloom ou Sweet Grass / Bernard Adamus. Quelques chanceux ont également eu la chance d’assister au premier spectacle-surprise offert par le Festif! : Karim Ouellet en solo à minuit.

Le lendemain, c’est le duo Milk and Bone qui avait l’honneur de briser la glace en début d’après-midi. Les deux filles ont d’ailleurs réussi à captiver la large foule qui s’est présentée à elles afin de découvrir leur univers électro-pop. Par la suite, une poignée de privilégiés ont pu assister à la prestation secrète donnée par Fred Fortin dans l’étroit sous-sol d’un dépanneur de la rue principale.

Fred

Autour de 15h30, c’était au tour de Mara Tremblay d’amuser Baie-St-Paul. On a d’ailleurs espéré quelques instants que Fred la rejoigne sur scène afin d’interpréter Ah! Quelle tristesse, mais notre homme devait probablement être occupé à préparer le spectacle de Galaxie qu’il allait nous balancer en soirée. Après avoir communié avec Mara, le féru de musique pouvait aller voir Philippe B sous le chapiteau (une nouvelle scène très intéressante offerte pour la première fois par le Festif!).

Outre Émile Bilodeau, la soirée #2 était résolument ska, car elle présentait The Planet Smashers et Reel Big Fish, deux grands noms de ce courant musical. Encore une fois, l’équipe du Festif! a gagné son pari, car la foule a répondu de manière positive et dynamique au style parfois légèrement répétitif servi par les 2 formations vedettes de la soirée. Fait bizarre : outre 2 ou 3 compositions, j’ai l’impression que se sont les « covers » qui ont volé le show lors du festival ska auquel on a assisté : reprises de The Specials, de Ah!Ah!, de Offspring et de Van Morrisson.

Comme spectacles de fin de soirée, les festivaliers pouvaient soit se gaver de rap en allant voir Loud Lary Ajust, soit aller au show de Galaxie ou soit plonger directement dans les univers tordus et uniques de Louis-Philippe Gingras et de Mononc’ Serge. Difficile d’offrir plus large que ça comme programmation!

Le samedi représente la grosse journée du Festif!, car en plus des prestations musicales d’après-midi et des shows-surprises, cette journée marque celle de l’arrivée officielle des arts de la rue; moment idéal pour flâner en famille. Les plus rapides ont donc pu attraper les prestations secrètes de Louis-Philippe Gingras, de Mara ou de Dylan Perron tout en ayant la chance de voir Pierre Kwenders et Dany Placard se produire là où la bande de Mara avait joué la veille, et ce, tout à fait gratuitement, faut-il le rappeler. Et à travers tout ça, les festivaliers pouvaient également voir des troupes circassiennes déployer leur savoir-faire et leur originalité un peu partout dans le centre-ville.

La table était donc mise afin que la dernière soirée du Festif! soit une réussite et c’est ce qui s’est produit samedi soir. Radio Radio a d’abord réchauffé la foule en enchaînant succès par dessus succès. Si le spectacle livré par Alex Nevsky est un peu tombé à plat, on ne peut pas en dire autant de celui qu’ont donné les Trois Accords. Qu’on aime ou non, la troupe de Simon Proulx s’amuse fermement sur scène et possède un répertoire composé presque essentiellement de « hits » ou de vers d’oreille.

Foule

Les gens à qui il restait encore un peu d’énergie pouvaient ensuite poursuivre leur soirée en allant voir Chocolat/We Are Wolves, Heat/Franklin Electric, Qualité Motel ou Dylan Perron.

Et comme si ce n’était pas assez, Dear Criminals et Guillaume Beauregard officiaient à titre de « desserts » dimanche après-midi.

Afin de vous faire vivre par procuration quelques-uns des nombreux moments forts qui ont pimenté cette édition du Festif!, voici en rafale une liste des meilleurs moments que j’ai observés pendant mon séjour à Baie-St-Paul :

– Philippe B. qui interprète Calorifère sous le chapiteau vendredi en fin de journée. Une prestation où se côtoyaient la classe, la douceur et un humour pince sans rire propre à ce grand de la chanson.

– L’énergie déployée pendant la leçon de rock que Galaxie a livrée dans le sous-sol de l’église vendredi soir nous amène à nous poser cette question : est-ce qu’un groupe québécois a déjà rocké plus que Galaxie? Une chose est certaine, la troupe d’Olivier Langevin est au sommet de son art et aurait mérité de fouler les planches de la scène principale. Et comme si ce n’était pas assez, lorsque les spectateurs ont quitté la salle en sueur et gonflés à bloc, ils ont été pris d’assaut par la fanfare qui What Cheer Brigade. Pour plusieurs, il s’agit d’ailleurs peut-être du moment fort du Festif!

– Antoine Corriveau qui présentait les chansons de son album Les ombres longues sur le bord du fleuve en pleine heure du dîner au quai de Baie-St-Paul et qui mettait fin à sa prestation en dirigeant la foule qui chantait avec lui alors qu’il était debout sur son ampli. L’expression « être à la bonne place au bon moment » prenait alors tout son sens. Cette nouvelle scène gagnerait d’ailleurs à être davantage exploitée tellement elle offre un décor propice à l’écoute.

– Adamus qui reprenait de façon énergique et surprenante le bijou Faire des enfants de Jean Leloup qu’on a d’ailleurs croisé à quelques reprises dans les rues de Baie-St-Paul pendant le festival.

Adamus

– Fred Fortin qui chantait Le mur lors d’un concert-surprise donné devant moins d’une centaine de personnes entassées dans le sous-sol d’un dépanneur. «J’ai besoin d’toé, tu m’feras pas c’coup-là / Jamais tu m’feras croire / Que t’as pas l’motton / J’t’ai vu pleurer des larmes de béton (…) / C’est pas comme ça qu’on fait des maisons / C’est pas d’même non plus
qu’on fait des chansons / Une balle perdue dans le mur du son
». Une balle perdue dans le mur du son. C’est justement ça qu’on s’est dit pendant que Fred nous balançait ses chansons en formule homme-orchestre.

– La finale du spectacle que Mara présentait en fin d’après-midi dans le stationnement de la microbrasserie de Charlevoix avait quelque chose de chaleureux et de touchant. Oscillant entre des pièces récentes et plus anciennes, Mara nous a envoûtés avec son violon en plus de nous impressionner avec un solo de guitare qu’elle a livré de main de maître sous l’oeil attentif de son amoureux et guitariste Sunny Duval. Mara semblait heureuse d’être là et c’est avec cette énergie qu’elle s’est livrée à nous entourée des siens. Notons au passage la solide performance de son fils à la batterie.

– Mononc’ Serge qui invectivait la foule de Baie-St-Paul en les taxant d’être des « granols festifs » ou en leur demandant de « faire du bruit pour Stephen Harper ». Force est de constater que Mononc’ Serge est un incontournable et une véritable bête de scène qui méritera qu’on s’attarde un jour à toute la profondeur de son œuvre.

Quelques palmes au passage :

– Pour sa créativité : l’Orchestre d’hommes orchestre, qui semble vraiment dans une case à part. Un des projets les plus intéressants que j’ai vus de ma vie et un des secrets les mieux gardés du Québec. De calibre international!

Orchestre

– Pour son côté festif : la fanfare What Cheer Brigade qui aura marqué tous ceux qui auront eu la chance de croiser ses 19 musiciens provenant des États-Unis.

– Pour sa lourdeur et la virtuosité de son rock : Galaxie. Mention spéciale à la pièce Crocodile faite avec un des frères Séguin des Dale Hawerchuck.

– Pour ses interventions entre ses chansons : Philippe B qui s’est montré très drôle lorsqu’il nous a parlé de toutes les gaffes qu’il pouvait faire lorsqu’il installait son harmonica.

– Ma découverte : The Seasons. Je n’avais aucune attente lorsque je me suis présenté sous le chapiteau où la jeune formation se produisait devant une bonne partie du « gratin artistique » réuni à Baie-St-Paul. L’ambiance qui régnait et la liberté que cette formation de Québec dégage sur scène m’ont fait vivre un très beau moment musical. Les frères Chiasson ont profité de leur passage au Festif! pour nous présenter Whatever, une nouvelle chanson fort prometteuse qui m’a d’ailleurs un peu fait penser à Jack White.

– Pour l’énergie : le combo Chocolat/We Are Wolves qui a rocké de A à Z la dernière soirée du Festif dans un sous-sol de l’église suant et quelque peu titubant.

Souhaits et conclusion
Cette édition du Festif! nous a permis de constater une chose : la musique du Québec se porte bien, et particulièrement la relève. C’est ce que la programmation tissée par Clément Turgeon et son équipe nous a encore une fois permis de réaliser.

Gingras

Le Festif! a trouvé sa niche, son style et sa marque. Il fait désormais partie des grands et son prochain défi consistera simplement à demeurer à la hauteur sans tomber dans le piège de vouloir grossir à tout prix au risque de perdre cette touche magique qui le distingue et qui fait en sorte que chaque personne qui y participe a l’impression de vivre quelque chose d’unique.

 

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