Démocrachie

Le 15 septembre est une date spéciale. Comme tous les autres jours de l’année, c’est la Journée Internationale de Quelque Chose. Cette journée d’aujourd’hui arrive pourtant au coeur d’une campagne électorale fédérale foireuse et au lendemain d’une réunion de conseil municipal déprimante. Dans ce contexte, je vous l’avoue, je n’ai pas le coeur à célébrer la démocratie.

Outre le contexte politique morose – pour ne pas dire austère – qui plane sur nos vies comme le nuage noir sur la tête de Charlie Brown, l’exercice citoyen se propose comme une tâche ingrate. Oui, il en faut du courage pour laisser ses enfants un lundi soir par mois pour aller assister au cirque municipal. Car soyons francs. À part poser quelques questions pour tenter au mieux d’éclaircir des propos nébuleux et des dossiers mal expliqués, il n’y a pas grand chose qu’un.e citoyen.ne puisse faire.

Les dossiers importants – ceux qui demandent informations, réflexions et débats – sont discutés dans des réunions qu’on appelle plénières, où le citoyen n’a pas accès. Bien sûr, cela permet aux conseiller.e.s de discuter en se sentant plus libres d’exprimer le fond de leur pensée. Cependant, en retirant le débat de l’espace public, on lui retire également son blason démocratique. Une conseillère a même dit hier soir, dans un élan émotif, « je ne commencerai pas à débattre de mes dossiers devant les citoyens ». Cela relève très clairement du plus pur mépris envers le contribuable.

Dans ce mode de fonctionnement, la réunion du conseil municipal devient tout au plus une mauvaise pièce de théâtre, où l’on nous joue les morceaux choisis d’une pièce déjà écrite. Il reste à faire adopter officiellement les décisions devant un parterre de gens réduits au silence. Il y a bien quelques questions pertinentes de la part de conseiller.e.s un peu plus allumé.e.s. Il y a aussi un cabotin qui met de l’ambiance à tout coup. Mais honnêtement, aussi divertissant que cela puisse être, je ne paierais pas un sou pour y assister. Plutôt, j’ai l’impression de payer cher pour me sentir chaque fois plus en colère, plus impuissante et plus résignée.

Cela me coûte dans les quatre chiffres chaque année pour contribuer à cette mascarade. Si on extrapole, en ajoutant les taxes et les impôts (et donc les couches politiques provinciales et fédérales), ça revient plus ou moins à 50% de mon salaire, que je paie pour alimenter une machine qui méprise le citoyen. Qui ne cesse de couper dans les services tout en pigeant plus loin dans ma poche. Ça frôle l’agression.

Si je sors de ma maison, de mon village, de mon pays, la situation est encore plus grave. L’immobilisme et le manque de volonté de la classe politique est en train de tuer l’humanité. À nous d’agir, me direz-vous! Mais comment agir, où agir, quand le terrain démocratique est miné? On grimpe comment dans une échelle aux barreaux pourris?

Je ne sais pas pourquoi – ou plutôt je le sais trop bien – aujourd’hui me semble un drôle de timing pour célébrer la démocratie. Parce que sérieux, ça chie.

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