10 leçons à tirer des élections actuelles

Tout n’est pas politique, mais la politique s’intéresse à tout.

Nicolas Machiavel

 

Les élections fédérales tirent à leur fin. Il était temps. Les sondeurs ne savent plus vraiment où donner (de) la tête. Ils ont sûrement envier de la frapper contre les murs de scepticisme des électeurs. Ils s’apprêtent à déclarer en tête dans les intentions de votes des Canadiens (Pas l’équipe de hockey montréalaise, voyons, les habitants (Sans H majuscule) de notre beau pays d’un océan à l’autre, soit les Verts, soit le Bloc Québécois qui renaît de ses cendres, soit Force et Démocratie ou pourquoi pas, le Parti Pirate du Canada.

Nous reste donc qu’à tirer (encore une fois, le réflexe policier de Harper m’influence) les leçons qui s’imposent de cette campagne qui n’en finit plus de durer. 78 jours c’est long,

Beaucoup plus que la durée minimale qui devrait être de 36 jours. On se demandait pourquoi les Conservateurs tenaient tant à étirer la sauce électorale. On le sait maintenant.

Ils ont tellement brouillé la carte qu’on a l’impression d’habiter un autre pays que le nôtre. Ici au Québec c’est fréquent ce sentiment. Ailleurs au Canada mon pays mes amours, c’est nouveau. Eux aussi ils viennent de se rendre compte qu’ils occupent un pays qui n’est plus le leur. Le pays des Conservateurs qui refusent de modifier les règles de leur vision rétrograde de la politique fondée sur la peur du changement et des écolos, les secrets partisans d’alcôves et le besoin de sécurité mur à mur.

En attendant les résultats le 19 au soir (N.B. Soirée des élections gratuite au Côté-Cour à Jonquière à compter de 18 heures avec un gros lunch comme si on voulait fêter quelque chose),voici dix (10) leçons à tirer des élections actuelles qui ne cessent de durer, de durer, de durer et de faire dur.

 

1 – Si l’on veut vraiment mêler les électeurs et leur donner le goût de voter Rhinocéros et bien rien de mieux de laisser traîner les élections comme on vient de le faire. À la fin, tous les partis se ressemblent et semblent s’annuler. Le ridicule tue à petits feux.

2 – Dans une campagne aussi longue, c’est le contrôle des «patates chaudes» (expression du blogue de l’Actualité pour désigner les dossiers chauds dérapants) qui semble faire la différence. Le cas du niqab en fait foi. Au début de la campagne, l’affaire Duffy aurait pu miner la survie des Conservateurs. Ils ont sauvé les meubles, semble-t-il, en faisant peur au monde une fois de plus avec le danger de prêter serment à la Reine le visage voilé malgré deux ou trois cas d’exception dans les faits. Rappelons pour les électeurs qui votent avec des poches de patates sur la tête que le Canada ne compte que 3% de musulmans et parmi ceux-ci combien de votantes extrêmes?

3 – Le problème avec ces fameuses «patates chaudes» de la campagne électorale, c’est que les médias (sauf exceptions) en rajoutent et surfent sur elles au lieu d’enquêter davantage, de faire les bilans qui s’imposent, de ramener à l’avant-scène les sujets de poids: la corruption, la pollution, le manque de transparence, les priorités des divers partis, les contradictions des discours, les reculs des Conservateurs sur tous les plans et surtout à l’échelle internationale.

4 – À la fin, les programmes des partis en lice se réduisent à des mantras. Les Conservateurs: la sécurité d’abord, les Libéraux: j’ai un plan, Les Bloquistes: nos valeurs, le NPD: le changement et les Verts l’oléoduc. Peu de mantras culturels s’imposent.

5 – Les partis politiques ne cessent d’ignorer les résultats des sondages quand ils leur sont défavorables, mais quand ils leur sont favorables, ils les croient et s’y ajustent en un temps record. Ils se mettent alors à frapper à bras raccourcis sur le nouveau favori.

6 – Les médias populistes servent les intérêts des Conservateurs de façon éhontée. Stephen Harper accorde des entrevues complaisantes à la radio X de Québec qui pourfend la SRC et le premier ministre en rajoute en déclarant que le problème de Radio-Canada c’est de ne pas avoir de bonnes cotes d’écoûte comme les radios poubelles. Le PM refusant évidemment toute entrevue à la SRC de peur de se compromettre auprès de son électorat de choix, la classe mitoyenne des consommateurs effrénés.

7 – Les débats des candidats à l’échelles nationale comme à l’échelle régionale se réduisent à des formules toutes faites tirées des lignes de partis. Les échanges avec la population n’ont plus lieu. Ce sont des rencontres orchestrées par des chambres de commerce, des associations étudiantes et des milieux d’affaires où rarement les enjeux véritables ressortent. Quant aux débats animés par les médias, les candidats sont tellement préparés que la spontanéité et l’improvisation sont considérées comme des «patates chaudes» le plus souvent, le lendemain.

8 – Une campagne si longue force les électeurs à voter par anticipation le plus rapidement possible pour en finir avec «les patates chaudes». En espérant que cette presse de signer son bulletin de vote soit réfléchie malgré tout et la confusion des enjeux.

9 – Je me demande si les électeurs en pareille campagne ne se fient pas trop aux sondages quotidiens qui proviennent de partout et de nulle part et aux manchettes des médias qui brassent la sauce comme lors des finales sportives.

10 – Dernière leçon à tirer de cette campagne: les leaders des partis prennent une place démesurée dans le débat quotidien et occultent les enjeux régionaux souvent déterminants pour la suite des choses. Ils portent tout le poids d’une campagne qui ne devrait pas leur appartenir en entier. Ils jouent le jeu piégé des médias qui manipulent le public et les électeurs trop pressés pour y réfléchir sérieusement. La «patate chaude» du niqab démontre à quell point les électeurs moyens n’obéissent qu’à leurs impressions de base.

 

On vit depuis le règne des Conservateurs de Stephen Harper sous le signe de l’ignorance politique déguisée en fanatisme primaire et à la course aux chèques du gouvernement. Comme si les services publics ne valaient plus rien.

 

Ma prévision pour le 19: tout peut arriver.

 

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

 

 

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